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      art Ingrid Luquet-Gad 17 octobre 2016

      guide de survie pour affronter la fiac (en 7 points)

      La FIAC, c'est encore pire que la fashion week. Il faut y aller préparé, équipé, informé et armé. i-D a fait sa sélection des événements à ne surtout pas rater.

      guide de survie pour affronter la fiac (en 7 points) guide de survie pour affronter la fiac (en 7 points) guide de survie pour affronter la fiac (en 7 points)
      Palette Terre

      Si vous me lisez, c'est que vous avez bien survécu, comme vous le promettait notre guide l'an passé, à la tornade de quatre lettres qui s'abat tous les ans à l'automne sur Paris, laissant le monde de l'art - et ceux qui se trouvent sur son chemin - épuisé (toujours), avec une belle gueule de bois (parfois), et surtout satisfait par tant de stimulation visuelle (il y a un mot pour l'état post-coïtal du cerveau ?). La FIAC, car c'est d'elle dont il est question, ouvrira ses portes au public le 20 octobre. Si la vénérable cinquantenaire sera comme tous les ans installée sous la verrière du Grand Palais, le paysage des foires collatérales, lui, connaît un jeu de chaises musicales : exit la foire « off » de la FIAC, OFF(ICIELLE), habituellement sise sous les arcanes de la Cité de la Mode. Quant à la petite sœur illégitime, Paris Internationale, initiative indépendante de cinq galeristes qui voyait le jour l'an passé, elle est pour sa part reconduite, consolidant sa position dans la paysage. Bien partie pour durer, elle continuera de prendre ses aises dans son écrin du 16e arrondissement - poli et prestigieux à l'extérieur, polisson ascendant post-squat à l'intérieur. Mais la FIAC ne serait pas la FIAC s'il n'y avait que la FIAC. Pour entamer cette semaine, qui en réalité débute dès dimanche, suivez-le guide !

      1. On ose la banlieue

      Avant d'entrer dans l'oeil du cyclone, s'en rapprocher par cercles concentriques : dans la (plus ou moins) proche banlieue parisienne, deux expos curatées, pensées comme un environnement de vie immersif, feront la part belle à la jeune création. Dans le 77 à Boissy-le-Châtel, à la galerie Continua Les Moulins, le curateur, critique d'art et ancien directeur des Beaux-Arts de Paris Nicolas Bourriaud invite une vingtaine d'artistes, pour la plupart fraîchement diplômés, à réaliser des œuvres autour de la thématique du « Nouveau Monde Industriel ». Dans le 94 à Villejuif cette fois, à Occidental Temporary, les artistes qui y travaillent prêtent à nouveau les cimaises de leur atelier à ce qui s'était avéré être l'an passé la proposition la plus stimulante de la fournée d'expos automnales. Pilotée par des artistes qui exposent d'autres artistes, il règne dans ce décor d'ancien hôtel décati des 70s une ambiance forcément un peu pirate. Cette année, invitation a été faite à d'autres artist-run space à venir s'y greffer - notamment l'espace Palette Terre, dédié à la peinture, qui a pour l'occasion demandé aux quatorze artistes qu'ils ont exposés de se lancer dans l'aventure d'une peinture collective « réalisée à quatre, six ou huit mains, durant des journées de bavardage, de travail, de verres bus et de clopes fumées ».

      « Le Nouveau Monde Industriel » (curateur : Nicolas Bourriaud), du 16 octobre au 24 décembre à la galerie Continua les Moulins 

      « The Next Event and its Content » à Occidental Temporary, du 16 octobre au 20 novembre

