voici les 10 finalistes photo du festival de hyères

Ils ont été sélectionnés parmi 700 candidats pour le Prix Photographie de la 33ème édition du Festival International de Mode et de Photographie d'Hyères. Ils présenteront leur travail à la villa Noailles du 26 avril au 27 mai 2018.

par Malou Briand Rautenberg
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17 Avril 2018, 8:23am

Présidé par Bettina Rheims, le jury du prix photographie du festival d’Hyères a sélectionné 10 finalistes, originaires de 6 pays différents pour sa 33ème édition. Autodidactes ou diplômés, tous participent à leur manière à redéfinir les limites du médium. Engagés, bienveillants et critiques : i-D vous présente les photographes de demain.

Aurélie Scouarnec, France, « Anaon »

Des rochers pointus, des forêts luxuriantes et des créatures aux noms qui chantent : la Bretagne est une région à la mythologie féconde. Elle a servi de matière à créer à Aurélie Scouarnec. La jeune photographe autodidacte et orthophoniste de formation, s’est rendue aux Monts d’Arrée dans le Finistère pour réaliser sa série « Anaon » – lieu où se retrouvent les âmes des défunts, selon une légende bretonne. Conçues comme les éléments d’une exploration sensible, ses images en clair-obscur invitent à se perdre dans un territoire mystique : « Je cherche à mêler différentes temporalités, à mettre en présence le sacré et le profane, le visible et l’invisible. » Poétique, la démarche d’Aurélie Scouarnec incite à repenser notre rapport au sacré, à s’en emparer pour mieux affronter la réalité de 2018.

Allyssa Heuze, France Philippines, « OÏ »

Parlons peu, parlons sexe. Oui, mais comment ? Allyssa Heuze propose une réponse dans sa série baptisée « OÏ ». Franco-Philippine, la jeune photographe est partie d’un constat simple : « En grandissant je me suis rendu compte que le coït était souvent vu comme un sujet tabou. Je voulais tenter de le désacraliser. Une de mes intentions est d’ouvrir le dialogue avec le spectateur, en l'invitant à s’interroger sur sa propre vision de l’acte d'accouplement. Pour éveiller sa curiosité et l’amener à questionner sa manière d’aborder le sexe. » Suggestives, drôles ou carrément absurdes : les images d’Allyssa, diplômée de l’école des Gobelins, déjouent les codes de la photographie et dézinguent la monotonie de la nature morte : bouquets d’asperges, ready-mades de concombres et sculptures de fleurs et Donuts sont dès lors, ouverts à toutes les interprétations.

Sarah Mei Herman, Pays-Bas, «Touch »

La série « Touch » de Sarah Mei Herman (doublement diplômée du Royal College of Art de Londres et de la Royal Academy of Fine Arts de La Hague) est née d'un hasard : en résidence artistique à Xiamen, cité balnéaire chinoise, en 2014, la photographe néerlandaise part à la rencontre de la jeunesse locale. Elle y retourne trois fois en quatre ans, avec la volonté d'aborder plusieurs notions constitutives de son travail : l'intensité, la vulnérabilité et la solitude propres à l'adolescence, cette période de « transition et d'évolution ininterrompue vers l'âge adulte ». Ses portraits de couples juvéniles d'amoureux(ses) et d'ami(es) croisés au détour de ses déambulations sur le campus, retranscrivent avec justesse « la puissance des relations humaines » et la difficulté du passage à l'âge adulte. Elles s'adressent aux nouvelles générations et questionnent avec critique et bienveillance, la notion contemporaine d'intimité.

Pascale Arnaud, France, « Emerging Adulthood »

Il est aussi question d’adolescence chez Pascale Arnaud : diplômée de l’école des Gobelins, cette jeune photographe a emprunté au sociologue Jeffrey Arnett le nom de sa série « Emerging Adulthood ». 21 images qui s’attachent à transposer le passage à l’âge adulte – ni en noir, ni en blanc mais dans un épais brouillard gris : « Le gris retranscrit parfaitement le flou identitaire dans lequel je me trouvais à l’époque où j’ai réalisé cette série : plus adolescente, mais pas tellement adulte non plus. » Introspective, la démarche de Pascale Arnaud est aussi et surtout inclusive. Basée sur la confiance, la relation qu’elle noue avec ses modèles féminins (la plupart sont des amies de longue date) aux corps à géométrie variable, invoque la nécessité de grandir en s’acceptant – et de faire corps et front toutes ensemble.

