Dua Lipa n'en revient toujours pas

Elle domine les charts, elle rentre dans l'histoire de la musique: la nouvelle légende pop Dua Lipa nous révèle les coulisses de son tout dernier album, Future Nostalgia.

par Douglas Greenwood
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16 Avril 2020, 12:56pm

Peu avant qu'elle ne décroche son téléphone pour notre interview, Dua Lipa vient de rentrer définitivement dans l'histoire de la musique contemporaine. Après l'avoir manqué, de peu, dès la première semaine de sa sortie, la star née au Kosovo, sans doute la figure la plus enthousiasmante du paysage pop à l'heure actuelle, s'est finalement hissée à la première place du classement des albums au Royaume-Uni avec son nouvel opus Future Nostalgia. Mieux, trois de ses singles - "Don't Start Now", "Physical" et "Break My Heart" - sont entrés dans le top 10. La dernière femme britannique à avoir réussi pareil triplé historique était la légendaire Vera Lynn, il y a près de 70 ans, et même elle n'avait pu voir son album trôner sur la première place du podium. Future Nostalgia est également devenu l'album féminin le plus streamé en un seul jour. "Oui, je suis super, super heureuse !" s'exclame Dua au téléphone, depuis son logement londonien du moment, où elle se confine strictement. "C'est une nouvelle très excitante. J'arrive à peine à croire."

Comparativement aux standards actuels de la pop, pour Dua, la route jusqu'au sommet a été longue, et peu de ses contemporains ont fait preuve d'une telle capacité de résilience et de combattivité dans leur carrière. Cela fait presque cinq ans que Dua a sorti son premier morceau "New Love" la veille de son 20e anniversaire : ses ballades émouvantes agrémentées de synthés et des tambours tribaux étaient alors passés presque inaperçus. Deux ans et quelques retards plus tard, son premier album "Dua Lipa", boosté par quelques singles efficaces, la faisait émerger, même si les premières ventes n'atteignaient pas les objectifs de son label - mais Dua faisait désormais partie du paysage musical et son grand potentiel devenait évident aux yeux de tous. En 2017, avec "New Rules", le nom de Dua Lipa est désormais sur toutes les lèvres. Cette arrivée au sommet de la pop fut ainsi pour Dua Lipa une route longue et sinueuse et le fruit d'une décennie de travail acharné.

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La star dont tout le monde parle revient avec nous sur son parcours d'artiste, sur la formidable réception de Future Nostalgia et sur ses projets une fois le confinement terminé.

Pour commencer, peux-tu nous raconter le début de cette nouvelle aventure, en octobre dernier, avec la publication de cette vidéo trailer "Miss me?". Comment te sentais-tu ?
C'était la semaine qui précédait la sortie de "Don't Start Now", et c'était probablement la semaine la plus stressante que j'aie jamais eue parce que j'avais imaginé tout ce disque dans ma propre tête. Lorsqu'il a fallu se préparer à révéler ce nouveau morceau, je n'avais aucune certitude, je ne savais pas si quelqu'un allait bien pouvoir l'aimer. Ce n'était pas le genre de musique qui passait à la radio à ce moment-là. Toutes ces craintes m'ont saisie la semaine précédant la sortie, mais jusqu'alors, je n'avais pas de pression sur moi.

Après la sortie de "Don’t Start Now", son succès a-t-il permis de faire retomber un peu cette pression ?
Je pense qu'il y a toujours un peu d'appréhension avant de sortir un morceau, parce que vous ne savez pas comment les gens vont réagir. J'ai sorti "Physical", et cette chanson est tellement intense et frontale que je craignais qu'elle soit très clivante, que certains puissent l'aimer mais d'autres pas du tout. Je m'étais préparée à ça, mais j'ai été agréablement surprise. Tout le monde m'a énormément soutenue.

Cela te semble toujours aussi surréel ?
Je me sens tellement chanceuse de pouvoir obtenir un tel résultat pour mon deuxième disque, de sentir que j'ai pu grandir et mûrir en tant qu'artiste et d'être accueillie à bras ouverts... Je suis vraiment reconnaissante pour tout cela.

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De bien des façons, tu as ouvert la voie à de nombreuses jeunes femmes dans la pop music, en montrant qu'on pouvait atteindre les sommets de manière progressive. Les grands labels estiment maintenant qu'ils peuvent laisser davantage de temps aux artistes pour se révéler alors qu'auparavant, c'était une course contre la montre bien plus brutale pour obtenir un succès immédiat. Y a-t-il une partie de toi qui ait envie de se retourner dans le passé pour dire à ces personnes : "Je vous l'avais bien dit !" ?
Non, pas du tout ! Depuis mes débuts, j'ai eu la chance d'avoir une équipe qui m'a fortement soutenue à chaque étape, et nous avons tous travaillé ensemble pour créer quelque chose dont nous étions vraiment fiers. Nous ne cessions d'avancer vers nos objectifs - nous n'avons jamais eu l'impression de reculer. Il pouvait s'agir de grandes avancées comme de petits pas, mais je ne voulais pas compromettre ma vision des choses et ma musique pour quoi que ce soit. Et puis quand ça doit finir par sourire, ça sourit. Je voulais juste réussir avec mes propres principes.

