les livres préférés d'azzedine alaïa sont à découvrir chez lui (oui, chez lui)

Passionné d'art, le créateur de mode collectionnait oeuvres et livres rares. Une librairie vient d'ouvrir ses portes au 18 rue de la Verrerie où le designer vivait et travaillait.

par Sophie Abriat
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14 Novembre 2018, 1:18pm

Au 18 rue de la Verrerie, à droite en traversant la cour, juste devant la sculpture dorée du sein de César, se trouve désormais la librairie Alaïa. Accolé à la célèbre cuisine du couturier, relié à la galerie, l’espace est décoré et meublé de pièces provenant de la collection personnelle du créateur : bibliothèque Jean Prouvé, lustres Serge Mouille et plateaux en marbre découverts par le couturier sur un marché de poissons transformés en tables par l’artiste américain Kris Ruhs. Au mur, le portrait d’Azzedine Alaïa signé Julian Schnabel trône en maître. Lundi dernier, troisième jour d’ouverture de la librairie, les premiers visiteurs passent la porte. Tout en feuilletant les ouvrages, ils aperçoivent à travers les fenêtres vitrées la première d’atelier et quelques couturières quittant le studio à travers la cour. Elles tiennent à leurs bras des robes encore épinglées et se frayent un chemin au fond de la librairie pour rejoindre la boutique, située derrière la cuisine. Un espace de vie et de culture, situé en plein cœur du Marais. « Lorsque nous avons fondé l’Association Azzedine Alaïa en 2007 avec Azzedine, Christophe [von Weyhe, partenaire de vie du couturier] et moi-même, nous avions déjà imaginé créer une librairie en plus de la galerie. Cela rend tout de suite le lieu plus vivant, plus convivial. Vous savez, Azzedine voulait absolument que sa Maison devienne un jour un musée, pour partager ses collections avec les nouvelles générations. C’était un très grand collectionneur de tout : d’art, de mode, de design, de photo. Il n’a pas collectionné tout ça pour le laisser dans une cave ! », indique Carla Sozzani, la grande amie du créateur qui a effectué la sélection des ouvrages. « L’idée, à travers cette librairie, c’est de partager avec des livres tout ce qu’aimait Azzedine. Quand il est arrivé en France, il n’était pas privilégié, il n’avait pas d’argent, pas de papier, il a réussi avec son talent. Il voulait vraiment s’ouvrir aux nouvelles générations ». Il est également prévu que l’Association (devenue Fondation) attribue des bourses à de jeunes talents visionnaires de la mode.

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© Andrea Aversa

Livres de photos signés Antonio Lopez, Sarah Moon, Paolo Roversi, William Klein, James Moore ; monographies consacrées à Pierre Cardin, Vivienne Westwood, Elsa Schiaparelli ; ouvrages d’architecture sur Claude Parent et Jean Nouvel ; bibles de design ; magazines « Paradis » et « Something we Africans got » : la moisson est abondante, généreuse. On retrouve des ouvrages consacrés à des artistes présentés dans la galerie ou que Monsieur Alaïa aimait tout simplement : le grand poète syrien Adonis, l’artiste britannique Richard Wentworth, les designers Pierre Paulin, Shiro Kuramata, Marc Newson ou encore Ettore Sottsass, l’artiste italien Luigi Serafini et son Codex Seraphinianus, l’écrivain français Pierre Guyotat (son dernier livre « Idiotie » figure en bonne place). Une table est dédiée au couturier lui-même avec notamment les ouvrages édités par la Maison Assouline. « Azzedine était très ami avec Pierre Guyotat, Prosper Assouline, Donatien Grau, Emanuele Coccia. Il lisait bien sûr mais il aimait surtout collectionner les livres rares », indique Carla Sozzani. Ainsi, une sélection d’ouvrages rares présentés par le Studio Montespecchio, la librairie de Jan van der Donk, spécialisée dans les éditions rares de livres, est exposée. On aperçoit le Volume 1 de PORTFOLIO, le magazine créé dans les années 50 par Frank Zachary, George S. Rosenthal et Alexey Brodovitch consacré à l’art cinétique ou encore Les Oliobulles de Singer Gérard.

Quand le réel se retire de nos vies, quand la mode devient de plus en plus dématérialisée, ouvrir une librairie en 2018 s’apparente à un acte de résistance. Et le livre devient un refuge face aux chimères et autres fake news. « J’ai une librairie depuis 28 ans et une petite maison d’édition. Si je pouvais passer mon temps à lire, je ne ferai que ça. Le papier c’est ma passion. Je ne peux pas me passer des livres », confie Carla Sozzani. Quels ouvrages conseiller aux lecteurs d’i-D ? « Tous les livres sur les couturiers qu’Azzedine aimait : Madeleine Vionnet, Paul Poiret, Madame Grès, Adrian. Vous savez, il était très sévère dans ses choix. Pour les jeunes, c’est bien aussi de regarder les maîtres pour commencer ». Début 2019, un café ouvrira dans la librairie. « Toujours rien de prétentieux, l’idée est de se réserver un lieu de paix où passer un bon moment et créer du lien ».

Librairie Alaïa, 18, rue de la Verrerie, 75004 Paris. Ouverte tous les jours de 11h à 19h.

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