britney spears et la mode : je t'aime moi non plus

Il était une fois une jeune fille qui s’appelait Lucky et qui aimait les Uggs.

par Jack Sunnucks
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22 Mars 2018, 10:50am

Rarement une journée n’avait été aussi riche en bonnes nouvelles que celle d’hier. À l’annonce du printemps s’est ainsi ajoutée celle de la collaboration de Britney Spears avec la marque Kenzo. Photographiée par Peter Lindbergh, la campagne au parti-pris discutable a heureusement le bon goût de rappeler à quel point Brit Brit a incarné les errances mode de toute une génération. Son amour des diams, du jean, des crop tops et des casquettes appartient donc désormais à l’histoire.

L’occasion de revenir sur les meilleurs looks de la princesse de la pop et de rendre hommage à son célèbre nombril. Soyons honnêtes : avant elle, personne n’avait œuvré avec autant d’énergie à légitimer l’existence de Von Dutch.

1998 : la première journée de la jupe Avec son premier single …Baby One More Time, Britney a fait plus que n’importe qui pour rendre ses lettres de noblesse à l’uniforme d’écolière, faisant de la jupe et de la chemise blanche un classique des soirées d’Halloween, des drag queens et des vraies écolières. C’était Britney 1.0 dans toute sa splendeur : faussement virginale, arborant chouchous roses et queues de cheval. Le look n’a peut-être pas fait son entrée dans le lexique de la mode, mais il en dit long sur le charme juvénile de Britney, qui consistait à beaucoup parler de Dieu, à poser en petite tenue pour Rolling Stone et à dire ensuite qu’elle n’avait aucune idée de ce qu’elle faisait. C’était aussi le temps où elle vouait un culte aux ceintures taille basse de Steven Tyler, et rien que pour ça, elle mérite d’être applaudie chaleureusement.

2001 : « plus t’en mets, plus t’en as » Pas de doute, le sommet mode de Britney, c'est son apparition aux bras de Justin Timberlake lors des American Music Awards de 2001, tous les deux habillés en jean de la tête aux pieds. En anglais, on appelle ça le « double denim » mais dans le cas présent, il faudrait plutôt parler de « quadruple denim » : le chapeau de cowboy en jean assorti au sac à mains en fait sans doute le moment le plus « denim » de l’histoire de l’humanité. Pendant à peu près cinq ans, Britney nous a ressorti ce look pour toutes ses apparitions publiques – on retiendra sa casquette de vendeuse de journaux portée lors d’un défilé House of Field en 2003. Le summum des années d’innocence de Britney, quand elle sortait encore avec son comparse du Mickey Mouse Club, n’avait pas eu l’idée de porter des serpents en écharpe et ne roulait pas encore de pelles à Madonna (l’histoire ne dit pas à laquelle des deux on doit l’invention des fausses lesbiennes en manque d’attention). Mais comme toutes les bonnes choses, l’ère du costume en jean immaculé a forcément eu une fin.

2004 : no woman no cry Nous voilà entrés dans notre phase préférée, celle de la rencontre de Britney avec son danseur Kevin Federline. Ensemble, ils ont été les pionniers du look né à Los Angeles qui a imposé sa dictature au début des années 1990. Leurs indispensables ? Une casquette de camionneur (Von Dutch de préférence), une veste bombée de spray (Ed Hardy de préférence), des micro shorts en jean et – au choix – des Uggs ou des chaussures compensées laissant dépasser les orteils. Ajoutez à cela une bonne dose d’autobronzant tendance orange et des extensions de babos : vous obtenez un look 100% Mode (avec un M majuscule parce que « Malheur à tous ceux qui pensent que la mode n’est qu'une affaire de défilés et de boutiques de riches, elle est aussi dans la rue mon pote ! »). Et pour finir, un gros big up aux faux diamants et à tout ce qui ressemble de près ou de très loin à un pyjama Lafoirefouille.

2007 : fille perdue, cheveux ras Nous ne nous attarderons pas sur les déboires psychologiques de Britney, mais oui, c’est certain, son rapport à la mode est conditionné par son Avant/Après rasage de tête. Avant le burn-out, Britney fait parler d’elle comme une fille solaire, ambitieuse. Après le burn-out, elle fait encore plus parler d’elle parce qu’en réalité, n’avons-nous pas tous et toutes un jour songé à nous raser la tête pour signifier au monde entier notre besoin de péter les plombs ? Retrospectivement, en se rasant la tête, Britney a montré qu’elle pouvait être encore plus elle-même sans ses cheveux, soulignant qu’une femme ne se résumait pas à une bouteille de shampooing (coucou Nabilla).

2008 : l'odyssée de l'espace Après des errances spirituelles et probablement un peu de temps passé à caresser des chevaux en parlant de son enfance, Britney est revenue en force en 2008 avec « Blackout », certainement son meilleur album à ce jour, dont vous apprendrez tout ici. Une époque parsemée de bikinis ornés de strass, d’un nouveau séjour dans un établissement psychiatrique et de son incroyable single Piece of Me, s’en prenant frontalement à la traque des paparazzi. Soudain, Britney apparaissait dans une garde-robe entièrement composée de combinaisons, de mini-robes fluorescentes, de peignoirs et de faux cheveux. Le vestiaire idéal d’une diva, même des voix continuent de s’élever, regrettant la Britney débraillée tendance orange du bon vieux temps.

2018 : la jeune fille à la perle Après son retour, Britney consolide son image d’icône capable de se produire sur les scènes de Vegas. Elle fait ses propres défilés de mode à la maison et partage sa vraie passion – la peinture, révélant une nouvelle facette de sa créativité. Un hobby qui lui vaut une nouvelle tenue : sa brassière de diva légèrement dissimulée par une chemise d’artiste censée protéger ses tresses des tâches de peintures qu’elle jette sur sa toile. Mais derrière la mise en scène de l’artiste au travail se cachent les signes que la Britney qu’on aime est toujours là. Sous sa chemise de peintre, elle porte son short de sport préféré, tandis que sa brassière glamour semble en cacher une autre, d’une différente couleur. Britney peut bien apprendre à peindre, elle ne saura sans doute jamais comment s’habiller. Et c’est précisément pour cette raison (entre autres) qu’on l’aime pour toujours.