      2. Mais il y en a combien, de foires, en fait ?

      Que les stakhanovistes de la foire se rassurent, des foires, il y en a plein - bien qu'un peu moins cette année que les précédentes, le paysage foiresque (non, on a pas dit foireux) tendant à se resserrer autour d'un petit noyau. Il y a déjà la FIAC, mais qui elle même, pour ne pas simplifier les choses, se divise en plusieurs parties : la nouveauté cette année, c'est le festival de performances « Parades for FIAC » qui se déroulera dans plusieurs lieux proches du Grand Palais : au Palais de la Découverte, sur l'avenue Winston Churchill devant le Petit Palais et au Louvre. Ensuite, il y a donc notre chouchoute Paris Internationale, qui regroupe les galeries (et la faune) jeune et pointue, tout en nous offrant un point de chute apprécié. Mais aussi, la YIA, pour Young International Artists, dont la 7e édition au Carreau du Temple fait peau neuve. Et enfin, pour élargir notre regard européanocentré, on n'oubliera pas d'inclure dans le circuit Asia Now et African Art Fair.

      FIAC, du 20 au 23 octobre au Grand Palais à Paris

      « Parades for FIAC », du 19 au 22 octobre

      Paris Internationale, du 19 au 23 octobre

      YIA, du 20 au 23 octobre 

      Asia Now, du 20 au 23 octobre 

      African Art Fair, du 20 au 23 octobre 

      3. Overdose de blabla et de curateurs en Margiela ? Il reste les bonnes vieilles expos d'institutions...

      Bon, on l'avoue, on a beau adorer l'effervescence de ce concentré d'art, on frôle parfois l'overdose niveau art world. Pour voguer vers des horizons à moindre concentration de galeristes sur qui le sac Bao Bao d'Issey Miyake est greffé comme un membre supplémentaire, il reste toujours les expos de musées et d'institutions. La période est généralement aussi synonyme des expos les plus pointues, et 2016 ne déroge pas à la règle. On ne ratera sous aucun prétexte la carte blanche offerte par le Palais de Tokyo à Tino Sehgal, qui pour l'occasion casse toutes les cloisons et revient à l'architecture brutaliste d'origine, où il ne proposera non pas des œuvres mais des « situations ». A savoir des moments de dialogue et de présence intersubjectifs, où il n'y a rien à voir mais tout à expérimenter. Autre son de cloche au Jeu de Paume, où Georges Didi-Huberman, éminent théoricien de la pensée visuelle, a compilé l'histoire de la représentation du soulèvement des peuples. Enfin, à la Monnaie de Paris, le trublion Maurizio Cattelan revient d'entre les morts, lui qui tirait sa révérence du monde de l'art en grande pompe avec « All »au Guggenheim à New York en 2011. L'occasion de redécouvrir le versant plus grinçant mais tout aussi loufoque de celui que l'on avait surtout aperçu ces derniers temps via son magazine Toilet Paper, réalisé avec son acolyte Pierpaolo Ferrari.

      Tino Sehgal au Palais de Tokyo, du 12 octobre au 18 décembre 

      « Soulèvements » (cur. Georges Didi-Huberman) au Jeu de Paume du 18 octobre au 15 janvier 

      Maurizio Cattelan à la Monnaie de Paris, du 21 octobre au 8 janvier

      4. …ou solution radicale, on peut aussi carrément se mettre au vert

      Comme tous les ans, on peut aussi aller faire un brin de promenade. Décor : le jardin des Tuileries, où un programme d'œuvres in situ nous fait nous aventurer hors des sentiers battus, et fouler les allées dérobées, pelouses interdites et pourtours des bassins. Au programme, dix-huit artistes, dont Eric Baudart, Claude Closky, Jacques Julien ou encore Michael Sailstorfer.

