les 18 titres qui ont fait notre mois de janvier

La voix suave de Bonnie Banane, la déjante des Fat White Family, le riddim addictif de Koffee ou le featuring de Niska et Diplo... Voici une liste (non-exhaustive) des tracks et clips qui ont marqué ce premier mois de 2019.

Fat white Family – Feet

Contrairement à 98% des groupes de rock de notre génération, les Fat White Family n’ont jamais fait semblant d’être cinglés. Dès leurs premières apparitions dans les squats et les pubs du sud de Londres, au début des années 2010, les quatre membres du groupe établissaient ce qui allait devenir la base de leur proposition musicale : un rock efficace, beaucoup de nudité masculine et une imagerie post-guerre froide mi-dystopique mi-héroïque. Ceux qui ont suivi leur formation savent que le clip « Touch the Leather» (meilleur clip de tous les temps soit dit en passant) leur a octroyé le statut de groupe rock le plus cool et déjanté d’Angleterre, titre honorifique dont ils sont encore dépositaires à ce jour. Après quelques tournées, un passage sur le plateau de David Letterman, un Glastonbury sous LSD, une collaboration avec Evan Dando et un NME award, les Fat White Family reviennent avec un nouveau clip, « Feet » ou l’histoire d’une romance homo-militaire sur fond de fascisme. Ils nous avaient manqué.

Wit. – CMT

Un peu de douceur et de subtilité dans ce monde de brutes. Pour ceux qui ne connaissent pas Wit., son ami de toujours Laylow le décrit comme un surdoué du rap, peut-être justement trop subtil pour être compris par ses contemporains. Nous, on est convaincu qu’un tel talent ne peut pas rester incompris trop longtemps. Ce mois-ci, le rappeur originaire de Montpellier sortait son cinquième EP (eh oui, vous avez de l’écoute à rattraper), NĒO. Un dix titres d’une rare fraîcheur, à la musicalité débridée et au flow totalement libre. Une confirmation du portrait de Laylow, dont on retient – parce qu’il faut choisir – la formidable balade douce-amère « CMT ». « Il y a des blèmes que l’on enterre seuls au milieu de la nuit, » y murmure Wit. Oui, et il y a des artistes qui méritent la foule en plein jour.

Ariana Grande – 7 Rings

Cela nous semblait sincèrement impossible de ne pas mentionner « 7 Rings » dans cette liste. Parce que le morceau est très bon, mais surtout parce qu’il a réussi en quelques jours à énerver Princess Nokia et 2 Chainz, à réveiller Soulja Boy et à exploser les charts pour faire d’Ariana Grande – si ce n’était pas déjà le cas – la popstar de l’époque. On n’en finit plus de décompter les records décrochés par la jeune femme et on est désolé pour ceux qui, à tort ou à raison, l’accusent de plagiat tant elle semble sur une autre planète. Pourtant, ces accusations viennent renforcer la conviction de ceux l'accusent de se réapproprier la culture noire. Un sujet qu’un paragraphe ne suffit pas à traiter mais qui l’attendra évidemment au tournant quand sortira son nouvel album.

Booba – PGP

Avant d'être l’un des plus grands rappeurs français encore en activité, Booba est avant tout le plus grand troll du game. En plongeant dans ses publications Instagram, on oublie parfois qu’elles émanent d’un mec de 42 ans, père de deux gosses. Mais ne nous en cachons pas : on aime tous les gamineries quand elles ne finissent pas à Orly. La dernière en date : lâcher un morceau le jour de la sortie de l’album très attendu de son ennemi Kaaris. À défaut d’un combat de MMA dans un octogone (sans règles), on a donc un clash musical interposé, et c’est très bien. Sans autotune, doté d’une instru de l’au-delà et de punchlines bien senties, « PGP » est un excellent morceau, rapidement classé numéro 1 devant tous les morceaux de l’opus de Kaaris... jusqu'à ce que ce dernier ne rempile avant-hier avec le morceau/clash « Octogone », déjà ultra-streamé. On n'est pas rendus.

