Vivienne wears dress Andreas Kronthaler for Vivienne Westwood autumn/winter 17. Crown Vivienne Westwood autumn/winter 17 ecotricity. Shoes Vivienne Westwood archive. Andreas wears hat, skirt and boots Andreas Kronthaler for Vivienne Westwood. Trousers Andreas' own.

vivienne westwood et andreas kronthaler veulent (et vont) sauver le monde

On a parlé mode, activisme et réchauffement climatique avec notre couple punk préféré. Leur message tient en un mot : changement. Il n’a jamais semblé autant d’actualité.

par Matthew Whitehouse
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10 Juillet 2017, 11:00am

Vivienne wears dress Andreas Kronthaler for Vivienne Westwood autumn/winter 17. Crown Vivienne Westwood autumn/winter 17 ecotricity. Shoes Vivienne Westwood archive. Andreas wears hat, skirt and boots Andreas Kronthaler for Vivienne Westwood. Trousers Andreas' own.

Vivienne commence à parler en entrecoupant ses phrases de bouchées de salade, son accent du Derbyshire toujours intact : « Vous connaissez ma carte ? Ma carte rouge et verte ? C'est la meilleure chose que j'ai jamais faite. » Nous sommes assis autour de la table du photographe Tim Walker dans son studio à Bethnal Green et la femme qui a réalisé les collections Seditionaries, Punkature et Mini-Crini nous explique que son plus grand accomplissement réside dans une petite carte indiquant quelles parties du globe deviendront inhabitables si les prédictions concernant le réchauffement climatique se révèlent exactes. Cette infatigable énergie a de quoi laisser bouche bée.

Si vous l'ignorez encore, le message de Vivienne tient en un seul verbe : changer. Changer en optant pour l'énergie verte. Changer en abandonnant les Big Six pour s'approvisionner en énergie (les Big Six sont les plus grands fournisseurs en électricité du Royaume-Uni). Changer de manière de penser, de consommer, de vivre. C'est la continuation d'un travail qui a commencé en 2005, quand Vivienne est tombée sur une interview de l'environnementaliste James Lovelock expliquant qu'à la fin du siècle il ne resterait plus qu'un milliard de personnes sur Terre à cause du réchauffement climatique. L'horreur de cette image (des familles exilées luttant pour trouver de la nourriture) a poussé la créatrice à agir. Depuis, sa croyance dans l'apprentissage et la culture, ainsi que son dédain pour la consommation de masse, sont devenus les thèmes récurrents de ses collections. En fait, on dirait qu'il s'agit de la seule chose qui continue à stimuler son approche de la mode. « C'est ce que j'appelle la création » dit Vivienne, qui, avant d'être la plus célèbre des septuagénaires au monde, est d'abord la plus militante d'entre elles. « Essayer de communiquer à travers les représentations, ces images qui limitent la réalité : voilà ce que j'appelle de l'art. C'est ainsi que nous comprenons le monde. Si nous n'avions pas l'art, il ne nous resterait que l'intuition pour tenter de comprendre ce qui se passe, comme les animaux. »

Pour mener ce nouveau combat, son mari Andreas Kronthaler lui a emboité le pas, comme il le fait depuis 25 ans. À la fois partenaire de création et directeur créatif de la marque, Andreas est bien plus présent chez Vivienne Westwood que ne l'est Harris Tweed (une unique collection à son actif, datant de 1987) ou le punk (l'épingle à nourrice n'est restée star que deux ans). Et il semble presque soulagé de laisser la vedette à sa femme, même si son fantastique sens du vêtement suggère un talent inouï. Depuis que la marque Vivienne Westwood Gold Label a été renommée Andreas Kronthaler for Vivienne Westwood en février dernier, les projecteurs se sont braqués sur l'élégant natif de Tyrol, regain d'attention à la hauteur de son implication dans la marque. « Evidemment, c'est une importante part de vie, de créativité, d'art, peu importe le nom qu'on lui donne psalmodie-t-il de son accent autrichien. Il s'agit d'une partie de ma vie, d'une partie nécessaire. »

Alors que Vivienne a de plus en plus recours à l'activisme comme moyen de communication, qu'il s'agisse de ses collections ou d'outlets comme sa marque Climate Revolution, Andreas préfère se servir du design pour questionner sa place dans le monde. « Je questionne tout ce que je fais, affirme-t-il. A t-on besoin de ce nouveau pantalon ? De cette nouvelle robe ? Est-ce que le monde en a réellement besoin ? » (« Et bien, je réponds non ! » intervient Vivienne avec emphase). Il met en garde : « Si j'y pense vraiment et que je me dis que ça signifie quelque chose pour moi, que c'est quelque chose qui rendra le monde meilleur, ou au moins plus joli, et bien j'y vais. Mais ce sont des questions que je me pose. Comme de plus en plus de gens je pense. » Le couple établit un parallèle entre la créativité actuelle et celle des années 1930, durant laquelle l'insécurité économique et sociale de l'entre-deux-guerres a mené à un pic d'innovation : l'aviation et l'industrie automobile se sont perfectionnées au moment où le Bauhaus et la Wiener Werkstätten ont émergé. « C'était une période d'une incroyable intensité, décrit Andreas. Au moins en Europe. Nous sommes peut-être dans la même situation, le climat politique ressemble à celui de cette période. Il y a deux voies et tout semble aller dans un sens. »

Pour Vivienne, le seul moyen d'avancer est de tourner le dos à ce qu'elle appelle « le Système Financier Pourri », une alliance de tous les diables de la finance, de l'entreprise et de la politique dont le rôle consiste à garantir les privilèges de l'élite, tandis que le reste du monde semble bon pour mourir en enfer. Elle compte sur la moitié du pays pour passer à l'énergie verte dans les cinq années à venir (un message antisystème encore plus fort que le vote selon elle) et commence déjà à envisager les défilés de sa marque comme des manifestations (le défilé de sa collection automne/hiver 2017 portait le nom du fournisseur d'énergie verte Ecotricity). « Il faut redonner le pouvoir au peuple explique-t-elle. C'est la raison pour laquelle on porte des couronnes dans mon dernier défilé. Sur la première j'ai écrit "who are rulers ?" et la réponse c'est que nous sommes nos propres gouvernants. Ce n'est qu'une couronne en papier mais si chacun de nous en portait une, cela reviendrait à dire ''C'est moi qui commande !'' » Il faut remonter aux débuts de Vivienne, à sa mode engagée (sa mode rebelle vendue dans sa boutique au 430 Kings Road, sa collection Pirates ou encore son projet Climate Revolution) pour réaliser que ses raisons d'agir et de vivre n'ont pas changé : elle veut comprendre le monde et se servir de cette connaissance pour le rendre meilleur, peu importe si ça lui donne l'air hérétique.

« Si les gens veulent vraiment être créatifs, qu'ils aillent lire un livre ou qu'ils se baladent dans la forêt et essayent d'apprendre le nom des arbres, dit-elle. Il faut commencer par essayer de comprendre le passé ! Lorsqu'on s'y attelle, on finit par découvrir sa propre curiosité. Vous ignorez peut-être encore de quoi il s'agit mais vous finirez par le savoir. » Qui sait, ce sera peut-être même la meilleure chose que vous ayez jamais faite.

Credits


Texte Matthew Whitehouse
Photographie Tim Walker

Grooming Rozelle Parry at Le Management. Vivienne et Andreas portent des vêtements et des accessoires Vivienne Westwood automne/hiver 2017.