Teresa Eng, Canada, « China Dream »

« China Dream » est un slogan populaire en Chine, attribué au président Xi Jiping. Mais c’est aussi le titre de la série de Teresa Eng. Fille d’émigrés chinois au Canada, la photographe diplômée de l’université Emily Carr de Vancouver, n’a découvert le pays de ses parents que tout récemment : « J’en avais jusqu’ici une vision fantasmée, héritée des récits de ma famille. » À la fois quête d’identité, parcours initiatique et ballade poétique, « China Dream » se fait le miroir de l’identité fracturée de Terasa, tendant vers deux horizons : l’Orient et l’Occident. Volontairement brumeux, saccadés, disruptifs, ses clichés de voyage constituent un récit autobiographique où rêve et réalité, fantasmes et désillusions s’enjoignent.

Jaakko Kahilaniemi, Finlande, « 100 Hectares of Understanding »

En 1997, Jaakko Kahilaniemi est un petit garçon de 8 ans qui hérite malgré lui d’une forêt en Finlande, son pays natal : « Je n’ai jamais demandé à hériter de cette forêt et évidemment, personne ne m’a demandé mon avis sur la question. » 20 ans plus tard, le photographe diplômé de l’École d’art, d’architecture et de design à l’université Aalto d’Helsinki entreprend la série « 100 Hectares of Understanding » : 100 hectares de compréhension d’un immense territoire dont il est l’unique propriétaire. Rendu sur les lieux, Jaakko tente d’apprivoiser cette forêt : autoportraits à la Blair Witch project, cartes approximatives, brindilles et pommes de pin minutieusement collectées dessinent alors les contours d’un territoire aussi abstrait qu’inquiétant – et que le photographe-explorateur arpente à la manière d’un ethnologue.

Eva O’Leary, États-Unis, « Spitting Image »

Eva O’Leary a grandi dans une petite ville de Pennsylvania du nom de « Happy Valley ». De cette injonction à être heureux, la photographe (qui s’est échappée depuis, à la CalArts et à Yale, dont elle est sortie doublement diplômée) en a tiré une série évocatrice et puissante : « Spitting Image ». Les portraits de jeunes filles originaires de « Happy Valley » qu’elle a rencontrées puis fait poser devant un fond bleu questionnent autant le rapport à l’autre, au corps, à la beauté et les diktats du monde moderne à l’adolescence : « Dans ma ville, les filles étaient très maquillées, talons hauts et minijupes glitter. J’écoutais Britney Spears et me suis façonnée sur ces modèles féminins stéréotypés. Je n’avais aucune autre vision de la féminité adolescente.» Aujourd’hui, la photographie lui permet de bousculer les clichés et de réintroduire un dialogue entre femmes où règne la sororité.

Csilla Klenyánski, Hongrie, « Pillars of Home »

La méthode artistique de Csilla Klenyánski se situe à l’orée de plusieurs pratiques : « entre l’installation, une version simplifiée de la performance, et la photographie, en deux dimensions. » Diplômée de l’Académie Willem de Kooning à Rotterdam, l’artiste-photographe se sert de son propre corps pour élaborer ses différents projets performatifs. « Pillars of Home », présenté à Hyères cette année et conçu comme une chorégraphie, a été réalisé pendant son temps libre de jeune maman – soit une demie heure, la durée de la sieste de son fils. En tant qu’artiste et en tant que mère, Csilla questionne avec humour et recul le passage du temps, à la manière d’un jeu dont elle serait à la fois l’auteure et le personnage principal.

Sanna Lehto, Finlande, « Morphologies »

La jeune photographe finlandaise a un rapport précieux et sacré aux fleurs. Elle les cueille, les chérit, les collectionne puis les réinjecte dans ses images. Dans son royaume, les hommes et la nature ne font qu’un. Mais l’harmonie visuelle qui découle de ses photographies colorées ne doit pas nous leurrer : la relation des hommes et des fleurs n’est jamais simple. Elle invoque autant la vie que la mort, la renaissance et la décomposition. Qu’il s’agisse de son travail personnel ou des commandes qu’elle réalise pour les magazines de mode, Sanna Lehto, diplômée de l’école d’art, d’architecture et de design à l’université d’Aalto, construit un univers complexe, porteur de symboles et de métaphores.

Laetitia Bica, Belgique, « Cream »

À l’origine de la série « Cream », une rencontre : celle que Laetitia Bica a faite avec le Créham, une association dont le but est de révéler les créations produites par les personnes handicapées mentales. Invitée à réaliser des workshops avec les artistes du centre, la photographe liégeoise, diplômée de l’école supérieure d’art de Saint-Luc, a volontairement supprimé le « H » de handicap pour intituler sa série. Sa pratique dé-hiérarchise les rapports de forces, invite à créer un dialogue à travers des images éclectiques, performatives et décalées où la collaboration est le maître mot : « Chez moi, la photographie est prétexte à recréer du lien. » S’il n’y avait qu’une leçon à retenir de la jeune garde photographique, la voici.

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