Boy Harsher - LA

Le duo américain Boy Harsher a pour lui quelque chose d’assez particulier. Cette capacité à composer une forme de dance hybride, à la fois dansante et profonde, joyeuse et triste. Des morceaux qui chaque écoute revêtent un nouveau costume mais transportent à chaque fois. Formé en 2013 par Jae Matthews (au chant) et Augustus Muller (pour les fabuleux synthés), le groupe s’apprête à sortir un deuxième album studio cette année, dont « LA » est le troisième extrait. Si la voix métallique et les nappes eigthies ne suffisent pas à vous hypnotiser, le clip devrait confirmer votre intérêt pour ce duo pas comme les autres. On vous assure que la musique de Boy Harsher vous fera le même effet que celui des amoureuses qui y sont mises en scène.

Zuukou Mayzie - Super garçon ft. Lala &ce

Oui, vous allez dire que le morceau est véritablement sorti en décembre, mais il faut parfois savoir faire des exceptions, notamment quand il s’agit d’un morceau extrait de l’album J.m.u.a.z de Zuukou Mayzie. Au milieu de ses potes du crew 667, « Zuukoeur Parker » fait un peu office de lumière dans les ténèbres, une caution joyeuse qui partage pourtant à peu de chose près les mêmes références geeks que son vis-à-vis obscur Freeze Corleone. Sur ce projet, il vient balader son flow traînant et ses histoires d’amour sur des instru sucrées, au croisement de la pop, l’électro, l’euro dance, le r&b – et le rap, évidemment. Sur « Super garçon », sa voix chaleureuse trouve un parfait écho dans celle de la toujours envoûtante Lala &ce. Quelle super équipe, le 667…

SCRATCH MASSIVE - FANTOME X [Feat. Grindi Manberg]

Nous étions sans nouvelles de Scratch Massive depuis 2011, date à laquelle le duo électronique français nous offrait Nuit de Rêve, un album qui continue de hanter les dancefloors à l’aube. En octobre dernier, ils livraient Garden of Love, une nouvelle étape de leur traversée de la nuit. Mélancolie, vague à l’âme et envolée... le titre « Fantome X » condense le lyrisme de Scratch Massive, oscillant entre la moiteur d'un club en pleine nuit et la rosée matinale. Si ce n’était pas suffisamment enragé pour vous, on vous conseille le remix de Sentimental Rave.

Lafwandah - Daddy

Lafwandah est la preuve incarnée que la puissance des sorcières demeure invaincue malgré des siècles d’oppression, de chasse et de traque. Elle n’use guère de grimoires, de griffes de coq, de caille-lait ou de sang de jeunes pucelles. Sa force ancestrale, elle la puise dans un registre musical r’n’b puissamment mystique et personnel, établi quelque part entre Paris, New Delhi, Téhéran le Mexique et l’Egypte. Installée New York aujourd’hui, Lafwendah, ou Yasmine Dubois au civil, écrit l’ésotérisme d’une nouvelle génération qui rêve de vivre dans The Craft, collectionne les pierres vertueuses, et jette des sorts sur Instagram. Après un EP sorti en 2016 sur le (très bon) label Wrap, Lafwendah publiera au printemps son tout premier album, Ancestor Boy, dont le titre Daddy faisait office de teaser ce mois-ci. Vivement l’Ostara.

Lana Del Rey – hope is a dangerous thing for a woman like me to have – but I have it

Lana Del Rey, pour beaucoup d’entre nous, est comme un phare dans la nuit. On connaît son univers, on sait à peu près à quoi s’attendre quand on lance l’un de ses morceaux, il y a quelque chose de rassurant mais de toujours étonnant et diablement efficace. Et, à y regarder de très près, rares sont les artistes d’une telle ampleur à s'améliorer à ce point avec le temps. La discographie de Lana est un quasi sans-faute en crescendo, et à en croire le dernier extrait de son album à venir la diva n’entend pas changer la donne. En plus de concourir dans la catégorie du titre le plus long de l’année, la chanteuse peut déjà se targuer, en janvier, d’avoir donné à 2019 sa plus belle balade. C’est épique, profond, triste et magnifique... Tout ce qu’on attend de Lana Del Rey, notre phare dans la nuit.

