ce qu'il fallait retenir de la première interview de cindy sherman depuis 10 ans

Alors qu'un nouveau documentaire s'intéresse à cette artiste aussi discrète que protéiforme, i-D a fait le point sur ce qu'il y avait à retenir de cette interview exclusive, la première accordée par Cindy Sherman depuis dix ans.

par Roisin Lanigan
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29 Juillet 2019, 9:07am

Largement reconnue comme une grande artiste contemporaine, Cindy Sherman est pourtant discrète. Elle accorde très rarement des interviews et s'exprime peu sur internet. C'est ce qui fait que le film qu'elle réalise avec BBC Four, offrant un accès sans précédent à sa personne et à son oeuvre, est sans précédent. Récemment diffusé sur la chaîne anglaise BBC Four, Arena: Cindy Sherman #Unititled - #Sanstitre(1x60’) met en scène de précieuses interviews de l'artiste menées par la réalisatrice Clare Beavan. S'il s'agit d'un document rare pour tous ses fans, ce film est aussi un hommage aux artistes, aux professionnels de l'art et à tous les proches qui ont entouré Cindy Sherman pendant ces remarquables 40 années de carrière. Pour ceux qui brûlent d'impatience à l'idée de découvrir ce documentaire, voilà 10 choses à en retenir.

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Sans titre #466 par Cindy Sherman, 2008. Courtesy of the artist and Metro Pictures, New York

À propos des selfies surréels qu'elle publie sur Instagram…
« Un ami m'a montré une application qui est censée pétrifier le visage, et je me suis dis, bon, je suppose que c'est ce qu'on doit faire aujourd'hui : prendre des images sur le vif et les poster sur internet. Je vois ces selfies un peu comme des croquis, et peut-être que certaines images deviendront de vraies oeuvres, nous verrons bien... »

du fait que ses images n'aient pas de titre…
« Je n'ai jamais été très à l'aise avec les petits titres parfaitement pertinents et amusants, je ne veux pas trop en dire, je préfère laisser le spectateur libre de sa propre interprétation. »

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Sans titre #74 par Cindy Sherman, 1980. Sans titre #466 par Cindy Sherman, 2008. Courtesy of the artist and Metro Pictures, New YorkCourtesy of the artist and Metro Pictures, New York

de son enfance …
« J'ai grandi à une heure de route de Manhattan, en pensant vivre une enfance heureuse et tout à fait classique, mais plus tard, quand j'ai commencé à voir un psychologue, je me suis rendue compte qu'elle n'était pas si heureuse que ça. Enfant, j'ai toujours aimé m'habiller et me déguiser. Dès que j'étais déprimée, j'allais dans ma chambre pour me déguiser et me transformer en quelqu'un d'autre.

Quand j'ai commencé à vouloir devenir artiste, je pensais que cela se limiterait à réaliser des portraits de cour comme au XVIIe. J'imaginais devenir ce genre d'artiste ou me tourner vers l'enseignement : ma mère était professeure et c'est d'ailleurs ce qui m'a poussée à choisir mon université - son département recherche était réputé performant.

Mes parents m'ont très peu éduquée à l'art, je ne connaissais presque rien de l'art contemporain avant d'aller à l'université et c'est réellement au moment où j'ai rencontré Robert (Longo) en première année [que ça a changé]. Il savait beaucoup de choses sur l'art et on se donnait rendez-vous au musée à Buffalo

de son expérience de l'université…
« Il y avait un important département cinématographique à Buffalo, avec beaucoup de films expérimentaux. Je me souviens y avoir vu La Jetée de Chris Marker, qui m'a beaucoup marquée. C'est un film uniquement composé de plans fixes - à l'exception d'une scène.

Barbara Jo (ma professeure de photographie à Buffalo) m'a toujours dit que l'idée primait sur la technique. Mais c'est Robert qui m'a un jour suggéré de me filmer pendant que je m'amusais à me déguiser et à me maquiller pour ressembler à quelqu'un d'autre.

Tout s'est mis en place [à Buffalo], c'est le moment où j'ai compris que je voulais consacrer ma vie à l'art, même si je n'étais absolument pas certaine que cela me rapporte de l'argent

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Sans titre #92 par Cindy Sherman, 1981. Courtesy of the artist and Metro Pictures, New York

de son regard « ambivalent » sur la mode et la beauté…
« Je suis assez [ambivalente] en ce qui concerne [la mode et] le maquillage, même quand il s'agit de mon propre corps et de mon visage. Les femmes sont élevées dans l'idée que ces choses-là sont importantes. Je me souviens que quand j'étais au lycée, je passais au moins une heure tous les matins à me maquiller, même quand j'étais malade - je pense que je me préparais à l'éventuelle rencontre de l'homme parfait. J'étais belle... même malade ! »

du temps qui passe…
« Quand on travaille à partir de photographies, on ne peut plus prétendre faire jeune lorsqu'on atteint un certain âge : je vois mes personnages vieillir et je me vois vieillir à travers mes personnages. Une part de moi comprend vraiment celles qui s'accrochent désespérément aux vestiges de leurs 20 ou 30 ans - bien sûr que je n'aime pas vieillir, qui pourrait aimer ça

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Sans titre #54 par Cindy Sherman, 1980. Courtesy of the artist and Metro Pictures, New York

de la richesse …
« Je pense avoir toujours été inspirée par ces gens très riches qui ont de grands portraits d'eux-mêmes au beau milieu de leur salon, comme pour montrer leur richesse, leur succès ou je ne sais quoi encore. Ces femmes font bonne figure, elles vivent peut-être des tourments intérieurs insondables mais elles sont parfaitement apprêtées pour ce portrait - leurs maris ont peut-être des tonnes de maîtresses, détournent des fonds, mais comme elles ont un rôle social à tenir, elles se doivent d'apparaitre fortes. [Elles se disent] « Je suis là et je suis importante ».»

de sa période « sombre »...
« Je faisais des recherches sur les contes de fées, je voulais créer des images sombres et effrayantes. J'ai cherché énormément de maquillage et d'accessoires d'Halloween dans des magasins de costumes, c'est là-bas que j'ai trouvé de fausses fesses et de faux seins que j'ai utilisé pour mes photographies. »

de sa réputation d'artiste insaisissable et sur le fait qu'elle ne soit presque jamais filmée…
« Je crois que je n'y suis pour rien, ça fait entièrement partie de mon travail, les gens ont très envie de savoir à quoi je ressemble après avoir vu tous ces personnages

des clowns…
« Quand je me suis mise à faire des recherches sur les clowns; les informations que j'ai trouvées sur internet m'ont posé beaucoup de questions : qui se cache derrière toutes ces couches de maquillage ? Quelle est son histoire ? Pourquoi aime-t-il autant être un clown ? J'adore voir ce genre de personnages, ils me rendent heureuse, même ceux qui sont vraiment louches. »

Arena: Cindy Sherman #Untitled -#Sanstitre (1x60') a été diffusé le 28 juillet sur BBC Four et est disponible en streaming sur iPlayer pendant 30 jours.

Cet article a initialement été publié sur i-D UK.

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