vous ne le saviez peut-être pas, mais ces films d’horreur géniaux ont été réalisés par des femmes

Déconstruction des clichés du genre, parodie ou gore insurmontable : le regard féminin fait aussi un bien fou aux films d'horreur, et Halloween arrive à grand pas. Il est temps de compléter votre liste.

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oct. 27 2017, 12:35pm

Comme tous les ans, votre supermarché a mis la déco trop en avance. Mais ça y est, on y est presque, et seulement quelques jours nous séparent d'Halloween. Le moment de s'administrer une dose annuelle de films d'horreur. Malgré la misogynie rampante de l'industrie du cinéma (et bien au-delà), nombreux sont les films d'horreur qui s'articulent autour du regard féminin. L'horreur est certainement l'un des genres qui ont le plus évolués en termes de traitement des personnages féminins. Chassant l'idée que les femmes ne sont que des victimes hurlantes, la renaissance moderne du film d'horreur est plus encline à les mettre à l'avant et au centre de leur narration, qu'elles soient héroïnes, méchantes ou entre les deux. L'an passé, Grave, l'histoire d'une végétarienne qui découvre le goût de la chair et du sang, réalisée par Julia Ducournau, s'est hissé dans la liste des brillants films d'horreur réalisés par des femmes, parmi lesquels on comptait déjà Mister Badabook (Jennifer Kent), A Girls Walks Home Alone at Night (Ana Lily Amirpour) ou American Psycho (Mary Harron). Mais, si vous avez déjà vu ceux-là, en voici de nouveaux à ajouter à votre liste : bizarres, magnifiques et sinistres, dont vous ne saviez peut-être pas qu'ils avaient été réalisés par des femmes (ou qu'ils avaient été réalisés tout court).

Simetierre, Mary Lambert (1989)
Mary Lambert était étudiante à l'Ecole de Design de Rhode Island - dans les mêmes rangs que les futurs Talking Heads, et tous ceux qui étaient occupés à produire des clips pour des stars comme Madonna et Janet Jackson - quand Stephen King lui a demandé de réaliser Simetierre (il y a fort à parier qu'il était fan de Madonna). Avec à l'affiche, l'un des chats les plus effrayants jamais vus à l'écran et Stephen King en personne, le film est devenu instantanément classique et a même son propre 'making of'.

Slumber Party Massacre, Amy Holden Jones (1982)
Le film est exactement ce à quoi vous vous attendez : une brochette de jolies étudiantes (toutes jouées par des athlètes stars) tente d'échapper à un tueur psychopathe qui tranche la tête des gens avec sa grosse perceuse électrique (dotée d'une batterie très longue durée). Cette parodie du slasher movie a été réalisée par Amie Holden Jones et écrit par la militante féministe Rita Mae Brown, et même si elle n'a pas apprécié les modifications apportées au script, le film vaut quand même le détour. Malgré l'inclusion d'une scène de douche sans intérêt, ces filles sont de vrais personnages, intelligentes et coriaces plutôt que faiblardes et gémissantes.

Le Voyage de la Peur, Ida Lupino (1953)
Pas nécessairement un film d'horreur au regard des standards d'aujourd'hui, mais ce thriller à suspense mérite d'être mentionné comme le premier film noir réalisé par la pionnière des actrices – réalisatrices – productrices Ida Lupino. Réaliser ce genre de film en tant que femme dans les années 1950 à Hollywood était un sacré défi. Alors on arrête de dire Hitchcokien et on dit Lupunien.

Jennifer's Body, Karyn Kusama (2009)
Après le succès de Juno, la scénariste Diablo Coddie s'est mise à la comédie d'horreur surnaturelle avec la bombe des années 2000 Megan Fox. Un sacrifice satanique tourne mal, et le personnage de Megan part en carnage meurtrier, faisant de ses camarades masculins ses victimes privilégiées. À voir la prochaine fois que vous ressentirez l'envie d'assister à un vrai drame lycéen.

Organ, Kei Fujiwara (1996)
Kei Fujiwara est apparue dans le film d'horreur cyberpunk sorti en 1989, et devenu culte depuis, avant de se lancer dans l'écriture, la réalisation et la production de son propre film, Organ. Elle y joue une borgne qui, avec sa sœur jumelle, vole des organes d'un genre très interne. Attention toutefois, c'est assez horrible – elles s'en prennent à leurs victimes alors qu'elles sont encore en vie. Ce festival étrange et gore est réservé aux fans d'horreur les plus hardcore. C'est tellement difficile à regarder qu'il est difficile de ne pas avancer le film pour voir ce qui vient après (spoiler : plus de gore).

Office Killer, Cindy Sherman (1997)
Et oui, avant que Cindy ne devienne votre star d'Instagram préférée, elle a réalisé un long-métrage. Sa première et jusqu'à présent dernière expérience en tant que réalisatrice, raconte le « quotidien » d'une secrétaire de rédaction qui décide de tuer tous ses collègues (on la comprend). Les costumes colorés, le décor et l'éclairage dramatique de scènes aussi absurdes que comiques donnent l'impression que Sherman s'est emparée de tous les éléments cinématographiques qui inspirent ses photos pour les réunir dans un film spectaculaire. Les « critiques » de Rotten Tomatoes détestent le film, ce qui devrait encore plus vous donner envie de le voir.

Blood and Donuts, Holly Dale (1995)
La plupart des gens préfèrent leur café allongé, mais la plupart des gens ne sont pas des vampires canadiens récemment sortis d'un long sommeil et enfermés dans une épicerie de nuit spécialisée en donuts, ayant affaire à leur ex mort-vivante et à un baron du crime interprété par David Cronenberg. Une chose est sûre : c'est dur de ne pas aimer les Canadiens, même lorsqu'ils se révèlent être des suceurs de sang.

Blood Diner, Jackie Kong (1987)
Difficile de savoir par où commencer pour décrire ce film. En gros, deux frères tiennent un café végétarien plutôt cool dans le centre de Los Angeles et charcutent leurs victimes jusqu'à ce que mort s'ensuive afin de ramener à la vie une ancienne déesse. Mais ce n'est pas tout. Les nombreuses bizarreries du film – parmi lesquelles le cerveau d'un oncle mort continuant à s'exprimer depuis la jarre dans laquelle il est installé – sont devenues un sujet de discussion intense entre les fans de ce film culte. À cause de son modeste budget, la plupart des acteurs sont des musiciens et des artistes originaires de Los Angeles, ce qui rend le film totalement surjoué et limite sa fluidité, avec des accents qui changent d'une scène à une autre. Tout ce qu'il vous faut pour un bon vieux retour au gore pour Halloween.

Nikola Vasakova est la fondatrice de Girls in Film , une plateforme à destination des nouvelles générations de femmes dans le cinéma.