6 rappeurs nous montrent comment se révolter

Les plus grandes icônes du rap américain actuel — YG, Chance the Rapper, et Pusha T — se sont élevées pour dénoncer les dérives du système politique actuel. La contre-culture musicale n'a rien perdu de son anti-conformisme.

par Emily Manning
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10 Novembre 2016, 10:19am

Le hip hop, contre-culture musicale née sur les cendres de la crise économique américaine dans les années 1970 à New York, est par essence marginal, anti-conformiste. Le groupe A Tribe Called Quest s'engageait pour le maire new-yorkais David Dinkins dans son titre phare "Can I Kick It ?", et troisième single de leur premier album sorti en 1990. On se souvient de Tupac qui, en 1992, s'était exprimé sur MTV à propos des inégalités sociales et de la redistribution des richesses (deux problématiques par ailleurs au coeur du programme de Bernie Sander lors de sa campagne en 2016). Dans cette interview, l'icône de la côte Ouest avait prédit, tel un prophète, l'avènement de Donald Trump, ses dérives, aussi.

Depuis le début des élections présidentielles de 2016, quelques rappeurs ont levé la voix, appelant leur public à se rendre aux urnes et à manifester. i-D fait un petit récapitulatif des rappeurs qui font rimer musique et politique.

YG : Le premier album du rappeur californien, My Krazy Life, sorti en 2014, relatait son quotidien dans la ville de Compton. Son dernier opus, Still Brazy, possède la même énergie club tout en se doublant d'une veine politique et engagée. Son titre blockbuster, "Fuck Donald Trump" est sorti cet été. Il a tourné sur YouTube, dans le métro et aux soirées pour se transformer en un hymne salvateur - l'exact opposé d'une élection présidentielle hyper frustrante. À cette occasion, YG s'est exprimé sur la censure gouvernementale (il a dû détourner les paroles de Still Brazy) sans pour autant refuser d'abandonner son combat. Aux côtés de Beyoncé sur scène, pour sa tournée mondiale Formation, il a repris son magistral "Fuck Donald Trump" en entonnant son refrain avec G-Eazy et Macklemore. Quant à sa tournée éponyme, elle a réuni une jeunesse politisée et engagée. Hier, il appelait les habitants de Los Angeles à se rendre aux urnes. Dans la tradition du rap californien, YG mêle à sa prose acérée et ses beats g-funk des problématiques bien ancrées dans son époque, sociétales et sociales. Avec lui, la jeunesse s'est trouvé un nouvel hymne politique. "Nous devons lever la voix parce que sinon, on ne sert à rien. Il n'y a plus de morale", confiait-il à i-D plus tôt cette année. "C'est pas ce que ça devrait être. C'est pas moi. Donc j'ai décidé de l'ouvrir."

Chance the Rapper: Après sa tournée aux côtés de Jay Z et Beyoncé dans le QG d'Hillary clinton à Cleaveland et du haut de ses 23 ans, le rappeur originaire de Chicago a choisi d'organiser un concert gratuit dans sa ville natale, Grant Park. Il a oeuvré à ce que son public se déplace pour aller voter en l'appelant à le rejoindre aux urnes - ce que Chance et plus d'un millier de personnes de sa ville ont fait, littéralement. Tout récemment, Barack Obama disait à son égard : "Je connais bien Chance, son père était mon directeur d'état lorsque j'étais sénateur dans l'Illinois. La première fois que je l'ai rencontré, il avait 8 ans, il fait partie de la famille." Nous sommes ravis de vous annoncer que le rappeur vient également de lancer sa propre plateforme créative et engagée : SocialWorks initiative.

Gucci Mane : Avant-hier, l'icône d'Atlanta nous délectait de sa prose engagée à l'entrée de l'université de Floride Memorial, la première université noire de la Floride. "Vous avez l'opportunité de bouger les lignes demain. Et je parle de tous les jeunes - dans cette pièce, de toutes les origines, couleurs et milieux différents," révélait Gucci Mane à ses étudiants, les encourageant à se battre contre les violences policières, l'incarcération de masse et la violence. Un sujet qui lui tient à coeur puisque le rappeur purgeait plus tôt cette année une peine de prison pour détention d'armes à feu et stupéfiants. Le vote est d'autant plus essentiel que Gucci Mane ne peut pas se rendre aux urnes : "J'aurais aimé avoir mon droit de vote", a-t-il confié aux étudiants.

Ty Dolla $ign : En parlant de violence policière et d'incarcération massive, ces problématiques sont au coeur de la musique de Ty Dolla $ign et surtout, de son nouveau projet politique, Campaign. Cet opus réunit des titres sensibles et virulents à l'égard de la politique actuelle à l'instar de "No Justice," produit avec Ty's brother TC, au sein duquel le rappeur rappelle qu'il a été inculpé pour un crime qu'il n'aurait pas commis. Le rappeur, producteur et musicien californien a mis un point d'honneur à faire de ces élections présidentielles une priorité pour la jeunesse. Il a rejoint la tournée Schools Not Prisons dans son état natal et a joué à l'occasion du concert Rock The Vote. "En parlant d'injustice — imaginez ce qu'on laissera de côté si nous ne nous battons pas pour cette merde... C'est chez moi que ça se passe," confiait Ty à i-D l'été dernier. "La justice n'est jamais prise en compte dans ce genre de situations, y'a aucune conviction. Mais je crois qu'en parler à travers mes chansons et à l'attention de mes fans, peut aider à arrêter tout ça. On verra bien ce qui se passe mais je garde confiance."

Vic Mensa : Le rappeur de Chicago est connu pour mélanger les genres, les registres et parler de politique - surtout quand ça dérange. Le petit protégé de Kanye West s'est associé à Halsey et Lil B pour "Free Love," un titre pro-LGBT sorti cet été, à la suite des tragiques événements survenus au club Pulse. son plus récent projet, There's Alot Going On, évoque la crise sanitaire de Flint, survenue dans le Michigan ainsi que la brutalité à l'égard du jeune Laquan McDonald, âgé de 17 ans. Son tube, "16 Shots", a été interprété sur le plateau de l'émission de Jimmy Kimmel avant-hier. "Donald Trump est un raciste, et si vous ne votez pas, le racisme va gagner," a-t-il confié au public présent sur le plateau.

Pusha T: Notre rappeur préféré et président de G.O.O.D Music a longtemps été un supporteur d'Hillary Clinton. En décembre dernier, la toile découvrait une vidéo dans laquelle Push, ex-dealer dans les nineties, se déclarait en faveur de la candidate battue par Donald Trump. Il s'est rendu à la Maison Blanche, s'est entretenu avec Barack Obama pour lui vendre son programme pro-jeunesse et créativité, My Brother's Keeper. C'est la première fois, en 20 ans de carrière, que Pusha T s'exprime politiquement. Preuve que plus que jamais, le rap est politique.

Credits


Texte : Emily Manning
Photographie : Eric Chakeen

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