karidja touré, la douceur que la france attendait

La jeune actrice dévoilée par "Bande de Filles" poursuit sa carrière, toujours aussi humble, optimiste et solaire. La beauté incarnée en somme. Elle est la nouvelle chouchou de Chanel. i-D l'a rencontrée lors du défilé Haute-Couture Automne/Hiver 201...

par Tess Lochanski
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07 Juillet 2016, 11:35am

"Je savais que ça allait finir par arriver, mais j'attendais que ça vienne." Cette phrase, prononcée avec une simplicité désarmante par Karidja, princière en robe beige et perles Chanel, résume parfaitement l'état d'esprit de la jeune actrice de 22 ans. On la regarde, fascinés, interloqués presque : rarement on avait rencontré quelqu'un avec autant d'aplomb. L'aplomb des grandes, l'aplomb de la gentillesse et de la sérénité. Un ovni. Repérée par Céline Sciamma, elle poursuit à pas rassurés sa jeune carrière dans le cinéma. Pleine d'espoir et de bienveillance, elle fait partie de ces personnes persuadées que "tout va bien se passer". Forcément, on a envie de la croire. Forcément, on a envie de la suivre. Très loin, très haut. Tout en haut.

C'est ton premier défilé Chanel. Qu'est-ce que tu en as pensé ?
J'ai trouvé ça sublime, j'ai essayé de prendre en photo tout ce que j'aimais, tout ce que je trouvais beau. Et comme je trouvais tout super beau... C'était assez dur avec mon téléphone ! Les matières, les détails… J'avais les yeux grands ouverts, je ne voulais rien rater. Je m'imaginais dans ces tenues en voyant les filles défiler !

Qu'est-ce que Chanel représente pour toi ?
C'est le top du top. C'est une des marques les plus belles. Chanel c'est une légende depuis longtemps. Tout le monde connaît Chanel, partout !

Tu es contente d'être là, aussi ? Chanel choisit bien ses actrices...
Bien sûr, ça me fait vraiment plaisir. J'espère vraiment entrer dans cette petite famille. Être invitée aux défilés ça me donne envie de porter du Chanel tout le temps. J'ai un petit peu commencé dernièrement. Mais voir les nouvelles tenues, ça me donne encore plus envie.

Tu as l'air d'aimer la mode, non ?
Oui, beaucoup. Depuis que je suis petite. Au départ, je regardais ma mère. Je suis d'origine ivoirienne, on a le Wax, on a les couleurs... La mode fait vraiment partie de notre culture. Et puis en grandissant j'ai aussi développé mon sens du goût en regardant des blogs, des Tumblr, des comptes Instagram... Les différents styles, les matières, les tissus, ce sont des choses qui m'intéressent. Et puis je suis une adepte du shopping, donc oui, j'aime la mode !

Si tu n'avais pas été actrice tu penses que tu aurais pu travailler dans la mode ?
Oui ! Quand j'étais petite je rêvais d'être mannequin, pas tant pour être vue, mais pour porter les vêtements qui m'ont toujours fait rêver. Bon, je ne l'ai jamais fait, mais en tant qu'actrice j'ai eu la possibilité de faire des shootings photo, j'adore.

Qu'est-ce qui se passe dans ta vie, depuis Bande de Filles ?
AprèsBande de Filles j'ai rencontré un très bon agent avec qui je continue à travailler. L'année dernière j'ai tourné un petit peu avec un réalisateur tchèque qui s'appelle Petr Vàclav. Et j'ai aussi tourné avec Cédric Klapisch pour son prochain film,Le Vin et le Vent. Je vais aussi faire une apparition dans le prochain film de Martin Provost avec Catherine Deneuve et Catherine Frot, La Sage-Femme.

Comment tu en es arrivée à faire du cinéma ?
C'était un casting sauvage pour moi. J'ai toujours rêvé d'être dans le milieu du cinéma, de la mode, etc. Mais je n'ai jamais vraiment travaillé pour. Je suivais mes études de mon côté, un Bac pro comptabilité et un BTS assistant-manager. Donc ça a toujours été un rêve, je savais que ça allait finir par arriver, mais j'attendais que ça vienne. J'étais à la Foire du Trône quand on m'a repéré pour Bande de Filles. Depuis, on continue.

