dans les coulisses du thriller porno gay de james franco

"King Cobra" raconte l'histoire vraie, sexy et choquante d'un meurtre dans l'industrie du porno gay. Son réalisateur Justin Kelly nous en livre quelques secrets.

par Oliver Lunn
|
31 Octobre 2016, 4:15pm

On a rarement vu James Franco lâcher autant les chevaux que dans le rôle d'un producteur de porno gay pour King Cobra, un drame tiré d'une histoire vraie qui raconte le succès de Brent Corrigan, adolescent et star du porno. Franco signe une performance à tomber et incarne un producteur assez flippant. Mais Franco n'y est pas seul : l'ancien acteur de l'écurie Disney Garrett Clayton joue la porn star, Christian Slater joue un producteur rival, sans compter Molly Ringwald et Alicia Silverstone.

Situé dans le Los Angeles des années 2000, dans un monde de sites web basse résolution et de fringues Affliction, King Cobra raconte le vrai scandale autour de Corrigan (connu sous le nom de Sean Paul Lockhart IRL), mineur lors du tournage de ses premiers films pornos. Et sans en dire trop, ce scandale se transforme en une intrigue meurtrière. J'ai récemment pu discuter avec le réalisateur du film Justin Kelly qui m'en a dit plus sur cette histoire sombre, sur les dessous de la performance de Franco et sur l'appréhension d'une ancienne star Disney qui a dû tourner des scènes de sexe avec Christian Slater.

Le film raconte l'histoire vraie d'une jeune star du porno, Brent Corrigan. Il a été impliqué dans la création ?
Non. On l'a contacté, on l'a laissé lire le scénario pour voir s'il voulait nous aider à préciser des choses. Finalement, il a accepté l'utilisation de son nom et son histoire, mais il n'a pas voulu y contribuer, parce qu'il écrit déjà ses mémoires.

Il y a des choses qui l'ont gêné ?
Je pense qu'il a simplement dû être étonné. Que quelqu'un arrive de nulle part et lui annonce qu'il veut faire un film sur lui - avec Franco et Slater à l'affiche. Ça doit faire bizarre. Il nous a laissé faire le film, mais il a un peu élevé la voix contre, depuis. Mais bon, il ne l'a pas encore vu, après tout…

Comment Franco s'est-il engagé dans ce rôle de producteur porno ? Il ne devait pas avoir beaucoup de temps, avec tous les projets qu'il a...
C'est vrai qu'il fait beaucoup de choses. Pour un film comme ça, on peut avoir l'impression d'un investissement fou et d'un très long et très gros tournage. Mais il a dû être en plateau pendant 5 ou 6 jours. On ne fait pas trop de répétitions en général. Je préfère en faire peu. Il faisait énormément d'improvisations sur le tournage. Et malgré le fait qu'il était très occupé à côté, il a réussi à parfaitement incarner le personnage. Il y a plein d'exemples, mais le premier qui me vient est la scène d'entraînement, la séance de musculation. Il n'y a jamais eu de dialogue pour cette scène.

La scène où il crie « NO LITTLE BITCHES » ?
Ouais, c'était son idée. Je lui ai dit de dire à Harlow un truc genre « Stop being a little bitch » et de là, il a commencé à partir tout seul et à ajouter des trucs. Ou quand il est au téléphone avec Stephen, il était censé raccrocher le téléphone, le jeter sur le canapé et être en colère. Et de manière totalement improvisé, il s'est mis à crier « Fuck ! Fuck ! Fuck » encore et encore, six fois de suite. C'est un de mes moments préférés.

L'histoire se passe au milieu des années 2000. Il y a des détails de mode ou technologiques de l'époque que tu tenais à inclure ?
Oui, clairement. C'était très drôle à faire - parce que ce n'est pas si vieux. C'était marrant de jouer avec cette époque, avec les baggy ou les Sketchers blanches de Stephen. Sean porte aussi un petit collier de perle, un truc totalement années 2000. Et je ne sais pas si tu l'as remarqué mais le personnage de Franco porte toujours des jeans Affliction. Harlow est toujours en Diesel.

Ça a été dur pour Garrett Clayton, une ancienne star de Disney, de passer de Teen Beach Movie au tournage de scène de sexe avec Christian Slater ?
Quand je l'ai rencontré, j'ai bien vu qu'il était prêt à quitter le giron Disney, et qu'il pousserait ce départ à fond. Pour ce qui est des scènes sexuelles, même si ce n'est pas de la nudité totale… il faut quand même être très à l'aise pour simuler le sexe quand Christian Slater te pousse contre le mur pour te baiser !

Tu as discuté avec lui pour le préparer ?
Tout le monde est toujours un peu nerveux quand il s'agit de tourner de telles scènes. Mais les acteurs savaient dans quoi ils s'engageaient. Au bout d'un moment, quand on a un emploi du temps à suivre, ça se transforme en une tâche quotidienne de plus, ça devient moins intimidant. Pour Garrett c'était simple ; je lui disais « ok, là on va zoomer sur ton visage, et tu feras comme si tu étais assis sur quelqu'un entrain de se faire baiser ! » [rires] Comment tu tourne une telle phrase poliment ? Et puis ça passait tout seul, on l'aspergeait pour qu'il ait l'air de suer et c'était parti. Ça a fini par faire partie du quotidien [rires].

Il y a des choses qui t'ont choquées sur le monde du porno gay quand tu es allé y creuser ?
Je suis à peu près tombé sur ce à quoi je m'attendais. Pour cette histoire en particulier, c'est quand même assez dingue qu'un producteur ne cherche pas à en savoir plus sur son acteur, qui n'avait que 17 ans pour ses premières vidéos. Qu'il ait eu une fausse carte d'identité ou non, ce manquement reste choquant. De ce que j'ai cru comprendre, il y a des parties assez sombres dans l'industrie du porno gay, mais il y a aussi des compagnies très carrées, très respectables. Il se trouve que ce film parle plus de ces côtés miteux ; d'un mec qui fait des films dans sa cave.

C'est ton second film avec Franco. Un troisième de prévu ?
Ouais. Une autre histoire vraie qui aborde des thèmes queer et la supercherie littéraire autour de JT Leroy. Ça fait d'ailleurs 6 ans que je bosse sur ce projet. Je pensais que ce serait mon premier film mais c'était compliqué de le lancer en tant que réalisateur naissant. C'est une histoire complète, qui revient essaye de comprendre pourquoi ces deux femmes ont monté cette folle arnaque. C'est dans la même veine que I Am Michael et King Cobra - des situations où il est très facile de juger les gens qui sont impliqués. Moi ça m'intéresse davantage de comprendre pourquoi ils ont agi comme ils l'ont fait.

@OliverLunn

Credits


Texte Oliver Lunn

Tagged:
Culture
james franco
porno gay
King Cobra
Christian Slater
Justin Kelly