Courtesy of David Godlis

Le Miami disparu de David Godlis

En vacances à Miami dans les années 70’s, le jeune photographe David Godlis en a profité pour documenter une ville de villégiature et de farniente qui n’existe plus.

par Patrick Thévenin
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17 Février 2022, 5:02pm

Courtesy of David Godlis

Tous les fans de la scène punk new yorkaise des années 70’s, quand le club CBGB - un bouge infâme dans le Bowery de Manhattan - était le rendez-vous incontournable de tous ceux et celles qui aiment le rock qui fait du bruit, connaissent le photographe David Godlis. Il est celui qui a su le mieux capturer l’effervescence de la scène punk new yorkaise où se produisaient des jeunes débutants, comme les Ramones, Blondie, Patti Smith ou les Talking Heads, qui allaient propulser le rock vers le futur.

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​Courtesy of David Godlis
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​Courtesy of David Godlis

La rue comme terrain de jeu

Photographe de rue comme il aime à se définir, obsédé par la lumière naturelle et les longues expositions, ce qui lui a permis de forger ce noir et blanc emblématique, David Godlis est né en 1951 à Manhattan. Il suit des études de littérature anglaise à Boston, mais l’immense rétrospective de la photographe Diane Arbus organisée au Moma en 1972 est un choc qui lui ouvre tout un champ des possibles. « Ça a été pour moi le déclic, se souvient-il, j’ai enfin compris tout ce que je pouvais faire avec ce médium. » Ni une, ni deux, il change totalement de direction et prend des cours de photographie dans le Massachusetts à Cambridge, sa copine de cours s’appelle Nan Goldin, il se passionne pour des artistes comme Robert Frank, Garry Winogrand, Henri Cartier-Bresson et lit et relit sans cesse Le Paris Secret de Brassaï. Un reportage sans pareil dans les tréfonds de la nuit parisienne des années 30 où se bousculent fumeurs d’opium, bals de travestis, hôtel de passe des Halles, voyous de bas étage, quartiers désertés et qui va devenir sa bible. « C’est avec ce recueil de photos que je me suis dit qu’être un photographe de rue n'implique pas forcément de shooter le jour. Je pouvais peut-être faire la même chose que Brassaï avait fait dans les années 30, mais transposé aux années 70’s et à la scène jeune et insolente qui tournait autour du CBGB. »

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Quand Miami était le paradis des retraités

Aujourd’hui âgé de 70 ans, alors que ses photos ont fait le tour du monde, que ses livres sur les rues de Boston et de New York sont des classiques étudiés dans les écoles de photographie, que ses clichés ont été exposés dans les plus grands musées, David Godlis a la bonne idée de sortir des photos qu’il n’avait jamais montrées, celles prises lors d’un séjour chez ses grands-parents à Miami où il résidait alors qu’il n’avait que 22 ans. Familier de la ville où il a passé de nombreux été en vacances lorsqu’il était enfant, il profite de ce court voyage de dix jours pour sortir son appareil photo. Les souvenirs remontent, il parcourt la ville dans tous les sens et shoote à tout va - presque 60 bobines de pellicule y passent - au fur et à mesure de ses déambulations diurnes. A l’époque Miami n’est pas la mégalopole jet set aux immenses appartements m’as-tu vu qu’elle est devenue, mais une petite ville tranquille où les juifs retraités, après avoir trimé toute leur vie à New York, viennent profiter de leur retraite sous le soleil de la Floride et vivre leur meilleure vie. Miami, le livre de Godlis, est ainsi un kaléidoscope d’images qui résument parfaitement l’ambiance d’oisiveté chic de la ville passant d’une femme âgée et sapée d’un imprimé léopard qui promène son chien à l’ombre d’un palmier à un immeuble art-déco, des façades de théâtres où se tiennent des spectacles de Vaudeville en yiddish à de vieilles Ford garées au soleil, de l’effervescence des courses de lévriers à des halls d’hôtels bon marché. Même si Godlis s’amuse surtout à traquer en photo des papis et mamies habillés de tenues de plage on ne peut plus élégantes, chaussés de lunettes de soleil énormes, accompagnés de chiens de compagnie riquiqui, arborant des manucures parfaites, exposant leur peau cramée et leurs rides profondes au zénith, tous et toutes complètement préoccupés à se faire bronzer, que ce soit vautrés dans un transat, allongés sur la plage, couchés à même le gazon d’un parc ou lézardant en bord de mer.

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​Courtesy of David Godlis
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​Courtesy of David Godlis
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​Courtesy of David Godlis

Sur les traces d’un Miami disparu

Chassés vers le nord par l’afflux d’immigrés venus des Caraïbes et de Cuba dans les années 70’s, mais aussi par la rénovation de la ville en capitale de l’art déco et l’augmentation en flèche des loyers, les juifs retraités qui représentaient dans les années 70’s presque 80% de la population ont peu à peu fui cette enclave de liberté et de farniente, laissant Miami poursuivre sa course vers la modernité, le luxe et la jet set pour devenir un des principaux pôles financier et culturel des États-Unis. Le recueil de Godlis en plus de présenter les premiers travaux photographiques de l’artiste (qui deux ans plus tard troquera le soleil de la Floride pour les bas-fonds des clubs punk new-yorkais) est surtout un témoignage plein d’hédonisme, d’humanisme et d’humour sur un Miami qui n’existe plus, ou alors dans les mémoires embrouillées de certains retraités encore vivants, sur ce que David Godlis nomme non sans ironie le “Disneyland juif“ !

David Godlis : Miami (Reel Art Press) – 42 euros.

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