chez les gays, la distinction actif/passif gagne en fluidité

L'heure est à la « versatilité ».

|
juil. 18 2018, 10:48am

Capture d'écran du film L'inconnu du lac, d'Alain Guiraudie

Si la distinction passif/actif continue d'inonder les applications de rencontres et d’alimenter les stéréotypes, la vie sexuelle des gays serait en réalité bien moins manichéenne que ce que les représentations collectives laissent imaginer. C’est en tout cas ce que révèle un sondage Ifop en partenariat avec Garçon Magazine autour de leur vie sexuelle. Menée sur un échantillon de 848 personnes, cette étude permet de mesurer pour la première fois en France la proportion d’hommes se disant actifs ou passifs dans leurs rapports avec des hommes. Le constat est sans appel : « la "versatilité" est désormais la situation la plus courante chez les hommes qui aiment les hommes ». Sur les hommes interrogés, ils sont 75% à déclarer avoir déjà alterné les deux rôles avec leurs différents partenaires sexuels. Mais le résultat n’élude pas la dimension structurante du modèle passif/actif dans les relations entre hommes : parmi les sondés, seuls 31% se définissent comme « strictement versatiles ».

« L’opposition actif/passif, pénétrant/pénétré, identifie le rapport sexuel à un rapport de domination (le pénétrant étant le dominant) » rappelle l'étude à travers les mots de Pierre Bourdieu. On ne le sait que trop bien, les tâches ménagères sont inégalement réparties au sein des couples hétérosexuels, les femmes prenant en charge la majeure partie d’entre elles. On le sait moins : les couples d’hommes n’échappent pas à la règle, ayant « tendance à répartir les tâches domestiques au sein du foyer en fonction des rôles perçus comme masculins ou féminins adoptés dans leur sexualité. » Autrement dit, le passif fait plus le ménage que l’actif. « En cela, la division des rôles sexuels entre hommes ne se limite pas à la chambre à coucher : elle reflète aussi des disparités dans les différents champs de la vie conjugale, en premier lieu desquels la répartition des tâches domestiques perçues comme « féminines ». » explique François Kraus, directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’Ifop.

Mais tout ne s’explique pas à travers le prisme de la misogynie : le statut d’actif reflète aussi une position de domination sociale. Souvent plus diplômés et mieux rémunérés que les hommes se présentant comme passifs : « les hommes ayant un rôle sexuel perçu comme "masculin / dominant" tendent à occuper des positions élevées dans la hiérarchie sociale. ». Plus égalitaire que les couples hétérosexuels dans la mesure où ils sont des hommes et « occupent la même place dans la hiérarchie de genre », le quotidien des couples gays « n’échappe pas aux rapports inégalitaires observés dans tous les couples. » conclut François Kraus. Reste à savoir dans quelle mesure les générations bercées par l'avancée des droits des femmes et des homosexuels prennent part à cette plus grande fluidité.