Diego Villarreal. All photos from Boys Pee On Things.

Le livre de photos qui pousse les homme à dévoiler leurs fragilités

L’imaginaire de Lida Fox déconstruit les normes masculines et incite les mâles à davantage se dévoiler.

par Beatrice Hazlehurst
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17 Mars 2020, 2:29pm

Diego Villarreal. All photos from Boys Pee On Things.

Jamais, nous n’avons pris autant en compte les « outsiders ». Ceux qui, depuis longtemps, se trouvaient bloqués au bas de l’échelle, et la grimpent désormais. Ce cheminement vers une société plus ouverte se fait parfois au détriment des catégories qui depuis toujours se trouvent au sommet, notamment les fameux "hommes hétérosexuels de plus de 50 ans". Dans notre société post-#metoo et toujours plus gender-fluid, l’hyper-masculinité peut apparaître démodée. Mais pour la plupart des hommes, être “masculin” signifie toujours la même chose : un tempérament robuste, qui résiste à toute vulnérabilité. Ou, pour le dire plus simplement : ne pas être une gonzesse.

Le nouveau livre de Lida Fox, intitulé Boys Don’t Pee On Things, rend compte de cette inaltérable masculinité qui peut devenir toxique. Pas besoin d’une licence en psycho pour comprendre pourquoi la communauté des “incels” - les hommes célibataires malgré eux - vacille entre le dénigrement des femmes à fort caractère et le dénigrement des “Bros” - ce stéréotype de l’homme à mâchoire carrée qui séduit facilement les femmes. Selon nos moeurs sociales, l’homme ne tolère pas sa propre fragilité. Il doit cacher tous ses sentiments, sauf sa colère. Ayant vécu elle-même les effets négatifs de ces moeurs, Fox a voulu creuser cette thématique.

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Rebekah Campbell.

« Le manque de fragilité masculine m’a toujours marquée, ainsi que mes proches, » dit Fox, en expliquant l’idée du livre.

La musicienne, modèle et auteure a engagé des jeunes créateurs pour produire son livre. Leurs photos et leurs écrits reflètent leur propre relation à la vulnérabilité masculine, même en son absence. Fox explique qu’elle a obligé ses contributeurs à affronter les attentes sociales auxquelles ils faisaient face, et de comprendre comment celles-ci ont influencé leur comportement. Son seul impératif fut de convoquer des points de vue aussi divers que possibles (les collègues qui ont contribué étaient de sexes, d'âges et d'orientations sexuelles variés) pour ainsi déconstruire les normes masculines.

"Certaines contributions exprimaient de la colère, d'autres sont drôles, d'autres encore sont mélancoliques, curieuses ou radieuses", affirme Fox. "Certains avaient déjà du contenu prêt à l’emploi dans le cadre de la thématique traitée, ou bien étaient enthousiastes à l'idée d’y participer, et certains n’ont même pas répondu à ma requête. "

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Lida Fox.
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Laura Allard-Fleischl.

Lida Fox a découvert la photo tandis qu’elle immortalisait ses divers voyages avec un appareil jetable. Elle était alors un jeune modèle et la révolution du smartphone n’avait pas encore eu lieu. Ces premiers essais avec la pellicule lui permirent de capter des instants naïfs, et de produire des photos contraires aux images hyper-stéréotypées de la mode dont elle était témoin dans son travail (et selon elle, son activité de modèle lui causa des problèmes à la fois émotifs et mentales.) Elle contrôlait peu son image et devait « se plier envers les attentes des autres. » Aujourd’hui, elle est créatrice professionnelle à temps plein, étant une des fondatrices du groupe de musique punk cumgirl18. Son troisième livre Boys Pee On Things (son premier à être publié par la maison d’édition Good Taste) succède à une collection de photos en ligne d’elle et de ses amis, intitulée Film Hooligans, qui fut imprimée sous forme de zine, et à Kiss Me, un livre de photos qui, vous l’avez deviné, explore ce que c’est de s’embrasser.

« Cette idée pour Boys Pee On Things, je l’avais depuis longtemps, » explique Lida. « J’adore les bouquins. J’adore m’y plonger, m’y perdre dedans et les tenir en mains. Jamais je n’ai envisagé de réaliser mon projet autrement. Les photos et les livres d’art sont des objets de collections et des oeuvres d’art. »

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Rebekah Campbell.

Les trois livres de Fox ne forment pas une trilogie mais ils sont désormais liés. Boys Pee On Things suit la même structure que Kiss Me. La réalisation de Film Hooligans permit à Fox d’affiner son choix de collaborateurs. Elle s’est inspirée des sujets qui revenaient périodiquement dans leurs discussions. C’est là qu’elle remarque un fil rouge dans ses écrits et ses photos: la fragilité masculine. Déconstruire cette masculinité ne constitue « rien de nouveau », admet-elle, mais même ce qui peut sembler le plus commun peut laisser apparaître de nouveaux éléments lorsqu’on y pointe un objectif différent.

« Le sujet de l’identité sexuelle a été constamment retravaillé à travers les époques. Avec ce livre, je souhaite présenter un approche novatrice, qui crée davantage de débats et qui soit utile à tous ceux qui ont pu vivre des expériences semblables. »

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Diego Villarreal.
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Lida Fox.
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Massima Desire.
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Charles Caesar.
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Noelle Duquette.
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Lida Fox.

Boys Pee On Things est publié aux éditions Good Taste Publishing, et est disponible à la commande ici.

This article originally appeared on i-D UK.

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