Varnish La Piscine – LRQT ft. Bonnie Banane

Soyons honnêtes deux secondes : on a tous envie de se faire tuer du regard par Bonnie Banane. Et ça tombe bien, ce mois-ci Varnish La Piscine, rappeur et producteur du crew suisse SuperWak Clique (Di-Meh, Makala, Slimka...), nous en a donné l'occasion. Avec le projet Le Regard Qui Tue, il a créé un véritable film auditif, en trio. L'histoire d'un inspecteur, Sydney Franco (Varnish) qui tombe amoureux d'une femme au regard qui tue, Gabrielle Solstice (Bonnie Banane, donc) qui finit par mourir en... se regardant dans le miroir. Le tout sous les yeux d'un journaliste, Angel de Jesus, joué par Rico TK, rappeur anglo-suisse, lui aussi membre de la SWC. Clairement le projet le plus original de ce début d'année et peut-être de 2019 - à suivre. Ça s'enfile comme un livre, c'est drôle, funky, irrésistible. Courez l'écouter.

Kap Bambino - Erase

Après six longues années de silence à la suite d'un premier album, Devotion, le duo bordelais éléctro-punk et noise est réapparu ce mois-ci dans un nouveau clip maison intitulé « Erase ». Où étaient-ils donc passés ? Pourquoi une si longue éclipse ? Tout le monde s'est posé la question et certains de leurs fans ont même cru que le duo s'était lancé dans une reconversion professionnelle, prenant au pied de la lettre la déclaration qu'ils faisaient à Streetpress en 2012 : « Dans 10 ans on fera peut-être du fromage de chèvre, ou alors on sera morts ! » Orion et Caroline sont toujours en vie et de toute évidence, ne sont pas encore les heureux propriétaires d'un troupeau de mammifères herbivores ruminant. Non, ils font encore du rock et pourvu que ça dure.

Diplo – Boom Bye Bye ft. Niska

On tient notre tube de l’hiver. Celui qu’on sort de la manche en début ou fin de soirée (les deux marchent) pour conjurer la neige. Les variations de voix de Niska n’ont jamais été aussi efficaces que sur ce titre où le rappeur donne l’impression de faire un featuring avec lui-même, chantant d’un timbre addictif puis rappant son passé et sa gloire. Les basses de Diplo se reconnaissent au refrain catchy – oui, vous allez répéter « boom bye bye » à en dégoûter vos potes pendant un moment – et si cela ne suffisait pas, le clip est très beau. On y retrouve des échos aux visuels de The Blaze, des gueules, de la baston, des bécanes et de la danse. Bref. Merci Diplo, et merci Charo.

Foals - Exits

Ah, il est loin le temps où Foals nous éclatait à la gueule comme une évidence au détour d’un incroyable épisode de Skins. C’était il y a 12 ans, en 2007, le morceau s’appelait « Hummer » et y est pour beaucoup dans le succès du groupe de rock britannique. Pas fatigué pour un sou et 4 ans après leur dernier opus, le groupe qui a défini à son échelle l’indie outre-manche du début des années 2010 annonçait récemment deux albums pour 2019. Et il en faisait un teasing ce mois-ci avec « Exits ». Alors oui, c’est moins enragé qu’il y a douze ans, mais c’est toujours diablement efficace, surtout quand le titre est couplé avec un clip mettant en scène l'actrice française Christa Theret et Isaac Hempstead Wright (que vous connaissez sûrement mieux sous les traits de Bran Stark dans Games of Thrones).

James Blake – Tell Them ft. Moses Sumney & Metro Boomin

Ce n'est pas forcément faire affront à Monsieur Blake de dire que sa musique a un petit peu perdu en saveur ces derniers temps. L'Anglais partait de tellement haut, avec trois albums assez fous, que même quand le niveau baisse, il reste toujours d'irrésistibles perles. Et son dernier opus sorti le 18 janvier dernier, Assume Form, nous a aussi démontré qu'il savait bien s'entourer : André 3000, Rosalia, Travis Scott (avec qui il a déjà collaboré sur l'excellent « STOP TRYIN TO BE GOD » du rappeur), Metro Boomin, Moses Sumney. Les deux derniers se partagent la partition sur le morceau « Tell Them ». Le rap et la soul se croisent, rythmés par des claps de main de flamenco et un envoûtant violon de fin de morceau. En quelques mots : c'est très beau.

