flûte, rap, pop et clubbing : bienvenue dans les rêves de vladimir cauchemar

Rencontre unique avec le mystérieux producteur à tête de mort déjà bien décidé à dévorer 2020.

par Pascal Bertin
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17 Décembre 2019, 5:54pm

Cette année, ça a été Halloween tous les jours grâce à Vladimir Cauchemar, toujours de tous les bons coups : coups de flute à bec, coups de bec sur son public de clubbers, coups de manettes en studio, coups de pieds au derrière de l’électro et du rap français pour éviter qu’ils piquent du nez. Découvert il y a pile deux ans avec la folie furieuse d’« Aulos », son premier single, c’est à une inattendue et entêtante rencontre entre techno banger et flûte que le producteur mystère conviait sur ce coup d’essai et coup de maître d’école de musique. Depuis, il a sérieusement affuté son jeu derrière les platines à tel point qu’il a passé ses derniers mois à sillonner les scènes des festivals et des clubs les plus louches, là où sa tête de mort effraie un peu mais fascine beaucoup. « Aulos » nous est revenu, boosté par le rappeur américain 6ix9ine en invité diabolique, et a été suivi cette année des tout aussi explosifs « (G)rave » et « Elévation » qui ont achevé de construire les fondations de ses shows et de sa légende.

A l’opposé d’un énième avatar de la french touch, Vladimir Cauchemar côté producteur a envahi façon The Walking Dead le terrain hip-hop au point d’avoir signé quelques grandes réussites du côté de Georgio, Roméo Elvis, Lomepal, ou encore Jul. « Le son est fat, je suis avec Vlad, le mec de la flute » rappent les Belges Caballero & JeanJass sur le titre « La Famille Adam » qu’il leur a mitonné. Le mec de la flute a bien voulu répondre à nos questions pour une interview rare, sans pour autant tomber le masque. Plus à fleur d’os qu’à fleur de peau.

Te voilà avec trois titres sortis sous ton nom, ça veut dire que ta trilogie à la flûte est bouclée ?
J’aurai toujours un attachement particulier pour cet instrument... Mais je vais explorer de nouveaux sons, j’ai déjà commencé et je fais beaucoup de recherches. J’ai une approche obsessionnelle de ma musique.
J’ai des lubies... La flute en a fait partie. Mais je suis davantage attaché au sentiment qui se dégage de mes sons plutôt qu’à l’envie de répéter une formule à l’infini. J’aime aussi l’idée des trilogies. C’est un joli mot, ça fait sérieux.

« Aulos » t’avait fait connaitre et avait cartonné, les deux autres singles sont à la hauteur pour retourner le public dans tes sets ?
Les trois morceaux de la trilogie se complètent naturellement. Le public a adhéré à cette série dont les titres sont tous à la fois proches mais aussi très différents, Avec des moods bien distinct. Les invités avec qui j’ai eu la chance de faire les versions vocales ont amené quelque chose de très fort. 6ix9ine et Vald sont surnaturels sur le beat. Lorenzo a même fait sa version de « (G)rave » avec Tommy Cash sur son album. SALE !
J’aime faire plusieurs versions d’un track et le décliner sous plusieurs angles. Je vais garder cette habitude dans le futur.

Comment ça a évolué pour toi au niveau de la scène ?
Mec, c’est incroyable mec. Tiens, voilà que je cite SCH !
Que ce soit dans les festivals ou en club, c’est toujours une fusion avec le public, c’est un délire. Une expérience et une communion avec la Cauchemar Army qui s’agrandit de jours en jours. En 2020, je vais encore upgrader tout ça. J’ai hâte d’y être ! Avec de grands voyages en perspectives, Vladimir est universel.

En quoi ça consiste, l’expérience Vladimir Cauchemar sur scène ?
Je ne joue quasi exclusivement que mes tracks, mes remix et mes edits, je veux que ce soit une immersion dans mon délire. Il faut du cardio. Une expérience... ce mot est bien adapté.

C’est d’ailleurs toute ta singularité de producteur d’être à la fois au croisement des musiques électroniques et du rap...
Je n’arrive pas à choisir. Et toi tu préfères ton père ou ta mère ?

Ah ah. Quand je dis du rap, c’est même toutes de toutes les formes de rap...
Je n’ai pas de barrière, j’adore la mission du producteur qui doit s’adapter. Le producteur est une sorte de mercenaire engagé sur un disque. J’aime cette idée d’un mercenaire qui n’a qu’un seul objectif : que le disque marche. Il doit donc s’adapter. C’est la mission suprême que j’aime dans ce travail.

