les artistes new-yorkais les plus fous en 7 documentaires

De Robert Mapplethorpe à Jean-Michel Basquiat et Candy Darling ; on vous présente les plus beaux documentaires consacrés à ceux qui ont bouleversé l'histoire de l'art et du Lower East Side.

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07 Avril 2016, 8:55am

Cette semaine le photographe Robert Mapplethorpe, connu pour avoir documenté la scène BDSM underground new-yorkaise, se télescope au cinéma dans le documentaire Mapplethorne : Look at the Pictures. Un docu qui transpire New York et qui nous fait dire que Mapplethorne est New York, d'une certaine manière. Comme Warhol ou le Velvet. 

Pour Mapplethorne, "les photos sont moins importantes que la vie que l'on mène." Et sa vie à lui, comme celle de beaucoup des artistes que la Big Apple a fécondé, éclipse souvent son travail. À New York, la vie file à toute allure. Les scènes de vie s'enchaînent rapidement. Mais il y a toujours eu des réalisateurs pour mettre en valeur la richesse créative de cette ville, au passé comme au présent. Voici notre sélection des meilleurs documentaires qui retracent les vie délirantes des plus grands artistes new-yorkais. 

Jean-Michel Basquiat : The Radiant Child
C'est à cause d'histoires folles comme celle de Basquiat que tant d'artistes sont attirés par New York. Ils pensent que c'est l'endroit où ils seront inéluctablement découverts et révélés au monde. Au début des années 1980, alors qu'il foulait les trottoirs de Manhattan des jours durant, sans argent ni endroit ou dormir, Basquiat n'en avait pas la moindre idée mais son destin d'artiste raté allait bientôt basculer. C'est lorsqu'il vendait des cartes postales au Washington Square et du côté de SoHo qu'Andy Warhol le découvrait et allait faire de lui un des artistes les plus importants de ce dernier siècle. Ce documentaire incontournable déterre l'enregistrement d'une interview de Basquiat, intime, accompagnée de témoignages de Thurston Moore, Fab Five Freddy et bien d'autres. On y apprend comment Basquiat a survécu dans la rue - en ayant un tas de petites copines -, comment il a prospéré dans un certain milieu de l'art quand son travail était dans le même temps rejeté par le Withney et le MoMa avant de devenir le peintre le plus influent des années 1980.

Everybody Street
Everybody Street capture avec brio le romantisme de la photographie de rue new-yorkaise - ce que c'est, que d'arpenter la ville armé d'un appareil photo, chassant le moment isolé qui définira à lui seul le chaos de la rue. Mais le film montre aussi les risques de cette démarche : se prendre une droite de quelqu'un qui n'a vraiment pas envie d'être pris en photo, par exemple. Ce documentaire hyper instructif est parsemé de sommités de la photo, comme Bruce Davidson, Jamel Shabazz, Bruce Gilden ou Jill Freedman. Tous, ont arpenté la ville dans tous les sens pour obtenir leurs plus beaux clichés. Le film ne répond pas vraiment à la question "pourquoi New York est-elle la Mecque de la photo" mais il n'en a finalement pas vraiment besoin. Les images parlent d'elles-mêmes. 

Blank City
C'est très difficile de regarder Blank City sans être traversé par une profonde nostalgie du New York des années 1970 et 1980, que la plupart d'entre nous n'avons pas pu connaître. Vous savez, avant qu'une gentrification avide ne rentre dans l'équation et écrase au passage toutes les scènes underground à vue. Au sein de ce vibrant hommage à la scène downtown No Wave de la fin des années 1970 et des années 1980, des réalisateurs et musiciens tels que Lydia Lunch, Nick Zedd, Jim Jarmusch et Thurston Moore se remémorent avec nostalgie de leurs vieux terrains de jeu. Ils se rappellent de leur manière de boucler des films avec un budget dérisoire, du Lower East Side délabré de l'époque, ses bâtiments en ruine, l'épidémie de crack et les agressions quotidiennes à tous les coins de rue. Ils y créèrent leur propre dynamisme, leur propre scène, produisant de l'art complexe et révolutionnaire. Et tout ça quasiment sans le sou. Aujourd'hui, il est impossible de faire ce qu'ils ont fait. En tout cas pas à cette échelle. Pas avec le peu d'argent qu'ils avaient. Et certainement pas à New York.

