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tr-808 : la machine qui a changé la musique à jamais

Matthew Whitehouse

Un nouveau film rend hommage à la Roland TR-808, cette petite machine qui a bouleversé le cours de l'histoire de la musique. L'occasion de revenir sur les titres hip-hop et dance les plus cools de ces deux dernières décennies.

Vous souvenez-vous de ce beat qui a changé, pour toujours, l'histoire de la musique ? Vous ne savez peut-être pas qu'il provient d'une petite machine appelé la Roland TR-808, mais vous en connaissez obligatoirement le son : un écho dur, agressif et un groove interne inimitable qui ont marqué la musique du début des années 1980. Cet instrument innovant a transformé la dance à une époque ou les styles changeaient et où les nouveaux mouvements musicaux étaient synonymes de nouveaux instruments.

La Roland TR-808 a laissé une empreinte si large dans la musique qu'elle est aujourd'hui le sujet d'un film, 808, diffusé en exclusivité via Apple Music ce 9 décembre. Un documentaire réalisé par Alexander Dunn, qui donne la parole à - respirez un grand coup - Pharrell Williams, Afrika Bambaataa, Questlove, The Beastie Boys, Damon Albarn, David Guetta, Phil Collins, Diplo, New Order, Norman Cook, Rick Rubin et bien d'autres. 808 est une chronique exhaustive de l'impact culturel de la machine, comprenant une intervention de son créateur japonais, Mr. Ikutaro Kakehashi. Bien entendu, la B.O du film se devait d'être à la hauteur. Elle est disponible sur Big Beat Records, et compose en elle-même un beau document témoin de l'influence et de l'héritage de cet instrument iconique.

« Quand l'idée nous est venue de faire un film sur la 808, on s'est dit qu'on irait au-dessus des images pour offrir un voyage, une expérience musicale, » raconte Alex Noyer, PDG de You Know Films, à l'origine du projet. « La bande-son raconte une belle histoire de l'influence et du rayonnement de la 808. L'équipe a bossé très dur sur la curation musicale, en partenariat avec Atlantic et Big Beat Records. On espère qu'avec les confessions des artistes interviewés et la capacité immersive de la B.O, l'histoire de la 808 touchera notre public et lui donnera la même énergie qui nous a mus pendant les 5 ans passés à peaufiner ce projet. » Vous n'avez plus qu'à appuyer sur Play, le réalisateur Alexander Dunn et le chargé de la musique Matthew Jarman sont là pour vous guider entre les tracks ci-dessous.

Afrika Bambaataa & The Soulsonic Force, Planet Rock

Alexander : Des pionniers, qui font un son de pionniers. Planet Rock a aidé à faire évoluer les fondations du hip-hop et de la dance. Le beat 808 et la mélodie à la Kraftwerk créé une sonorité futuriste que peu de gens avaient entendu avant qu'elle fasse éclater les sound systems de tous les clubs new-yorkais. Cette track a été notre point de départ pour le film, et a massivement influencé l'appréhension historique et mondiale du « son 808 ».

Beastie Boys, Paul Revere

Alexander : Il y a plein de pistes basées sur la 808 dans cet album, Licensed to Ill. Mais on a choisi Paul Revere parmi les autres parce que ce morceau est l'exemple flagrant de la manière qu'avaient ces artistes et producteur pionniers de se réapproprier et retourner la 808. Ici, Adam Yauch l'a littéralement jouée à l'envers…et c'était pas facile à faire à l'époque ! L'anecdote autour de ça est l'un des grands moments du film.

Public Enemy, Yo! Bum Rush the Show

Matthew : L'interview d'Hank Shlockee était vraiment géniale. Il nous a expliqué l'intérêt d'une 808 samplée pour obtenir un kick bien soutenu. Yo ! Bum Rush the Show en est le parfait exemple. Il cite aussi Marley Marl qui avait aussi trouvé un son de folie en ajoutant un kick drum 808 sous un autre kick samplé. Hank a donc samplé ça et l'a ajouté à tous les morceaux sur lesquels il était en train de bosser. Il rappelait : « …sans ça, ce n'est plus du hip-hop, ce n'est plus authentique ! »

Man Parrish, Hip Hop Be Bop (Don't Stop)

Matthew : Parmi toutes les histoires qu'on a racontées sur la 808, celle-là compte parmi les plus surprenantes. Man Parrish a été découvert par un label après avoir composé la bande-son d'un film porno. Les mecs lui ont demandé s'il pouvait faire quelque chose de similaire pour une de leurs sorties. Après une session d'enregistrement intensive, ce son en est sorti. Il a une anecdote sympa sur l'accroche du morceau, qu'il a créée pour impressionner les DJ du club Funhouse et s'assurer qu'il serait joué !

