© Jeffrey Henson-Scales Young Man In Plaid, 1991

le dandysme noir ou la politique du style

Une exposition à Londres explore les liens qui nouent la dandysme à la masculinité noire, de Bamako à New York, en photographies.

par Felix Petty
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30 Mai 2016, 8:10am

© Jeffrey Henson-Scales Young Man In Plaid, 1991

Les origines du dandysme remontent à la fin du 18ème siècle. En Angleterre comme en France, cette attitude réfractaire de la haute aristocratie masculine était une manière d'envoyer bouler la Révolution. Une attitude qui passait nécessairement par un style vestimentaire maniéré, ultra-sophistiqué, à contre-courant des sans-culottes anarchistes et rêveurs. Un dandy, selon Baudelaire, c'était bien cet "homme riche, oisif, et qui, même blasé, n'a pas d'autre occupation que de courir à la piste du bonheur, l'homme élevé dans le luxe et accoutumé dès sa jeunesse à l'obéissance des autres hommes, celui enfin qui n'a pas d'autre profession que l'élégance jouira toujours, dans tous les temps, d'une physionomie distincte, tout à fait à part." Être à part, donc, le dandy aspire au sublime, forcément en marge de son temps. 

Une nouvelle exposition, curatée par Ekow Eshun, retrace l'histoire du dandysme et les liens qu'il a entretenu avec la masculinité noire, dans les rues, comme en studio, de New-York à Bamako en passant par l'Europe et l'ascension du hip hop. Pour autant, cette originalité vestimentaire, aussi élégante qu'elle soit chez certains hommes noirs, n'est pas toujours synonyme d'aristocratie. 

© Isaac Julian, Hommage Noir, 1986

Made You Look: Dandyism and Black Masculinity s'attache donc à montrer que le dandysme est aussi une réaction à la position précaire à laquelle la plupart des hommes noirs se confrontent, encore aujourd'hui, dans la société. La flamboyance et l'excentricité se doublent d'une revendication sociale qui défait tous les stéréotypes. Le dandysme devient une affirmation de l'ostentation, synonyme de liberté. Que ce soit en studio, à travers les portraits des photographes comme Hassan Hajjaj ou Samuel Fosso, ou à travers les clichés pris sur le vif, dans les rues qui documentent le quotidien de ces dandys, l'exposition part à la rencontre de ceux qui pensent la mode comme la politique. On y retrouvera les tirages de Colin Jones, qui scrutait, à l'aide de son objectif, le style des jeunes mecs de Islington dans les seventies comme ceux de Jeffrey Henson Scales, street photographer iconique de New-York. Le dandysme, dans son exubérance, n'a cessé depuis deux siècles de questionner les notions dichotomiques du genre - Ekow Eshun lui a trouvé une résonance particulièrement dans l'air du temps, puisque l'expo présente aussi le travail des photographes émergents d'Afrique du Sud, notamment celui de Kristin-Lee Moolman, qui montre un tout autre versant des townships aujourd'hui - avec pour mot d'ordre élégance, oisiveté et style. 

© Kristin-Lee Moolman, Wayne Swart, 2015

© Malick Sidibé, Les trois amis avec moto, 1975

Made You Look: Dandyism and Black Masculinity du 15 juillet au 25 septembre à The Photographer's Gallery

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Texte : Felix Petty

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