myspace a effacé 12 ans de musique, pour toujours

Hier, le réseau social, que l'on n'imaginait déjà plus en très grande forme, annonçait avoir supprimé « par accident » les 50 millions de morceaux uploadés sur son site entre 2003 et 2015... RIP.

par Antoine Mbemba
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18 Mars 2019, 6:04pm

On a tous eu un pote un peu collant. Celui qui s’incruste sans trop demander, ne dit pas grand-chose, qui est juste là, à nous regarder en chien de faïence avec un sourire figé. Celui dont la loyauté rassure et qu’on est tout de même est contents d’avoir quand tous les autres font défaut. Pour toute une génération, cet ami-là porte le même nom : « Tom de MySpace ».

Au mitan des années 2000, lorsque l’on s’inscrivait sur le réseau social, Tom Anderson, cofondateur de MySpace, nous était automatiquement assigné en « premier ami ». On avait alors plaisir à croiser régulièrement sa tronche d’étudiant hilare en t-shirt blanc dans notre friend's list. Le garçon avait de quoi se marrer, il était à l’origine du site le plus incontournable de son époque : moitié blog, moitié grand frère de Facebook et 100% laboratoire musical. MySpace a été l’ancêtre de ce que l’on aime appeler aujourd’hui la « scène Soundcloud ». Un endroit où tout le monde pouvait faire la curation et la promotion de sa musique, poster ses morceaux pour que n'importe qui, à l'autre bout du globe, puisse y accéder – détruire les frontières et lancer sa carrière. Pour exemple, The Weeknd, Adele ou les Artics Monkeys doivent le début de leur succès à MySpace.

tweetmyspace

Au début des années 2010 MySpace se fait prendre la place par Facebook et Youtube, et continue de vivoter tant bien que mal, conservant un intérêt en ce qu’il a archivé la musique d’une époque. Et son bilan reste évocateur : entre 2003 et 2015, plus de 50 millions de morceaux ont été postés sur MySpace, par plus de 14 millions de personnes. L’an dernier, une poignée d’utilisateurs encore un tant soit peu assidus se plaignaient de ne plus pouvoir accéder à leurs contenus pré-2015. Après des mois de silence radio de la part de MySpace, la direction du réseau avouait hier que, suite à un « incident technique » (une migration des serveurs qui aurait mal tourné), tous ces morceaux avaient définitivement disparu. Les artistes qui faisaient confiance aux serveurs de MySpace pour héberger leur créations se retrouvent donc dépossédés de leurs œuvres.

Sur Twitter, la théorie de l’accident est déjà remise en cause, et certains voient là un moyen détourné pour un site en bout de course de s’économiser l’énergie, le temps et l’argent que cela coûte d’héberger 50 millions de fichiers mp3 datés.

Quelles que soient les véritables causes, MySpace était l'antre d’un passé proche, un endroit qui rappelle aussi bien les balbutiements de sa bande du lycée que ceux du chanteur qui remplit désormais des stades. C’est toute une histoire qui s’en va. À l’heure du débat sur l’utilisation des données personnelles et les enjeux du cloud, il pourrait y avoir quelque chose de rassurant à constater que sur internet aussi, les choses peuvent être éphémères. Mais on ne saurait trop s’attrister que ce soit une décennie de créativité qui s'évapore dans les airs alors que nos statuts Facebook de 2008 sont stockés dans les (très) polluants data centers. Et on ne saurait trop enjoindre les utilisateurs actuels de Soundcloud à sauvegarder localement leurs fichiers - un « accident » est si vite arrivé.

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