C’est excitant d’ouvrir ton travail de production à la pop et à la chanson ?
Le morceau de Roméo Elvis avec Damon Albarn, « Perdu », est une de mes plus grandes réussites. J’en suis extrêmement fier, ne serait-ce que pour avoir enregistré un chœur gospel, un peu dans le trip de Kanye West pour « Sunday Service ». Sur « Trop beau » de Lomepal, avec les arrangements de cordes, j’ai aussi l’impression d’avoir dépassé les limites du rap sur un morceau au final plus chanson que rap. L’idée m’est venue naturellement, c’est une autre grande fierté. Je continue à travailler dans la production en secret. Vous entendrez ça l’année prochaine.

Tout ça t’a amené à la reprise de « La chanson de Delphine » avec Clara Luciani, c’est un encore un autre pallier franchi ?
Merci à Mathieu César (photographe et réalisateur, NDLR) d’avoir eu cette idée lumineuse. J’étais content de sortir de ma zone de confort de « musique qui tabasse ». C’est un bel hommage à Michel Legrand, une grande figure de la musique française. Et puis dans le clip, je porte un smoking, je trouve que ça me va bien.

Quelles sont tes dernières grosses claques en matière de production ?
En France, c’est clairement Phazz. Il a fait la prod du titre « RR9.1 » de Koba LaD et de « R.A.C. » de SCH. Pour moi, ces deux morceaux sont les meilleures productions en rap français cette année. Il a amené un son à lui qu’on reconnait immédiatement. Aux US, mon maître absolu reste Kanye West, il se réinvente à chaque album. Jesus Is King est un disque de gospel moderne, sublime, et peu importe qu’il parle de Dieu, d’ailleurs pourquoi pas ? Côté beatmakers, j’adore l’Américain Metro Boomin. Sur son album solo Not All Heroes Wear Capes, les quatre premiers morceaux s’enchainent, ils sont totalement incroyables. On dirait un concept album de Pink Floyd mais en rap.

Tu cites Kanye West, mais comment rivaliser seul en France avec les producteurs US qui disposent de moyens et d’équipes énormes ?
Simplement en cultivant notre singularité. Pour ma part, j’essaie toujours d’apporter quelque chose de personnel. Unir mes forces avec d’autres producteurs, j’aime bien cette idée même si je suis plutôt du genre cavalier solitaire.

Tu t’intéresses à ce qui se passe dans le rap et la production en Angleterre ?
Je suis fan d’Octavian, c’est déjà une star mais il a encore un potentiel énorme. J’adore sa voix, ses choix musicaux. Nous nous sommes rencontrés.

Comment se présente 2020 pour toi ?
Je vais encore et toujours tourner, je ne m’arrêterai jamais. Ensuite, de nouvelles collaborations vont arriver, en particulier avec des artistes sud-américains, asiatiques, des rappeurs anglais... Je prépare un projet qui rassemble des nationalités très différentes, ce sera très surprenant. En parallèle d’un possible premier album. Je veux aussi continuer à travailler dans le rap français tout en m’ouvrant à l’international. La culture asiatique me fascine et la scène musicale y est super intéressante. Autant dire que 2020 sera très riche. Mais j’en dis trop, tu es trop curieux.

On ne connait Vladimir Cauchemar qu’avec son masque, est-il né avec ?
Le jour où j’ai enfilé le masque pour la première fois, le jour de ma naissance, il s’est passé quelque chose d’étrange et d’irréel. Je me suis regardé dans un miroir et me suis trouvé très beau. J’ai ressenti une sensation incroyable, de l’ordre du mystique. Comme si Ghost Rider, c’était moi.

Aujourd’hui, il fait partie de toi ?
J’ai l’impression que c’est lui qui m’a choisi plutôt que l’inverse. Je n’ai pas le choix. C’est moi. Mais je parle de lui à la troisième personne. Tu m’embrouilles avec ta question...

On dit le masque, mais il en existe sûrement plein ?
Je suis comme Iron Man, je possède une cave où sont rangées toutes sortes de masques. Il est en constante évolution, un peu comme les combinaisons de Batman qui s’adaptent en fonction de la saison ou du look que je souhaite. Certes c’est un masque, mais je le considère désormais comme une extension de moi-même. Peut-être qu’un jour, je passerai le flambeau et quelqu’un d’autre incarnera le masque. Mais à une seule condition : qu’il s’en montre digne.

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