Prince Waly – YZ ft. TripleGo

On ne vous présente plus Prince Waly. On alors on ne devrait plus. Sa régularité et sa constance depuis quelques années, en solo ou avec son groupe Big Buddha Cheez, parlent d'elles-mêmes. Après Junior en 2016, Épicerie Coréenne avec BBC en 2018 et de nombreuses collaborations entre temps (Tony Toxik, L'uzine, Issaba ou Tengo John), le rappeur de Montreuil revenait en ce début d'année avec le projet BO Y Z. Le story-telling y est toujours aussi cinématographique, le flow toujours aussi irréel, et les invités toujours prestigieux : Enchanté Julia, Feu! Chatterton, Loveni, l'incroyable technicien Alpha Wann et les concitoyens de Montreuil TripleGo pour le superbe « YZ ». « Ma vie un film, on fait la B.O en YZ ! » s'exclame Waly. Et en B.O, on fait une confiance aveugle au Prince.

Koffee - Throne

Il y a seulement quelques mois, on vous présentait « Toast », premier titre de Koffee en forme de joyeuse balade dans son quartier de Spanish Town - et d'antidote avéré contre la morosité hivernale. « Throne » fera le même effet sur vos réveils difficiles et vous procurera une impression comparable : âgée d'à peine 18 ans, cette chanteuse jamaïcaine adoubée par la légende Protoje a de quoi convaincre tous ceux qui ne verraient dans le reggae qu'une lubie musicale adolescente. Oui, vous êtes visé.

Morgan Westbrooks - Buss Down Lil Daddy

Au États-Unis, il y a la famille Kardashian et les Westbrooks. 5 sœurs qui tentent de suivre la voie tracée par leurs ainées à travers leur propre show de télé réalité, sobrement intitulé The Westbrooks. Comme chez les Kardashian, chaque sœur a sa particularité. Comme chez les Kardashian, chacune tente d’exister un peu plus fort que les autres. Fan de motos et de tatouages, Morgan aurait pu se reposer sur son salon de bronzage pour entrer dans l’histoire, mais elle a préféré se lancer dans le hip hop – et franchement, c’est une très bonne nouvelle. Offensif et sensuel, son flow autotuné coule dans les oreilles et a même reçu les honneurs du bon vieux Snoop Dogg, toujours aussi perché mais assez lucide quand il s'agit de vérifier que l'avenir de la West Coast est assuré.

Neelam - Run It

En juillet dernier, Neelam postait une vidéo d’elle rappant sur l’instru de « Ghost », rapidement partagée par Will Smith, puis par P Diddy - excusez du peu. Il faut dire que le court extrait donnait des raisons d’attendre beaucoup de cette américaine de 31 ans, un peu trop vite présentée comme la « première rappeuse voilée »... Injustices, racisme, colonisation, droits des femmes, ses textes s’élèvent contre l’oppression des minorités et leur stigmatisation. Après «I’ll be the king», un premier morceau affirmant déjà son intention de se hisser au sommet, voici « Run It », un titre insurrectionnel dont le flow incisif vient emporter un propos calme mais énervé.

KOMPROMAT - Niemand

Kompromat, c’est l’alliance entre Rebeka Warrior (le double maléfique de Sexy Sushi) et Vitalic, dj et compositeur français à qui l’on doit notamment « Second Lives », cet hymne à la résurrection laissant entrevoir à peu près toutes les possibilités de réincarnation. D’après Wikipédia, Kompromat est aussi un terme russe faisant allusion à « des documents compromettants concernant un politicien ou une autre figure publique ». Pour inaugurer leur invitation à la débauche extatique, ils ont fait appel au génial Bertrand Mandico, réalisateur des Garçons sauvages. Le résultat est une traversée fantastique et dangereuse, ouverte par une phrase à ne jamais prononcer devant un dealer : « Je veux ce que vous avez de plus rapide, de plus sale ».

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