Tu en gardes quoi, de Bande de Filles ?
C'était une super expérience. C'était un rêve devenu réalité. J'ai toujours voulu être actrice. Quand je regardais les films je me projetais à la place des acteurs et des actrices. Là j'ai vraiment vu le monde du cinéma de l'intérieur, ça m'a apporté beaucoup de choses - comme être au défilé Chanel aujourd'hui !

Tu t'es tout de suite dit que c'était ce que tu devais faire ?
Pendant le tournage, j'étais contente de me réveiller à 5 ou 6 heures du matin, de bosser toute la nuit pour tourner. Pour moi c'était pas un travail, j'étais contente de le faire. Je ne râlais pas en me réveillant comme quand j'allais à l'école. Là, je me suis rendu compte que c'était quelque chose que je voulais vraiment faire.

Tu as l'impression de faire partie d'une nouvelle génération d'acteurs et d'actrices plus ouverte, plus métissée ?
Bien sûr. Quand j'étais petite et que je rêvais d'être actrice, je ne pensais pas le devenir en France. Quand je voyais des films français, je ne pouvais pas m'identifier à certains acteurs ou certaines actrices, il n'y avait personne comme moi. Je m'étais tournée vers les États-Unis, Los Angeles... Donc oui, ça m'a fait plaisir de voir une réalisatrice prendre les devants et faire un film 100% black. Même quand on regarde l'affiche : quatre blacks d'un coup, partout dans le métro ! Quand je tombais dessus, je souriais toute seule, ça me faisait plaisir de voir de la couleur. Et puis comme disait Céline Sciamma, ces filles on les voit dans le métro, dans la rue, on les voit partout en France. Mais elles ne sont pas toujours représentées à l'écran, dans les médias, etc. Après je ne pense pas que ce soit du racisme. C'est plus une question d'habitude. Les gens ont l'habitude de prendre des gens qui se ressemblent, sans vraiment se dire que la diversité est importante, qu'on en a besoin pour se projeter et se dire qu'on a notre place dans ce milieu-là.

Ta génération a l'air beaucoup plus au fait de cette diversité...
Ouais, y a des trucs qui aident. Instagram, par exemple. Tu y vois des gens que tu n'as pas l'habitude de voir, des choses que tu n'as pas l'habitude de faire.

Donc le cinéma devrait évoluer vers ça...
Oui. Mais pendant la promo, je me souviens que tout le monde était content de nous avoir, tout le monde nous voulait partout. Après, ils sont contents quand on est là, mais ils n'essayent pas de travailler pour qu'on soit souvent là.

On a eu une année très compliquée. Est-ce que tu es optimiste pour le futur ?
Je suis quelqu'un de très optimiste. Je suis très positive, je vois le bien partout. Certes il y a de mauvaises choses qui peuvent se passer, mais on doit continuer à vivre, toujours penser positif pour s'attirer de bonnes énergies et les bonnes choses.

Dans ton art, ton cinéma, tu as envie de défendre des choses ou tu y vas au feeling ?
Comme je suis quelqu'un de positif, je sais que les choses vont arriver d'elles-mêmes, je ne me dis pas que j'ai besoin de me battre pour. Mais c'est vrai que je suis contente de représenter certaines jeunes filles qui sont contentes, fières, qui prennent parfois exemple sur moi... Mais je suis sûre que ça va changer, faut juste attendre un petit peu.

Un souhait pour la suite de 2016 ?
Être égérie Chanel ! Et tourner à Los Angeles avec Kerri Washington, ou Denzel Washington... Quelqu'un avec un nom qui se finit par "Washington" !

Credits


Photographie : Anton Renborg
Interview : Tess Lochanski
Karidja porte une robe Chanel de la collection Paris à Rome. 

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