Herb & Dorothy
Voilà Herb et Dorothy Vogel, charmant petit couple d'un âge avancé. Ils sont collectionneurs d'art, mais d'un genre un peu particulier. Leur règle d'or ? L'oeuvre doit être à la fois financièrement abordable et rentrer dans leur minuscule appartement new-yorkais. Ils ont donc l'acquisition des oeuvres de Sol Lewitt, Carl Andre, Donald Judd et bien d'autres minimalistes au boulot beaucoup moins cher que le pop art et l'expressionisme abstrait de l'époque. Aujourd'hui, ce petit couple du troisième âge sont des figures majeures du monde de l'art, avec une collection décrite comme étant "la plus importante collection d'art post-1960 des Etats-Unis". Leur approche des artistes est personnelle : ils les connaissent et les comprennent. Herb & Dorothy nous prouve avec succès que les collectionneurs ne sont pas tous des requins en cols blancs aveuglés par les liasses qu'une oeuvre pourrait leur apporter. Ce qu'ont fait les Vogel - leur collection et leur approche - c'est déjà de l'art.

Chelsea on the Rocks
Dans ce documentaire, Abel Ferrara personnalise et dresse le portrait du Chelsea Hotel, cet hôtel new-yorkais où la petite amie de Sid Vicous, Nancy Spungen fut retrouvée poignardée à mort en 1978 et où Wharol avait tourné Chelsea Girls. Une véritable bulle dans laquelle se déploie tout un milieu artistique à travers les âges. Dans les années 1970 et 1980, le Chelsea Hotel était l'épicentre des contre-cultures et tout le monde y habitait ses murs sacrés ; de Bob Dylan à Allen Ginsberg en passant par Patti Smith et Charles Bukowski. Le documentaire de Ferrara, dans lequel apparaissent notamment Ethan Hawke, Dennis Hopper, Gaby Hoffman et Robert Crumb, liste les résidents les plus excentriques des lieux, rappelant les anecdotes les plus agitées, incluant dealers, artistes, rock stars et rappelant l'anarchisme qui fit naître un nombre impressionnant de figures créatives majeures.

Beautiful Darling : The Life and Times of Candy Darling, Andy Warhol Superstar
L'actrice transgenre Candy Darling a été catapultée au rang de célébrité à la seconde où Andhy Warhol la hissait au rang de "Warhol Superstar". Elle jouait dans ses films, Flesh et Women in Revolt, et posait sous l'objectif des plus grands, de Robert Mapplethorpe à Cecil Beaton. Elle s'est petit à petit transformée en muse de Warhol et une figure essentielle de la troupe haute en couleur de la Factory. Elle fut également la muse du Velvet Underground, immortalisée dans leurs chansons Candy Says et Walk On The Wild Side. Ce documentaire - véritable trésor d'archives, d'interviews, d'images et d'extraits de son journal intime lus par Chloë Sevigny - dessine le portrait d'une femme seule et dépressive dont les rêves sont d'être riche et célèbre. Selon ses propres mots : "Tout ce que je sais, c'est que j'aime et que je ne suis pas aimée. Je ne connais pas le bonheur. Je connais le désespoir, la solitude et la nostalgie."

Captured
Dans le Lower East Side des années 1980, tu pouvais être et devenir ce que tu voulais. Cette idée a été capturée par l'objectif du photographe intrépide Clayton Patterson. Skinheads, travestis, junkies - il les a tous immortalisés. De cette manière, il a visuellement consigné la zone 25 années durant, pour nous présenter l'âge d'or du Lower East Side. On voit dans la film la manière qu'il a eu de couvrir les émeutes policières de Tompkins Square ou le dernier concert du CBGB emporté dans un pogo sans fin. Au final, son appareil photo lui aura servi à enregistrer les changements sociaux et l'injustice qui prenait place à Manhattan. Comme il l'expliquait à Oprah : "C'est un objet révolutionnaire. Little brother peut surveiller big brother."

@OliverLunn

Credits


Texte Oliver Lunn
Extrait du film Jean-Michel Basquiat : The Radiant Child