On voit peu de collaborations aussi fructueuses entre un directeur artistique et une musicienne que celle qui te lie à Hugo Comte. Comment est venue l'idée de vous associer ?
J'adorais son travail, alors je l'ai contacté et lui ai envoyé mes chansons. Nous avons passé du temps à Paris, comme de bons amis, avant de travailler ensemble parce que je voulais m'assurer que nous avions une relation amicale solide afin de pouvoir être chacun nous-mêmes envers l'autre. Et quel meilleur moyen pour cela que de se faire des bonnes sorties entre potes ? Comme ça, cela ressemble moins à du travail. Au bout du compte, j'ai l'impression de travailler avec un ami. Hugo est un créatif et un visionnaire.

Tu as récemment participé au remix de “SUGAR” par Brockhampton. Comment s'est faite cette collaboration ?
Eh bien, c'était très amusant. J'écoute Brockhampton depuis un bon moment déjà et j'ai toujours aimé. J'ai reçu un message de mon manager qui me disait qu'il avait été approché pour savoir si j'étais d'accord pour participer à un remix de “SUGAR”. J'ai répondu que j'adorerais mais que je voulais d'abord rentrer en studio et voir comment commencer la collaboration.

J'étais à Los Angeles pour les Grammy. Ce n'était pas le lendemain des Grammys, parce que j'avais la gueule de bois, mais le jour suivant, je suis allée dans leur studio pour traîner avec eux. Je n'avais que quelques heures devant moi, alors je voulais voir si on s'entendait bien, mais on a fini par écrire le couplet sur place. Je leur ai dit : "Laissez-moi me poser avec ça un petit moment, puis je suis rentrée à Londres et j'ai ré-enregistré la voix, qui s'avère la version finale du disque. C'était vraiment amusant ! Je pense qu'ils sont géniaux et qu'ils aiment ce qu'ils font... sortir de la musique et réaliser de belles choses.

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Ta vie a été follement remplie ces trois dernières années, mais ton plus grand succès, Future Nostalgia, arrive alors que nous sommes tous confinés. Est-ce étrange de devenir l'une des plus grandes pop stars du monde sans aucune interaction réelle ?
C'est curieux. Ce n'est pas la façon dont j'avais envisagé promouvoir mon disque, mais je me sens très chanceuse parce que tout cela m'a permis d'établir de nombreuses relations plus personnelles, je le crois. Notamment à travers des live sur les réseaux sociaux, qui m'ont sortie de ma zone de confort. Le fait de m'asseoir devant une caméra et de parler à un public sans le voir m'a appris à mieux articuler les choses. Je ne sais pas... J'ai l'impression que ce temps nous amène tous à développer des échanges plus forts et pertinents. Davantage de proximité.

Qu'est-ce qui te manque le plus du monde extérieur ?
Voyager. J'aime cette partie de mon travail, aller dans différents studios et monter des spectacles. L'interaction humaine aussi. Cela me manque de pouvoir passer du temps avec mes bandes d'amis, de pouvoir dîner, boire et danser. Il y a tellement de choses qui me manquent. Aller dans les pubs, manger des grillades et être entouré de beaucoup de monde. Le bruit.

Sais-tu ce que tu feras dès la fin du confinement ?
Je vais assurément voir mes amis, on va se réunir, bien nous rassembler pour un lancement d'album tardif. Ensuite, je pense que mon petit ami et moi irons à New York. Nous devions y emballer toutes nos affaires dans notre appartement, mais à cause de Corona, nous n'avons pas pu le faire.

Penses-tu utiliser ton image et ta notoriété pour réaliser des choses plus grandes encore ?
J'ai toujours eu ça en tête. Dès le début, j'ai voulu agir chez moi au Kosovo, notamment pour tout le soutien qu'ils m'ont apporté. Mes parents ont beaucoup lutté et subi l'oppression, même après avoir quitté le Kosovo, et quand j'ai été en âge de comprendre tout ce qu'il s'est passé pendant la guerre, j'ai su que je devais donner en retour. Grâce à ma notoriété, j'ai le droit de m'exprimer sur des sujets qui me tiennent à coeur. Travailler avec l'Unicef fut une évidence pour moi, [avec eux, je] suis particulièrement impliquée sur la crise des réfugiés.

Je veux juste utiliser mon image pour soutenir les personnes qui ont besoin de moi, et celles qui m'ont soutenue bien sûr. Plein de gens comme moi ont besoin d'opportunités que j'ai la chance d'avoir eues. Je veux désormais pouvoir partager cela avec d'autres : essayer de transformer des potentialités en réalités, chez une jeune fille ou un jeune garçon, où qu'il soit dans le monde.

Future Nostalgia est disponible, et c'est un super bon album !

Credits


Photographies : Hugo Comte

This article originally appeared on i-D UK.

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