Planet Patrol, Play At Your Own Risk / Shannon, Let The Music Play

Matthew : Ces deux morceaux apparaissent en même temps dans le film. Play At Your Risk est décrit par Armand Van Helden comme un son R&B avec de la 808 qui poussa les gens à utiliser un beat plus lent. Chris Barbosa, le producteur du Let The Music Play de Shannon, fait également référence à ce morceau. Il nous a raconté l'histoire de leur son drum, qui était calqué sur celui de Planet Patrol. Il adorait l'écho sur le kick, mais voulait le conserver tout au long du son. Pour ne pas noyer les voix, ils ont isolé ce son et créé ce gros kick drum soutenu.

Strafe, Set It Off

Alexander : Un autre énorme hit qui faisait fureur dans les clubs new-yorkais dans les années 1980. Billboard avait même assuré que c'était « le morceau le plus samplé de tous les temps ». Strafe avait le sentiment que la 808 était parfaite pour cette track. Ça lui permettait de tordre et d'ajuster ses toms et de décomposer son kick. Strafe était mécontent du premier mix du morceau par le DJ et remixeur légendaire - et depuis peu « born again christian » - Walter Gibbons. Pour reprendre les mots de Strafe à l'époque, Walter « avait l'impression que cette basse était l'instrument du diable ».

T La Rock / Jazzy Jay, It's Yours

Alexander : Je pense que les gens seront d'accord pour dire que ceci est le premier morceau d'une longue liste de cartons hip-hop produits par Rick Rubin. C'était aussi la première sortie de Def Jam. On a eu la chance de discuter de It's Yours avec Rick et T La Rock. Rick raconte qu'il voulait produire un morceau hip-hop qui reflétait ce qu'il entendait dans les clubs new-yorkais et, après quelques allers-retours, a mis T La Rock dans la boucle.

808 State, Flow Coma

Matthew : En parlant avec Graham Massey et A Guy Called Gerald, on s'est rendu compte que ces mecs avaient vraiment vécu à fond la 808. Ils étaient à l'épicentre d'un mouvement qui voulait la retourner, la détourner et explorer tout ce qu'ils pourraient extraire de ces machines. Ce morceau incarne à merveille cet esprit.

Felix da Housecat, Kickdrum

Alexander : Énorme.
Matthew : Lourd.
Alexander : Kick.
Matthew : Drum.
Alexander : C'est juste énorme, très, très fort avec un gros accent sur le kick drum de la 808, comme le suggère le nom du morceau. Comme Felix le dit lui-même : « T'entends le souffle de la 808 ? Je fais des choses qui n'ont jamais été faites avec cette machine. » Poussez le volume de ce son au max, et laissez cracher les enceintes.

Lil Jon & The East Side Boyz, What U Gon' Do (feat. Lil Scrappy)

Alexander : On a malheureusement dû abandonner ce morceau pour le film, mais il a heureusement réussi à se faire une place sur la bande-son. C'était super de discuter avec Lil Jon. Il s'est vraiment attelé à produire le son le plus fort possible, en ajoutant au kick drum de la 808 plusieurs autres kicks, pour que ce soit vraiment énorme. Le fait que, dans le clip, l'image tremble à chaque kick donne une idée de l'objectif qu'il s'était donné !

Flux Pavilion, Vibrate

Matthew : On a fait la rencontre de Josh pendant qu'on faisait le film. Il est venu nous rendre visite pour voir ce qu'on faisait. Il a adoré ce qu'il a vu et a immédiatement voulu participer. Du coup il a adapté l'un de ses sons pour que l'on puisse l'utiliser. C'était intéressant de travailler avec lui comme ça ; Alexander et lui pouvaient réarranger le morceau à mesure que le film avançait.

Jamie xx, Gosh

Matthew : On était en train de finir les derniers détails du film quand Alex Noyer, qui était en réunion à Atlantic, nous a appelés pour nous faire savoir que Jamie utilisait de la 808 sur son nouvel album, et qu'il y avait un morceau qu'on pourrait utiliser. On a reçu une première version de Gosh, et on a su instantanément que c'était ce qu'on avait toujours attendu pour notre intro ! Alexander avait l'idée d'un visuel à la Tron pour les titres, d'une confrontation entre le neuf et l'ancien, et le beat et les samples de ce son tapaient dans le mille.

Lil Wayne & Charlie Puth, Nothing But Trouble

Matthew : Quand on a fait équipe avec Atlantic et qu'on a discuté de la bande-son qui sortirait en marge du film, ils nous ont suggéré que quelqu'un de chez eux (Ian Cripps) devrait contribuer d'un morceau, pour montrer comment vit encore la 808 dans la musique populaire actuelle. Lil Wayne et Charlie Puth venaient d'écrire celui-ci, et il a jugé qu'elle s'intégrerait parfaitement au reste.

Credits


Texte : Matthew Whitehouse