les jumeaux jalan et jibril réforment la photographie avec plein de douceur

Nés à Paris, élevés en Guadeloupe, à Miami, Saint Martin et Los Angeles, ces deux frères ne croient qu'en leurs rêves, et les communiquent à merveille.

par Tish Weinstock
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04 Novembre 2016, 1:30pm

Avant d'être mannequins et photographes, Jalan et Jibril Durimel sont frères jumeaux. Le yin, le yang. L'équilibre parfait. Jibril est plus strict, plus dynamique, comme son père. Jalan, lui, a pris de sa mère son côté plus doux et attentionné. Ils sont nés à Paris, mais sont partis vivre en Guadeloupe à 2 ans, à Miami à 4 ans, à Saint Martin à 12 ans avant de finalement atterrir à Los Angeles à 18 ans. Et c'est dans cette jeunesse nomade que le duo va puiser son inspiration. Après s'être essayés aux études de cinéma, les deux frères réalisent rapidement qu'ils ont besoin de trop d'aide extérieure pour poursuivre la réalisation. Ils choisissent donc de se lancer dans la photographie. Et nous, on est déjà fans. C'est eux qui ont d'ailleurs photographié le talentueux Dev Hynes pour le nouveau numéro d'i-D, The Game-Changing issue, et Keith Ape pour le précédent, The Future-Wise Issue. On a rencontré ces jumeaux dans le vent, pour parler fast-food antillais, de leurs rêves et du futur.

Comment vous en êtes arrivés à la photo ?
Par l'ennui. On était trop flemmards pour peindre, et faire des films, comme on l'avait prévu, demandait trop d'aide extérieure. On est très indépendants et très pointilleux, donc ça ne nous semblait pas une bonne idée de se tourner directement vers le ciné après l'école. En tant que photographe, tu peux conserver un certain contrôle. On adore ça.

Qu'est-ce qui vous attire le plus dans ce médium ?
Ce contrôle, justement. Le pouvoir d'arrêter un moment dans le temps et l'utiliser comme une forme de communication. Pour des jeunes artistes qui n'ont pas de quoi financer de grosses productions, la photographie est la manière la plus accessible de conserver son contrôle artistique. Mais plus le temps passe et plus on s'intéresse à l'image en mouvement.

Comment vous décririez votre esthétique ?
Elle est encore en cours de développement, mais pour l'instant il est clair qu'on essaye d'exprimer nos inspirations antillaises. Ce qui est intéressant, et assez déroutant, c'est qu'on n'est liés à aucun endroit en particulier, donc on peut aller piocher dans plein de choses pour consolider et diversifier notre expression visuelle. Les mots qui reviennent quand on discute de nos méthodes et de notre ton, c'est « romance », « esprit », « surréalisme » et « cinéma ».

Vous avez toujours voulu être photographes ?
Pas du tout. En grandissant, on voulait étudier les arts culinaires. À la fin du lycée on a décidé de déménager à Los Angeles pour étudier le cinéma. La photographie n'est arrivée que ces deux dernières années. On ne sait toujours pas si l'on veut être des - ouvrez les guillemets - « photographes », et c'est très bien comme ça. Tant qu'on n'est pas étiquetés, on peut être qui on veut. On a ce rêve qui traîne là depuis longtemps, d'ouvrir un food truck à Los Angeles qui vendrait de la bouffe antillaise ; ça marche très bien en Guadeloupe !

Si vous n'étiez pas photographes, aimeriez faire quoi ?
Peintres ou musiciens.

C'est quoi le meilleur moment de votre carrière, jusque-là ?
Le clip qu'on a fait avec notre amie Mereba pour sa chanson Bet. On commence à se rendre compte qu'il y a beaucoup de projets dont l'objectif principal est commercial. À l'inverse, celui-ci était vraiment d'une belle et grande honnêteté.

Qu'est-ce qui vous inspire ?
La liberté - à grande échelle, aussi vague que ce qu'elle peut évoquer.

Vous admirez quels artistes ?
En ce moment, on est en admiration devant certains peintres contemporains et leurs compositions très dynamiques. On aime beaucoup Titus Kaphar, un peintre, et aussi le musicien Benjamin Clementine. Et bien sûr notre amie Marian Mereba.

C'est quoi le meilleur conseil qu'on vous a donné ?
« Il faut vivre aux bords de l'incertitude » - c'est prononcé par Francis Mallman, dans Chef's Table, épisode 4. Une série à voir !

Le pire conseil ?
Il n'y en a pas eu pour l'instant.

Si vous pouviez collaborer avec une personne au monde - vivante ou décédée - ce serait qui, et pourquoi ?
Notre amie musicienne Marian Mereba avec qui on vient de faire une vidéo. On adore le projet qu'elle a entamé, donc ce serait super de continuer à travailler avec elle et créer quelque chose de beau.

Qui jouerait vos rôles dans le film sur vos vies ?
Nous-mêmes, mais le film serait sûrement un peu trop compliqué. Ce serait peut-être mieux en série télé.

C'est quoi le truc le plus méchant que vous ayez fait ?
Jeter des œufs et des ballons sur des voitures quand on était petits. On se rend compte aujourd'hui que ça aurait pu très mal tourner.

Si vous étiez sur une île déserte, de quoi vous ne pourriez pas vous passer ?
De l'un et l'autre, pour être honnête. On passe très peu de temps séparés, donc ce serait dur de se retrouver seul sur une île. Le plus long qu'on a passé loin l'un de l'autre, c'était l'été dernier. Jibril est allé à New York pendant 7 jours. Avant ça, on n'avait jamais passé plus de quelques heures à distance.

Qu'est-ce qu'il y a de mieux dans le fait d'être jumeaux ?
Il y a toujours quelqu'un pour te dire quand tu as des miettes de bouffe sur la bouche - au sens propre comme au figuré. Le mieux, c'est cette honnêteté. On a réussi à se guider l'un l'autre dans la meilleure direction possible, spirituellement et dans le business. Il y a toujours quelqu'un pour te ramener à la réalité et pour te mettre en face de toi-même.

Comment vous décririez l'autre ?
Jalan : Jibril et moi, on se ressemble beaucoup. Mais s'il fallait le décrire seul, je dirais qu'il ressemble beaucoup à notre père : strict, dynamique et très féminin à sa manière.
Jibril : Jalan a beaucoup plus pris de notre mère. Disons qu'il est plus doux et attentionné, mais on s'équilibre parfaitement.

Si vous pouviez changer une chose dans le monde, ce serait quoi ?
On mettrait en place un système scolaire plus rigoureux, avec plus d'artistique. L'art vrai, authentique, est le meilleur moyen d'expression pour les gens. Selon nous, l'individualité est la clé de tous les problèmes du monde.

C'est quoi vos espoirs et vos rêves pour le futur ?
On veut aider au changement social avec notre travail, et montrer aux gosses comme nous que c'est possible d'en arriver où nous sommes. Qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent. On veut se créer notre propre cohérence, créer une œuvre qui nous soit fidèle, et vivre une belle vie, pleine d'aventures.

Credits


Texte Tish Weinstock
Photographie Jalan et Jibril

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