      FIAC Hors-les-murs aux Tuileries, du 20 au 23 octobre 

      5.« C'est où l'after ? »

      Comme souvent, les meilleurs fêtes et afters sont ceux qui se décident sur le vif et dont on se passe le mot de bouche à oreille - l'éternel dilemme restant de trouver une alternative à la Grande Sauterie Officielle de fin de FIAC : le Bal Jaune du vendredi soir. Pour se mettre en jambe (et tendre l'oreille à l'affût de bons plans), la meilleure option reste le circuit de la nocturne des galeries du Marais et de Belleville le jeudi 20. En guise de sélection non exhaustive, on a dégagé du lot les expos qui montrent les plus jeunes et les plus audacieux, que l'on voit d'ailleurs pour la plupart déjà pointer leur nez à la FIAC ou à Internationale, mais dont ne se lasse pas de suivre l'évolution en accéléré. A la New Galerie, on recommande le solo de la prodige de l'autofiction made in Insta Amalia Ulman ; le dialogue défiant frontières et médiums entre Carlos Reyes & Jo-Ey Tang à la galerie Joseph Tang ; le curateur et artiste Antoine Donzeaud à la galerie Chez Valentin (on vous a déjà parlé de son espace d'expo EXO EXO à Belleville) ; ou encore le group-show « Surface Matters » au project-space Glassbox, où la commissaire d'expo Veronica Valentini a rassemblé trois artistes autour de la reconfiguration de la perception sous l'effet des nouvelles technologies fluides, modulables, éphémères et ergonomiques.

      « Reputation » d'Amalia Ulman à la New Galerie, du 20 octobre au 10 décembre 

      Carlos Reyes & Jo-Ey Tang à la galerie Joseph Tang, du 20 octobre au 10 décembre 

      « De 10h à 4h du matin » d'Antoine Donzeaud à la galerie Chez Valentin, du 19 octobre au 19 novembre 

      « Surface Matters » au project-space Glassbox, du 21 octobre au 5 novembre

      6. Promis, dans ces conférences, on vous laissera rentrer avec votre verre

      Comme l'an passé, bien que mis à rude épreuve par le papillonnage mondain propice aux troubles de l'attention, notre amour pour la théorie pointue sous un format innovant ne meurt pas pour autant. Double dose d'amour donc pour le nouvel espace La Colonie (il faudrait l'écrire en typo barrée pour être tout à fait exact), fondé par l'artiste français basé à Berlin Kader Attia, ouvert à tous dès le 17 octobre. Un lieu indépendant et militant, mais aussi convivial, car modelé autour d'un bar et d'un restaurant ; un lieu, pour reprendre ses propres mots « où, depuis l'extérieur du périmètre interdit, il serait enfin possible d'échanger, de dialoguer, d'œuvrer à réparer une société qui n'en fini plus de se fragmenter ». Quant à la YIA, s'y tiendra cette année une série de tables-rondes (comprendre des discussions interactives, garanties sans présentation powerpoint de type amphi), s'appliquant à rendre compte des lignes de force théoriques dans les pratiques artistiques contemporaines - la scène émergente africaine et la géoesthétique, les questions de valeur mais aussi de solidarité en art, et enfin les imaginaires technologiques 2.0.

      La Colonie, du 17 octobre jusqu'à l'éternité.

      Les tables-rondes de la YIA, du 21 au 23 octobre

      7. Bonus : petit précis du « parler art »

      À recaser en toutes occasions en prenant un air de connivence, effet camouflage garanti.

      « Tu connais pas ce jeune artiste albanais ? C'est le nouveau protégé d'Hans-Ulrich [Obrist, mais surtout ne pas préciser] »

      « J'ai toujours dit que le net-art allait faire son grand retour cette année. »

      « Sérieux, comment cette galerie ose présenter le même stand qu'à la Frieze ?! Dans deux mois, ils mettent la clef sous la porte.»

      « J'aime beaucoup la manière dont cette installation joue sur le contexte du white-cube pour mettre en péril notre lecture phallocentrique de la topographie »

      « C'est une œuvre qui questionne l'héritage moderniste greenbergien dans la peinture abstraite américaine »

      « Il y a une vraie qualité infra-mince qui s'en dégage »

      Crédits

      Texte : Ingrid Luquet-Gad

      Photo : Palette Terre

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      Tags:art, fiac 2016, paris internationale, expositions, expos paris rentrée

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