Courtesy of Jochem Van Grunsven 

Les défilés en pleine pandémie

À la fin du mois de septembre débutait la semaine de la mode parisienne, imaginant des concoctions-gestes barrières à base de créations IRL, 3.0 ou hybrides.

par Alice Pfeiffer
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08 Octobre 2020, 2:41pm

Courtesy of Jochem Van Grunsven 

Il y a 6 mois, une ribambelle de journalistes quittait la fashion week de Milan en direction de celle de Paris la semaine suivante. Coïncidant avec cette visite provenant d’un pays aux statistiques déjà alarmantes, les cas du Covid grimpèrent en France de 14 à 1500 en quelques jours.

S’en suivit une semaine de la mode haute couture pendant le printemps qui fut intégralement retranscrit en ligne, les mesures de sécurité ne permettant pas un rassemblement de ce volume dans un espace clos.

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À la fin du mois de septembre 2020, les collections Automne-Hiver 2020-2021 sont apparues sur le calendrier officiel du prêt-à-porter, avec une vingtaine de shows physiques, une seconde vingtaine en ligne uniquement, et une quarantaine suivant un modèle dit “phygital”.

Une chose est sûre, les temps ont déjà évolué depuis les premiers pics du virus : au printemps dernier, Chanel annonçait le report de sa collection Métiers d’Art qui devait prendre place à Beijing, tout comme Burberry, Hermès, Prada, annulant tous le retrait devant prendre place à Paris, Londres, New York, Shanghai et Saint Petersburg pour ne citer qu’eux. Deux saisons plus tard,  les marques, émergentes aussi bien qu’historiques, repensent leurs paramètres de communication face à un public et des acheteurs largement absents.

La tendance Phygital

Comme l’explique le directeur de la Fédération de Prêt-Porter Pascal Morand, nous atteignons aujourd’hui une nouvelle modernité, un regard novateur et débordant de nouveaux gestes, codes, traditionnels, vient, selon lui, refléter l’humour et la vision  pluridisciplinaire de la génération actuelle de créateurs.

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Louis Vuitton choisi, pour sa part, de présenter sa collection à la spectaculaire Samaritaine, sans perdre de tête les internautes: d’imposantes caméras high-tech aux notes SCI-fi trônent au milieu des escaliers, comme pour célébrer une rencontre entre l’humain et la machine. Chloé installe de gigantesques écrans sur lesquels défilent les tops, créant une mise-en-abyme entre l’existence IRL du show et sa retranscription 3.0 qui fera office de mémoire.

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Pour Wales Bonner, présentant sa collection à Paris pour la première fois, accompagne le show d’une vidéo tournée en Jamaïque; Koché choisit de lever le rideau sur ses toutes dernières créations dans les Buttes Chaumont, desquelles elle vit proche. Épurés et sans détours superflus, la fondatrice Christelle Koché complète ses modèles de vidéos organiques et digitalisées. Coperni vise un minimalisme fonctionnel et retro-sci-fi, qui vient solidifier son ethos libérateur tourné vers demain.

Le show dans un show

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Les vitraux ecclésiastiques chez Dior, les poses la chorégraphie des plus empowering chez Savage x Fenty de Rihanna, la performeuse Yllva Falk se roulant dans une pile de vêtements de recup’ au milieu du podium Maitrepierre. Vous l’aurez compris, la mode est à l’heure du spectacle autant qu’au spectaculaire. À défaut de pouvoir présenter une collection de façon tactile et intimiste, les stylistes ont opté pour le théâtral, la douce excentricité plutôt qu’une confection centrée avec tant autour de son appeal commercial. Ainsi, pour sa deuxième collection à la tête de Kenzo, le styliste Felipe Oliveira Baptista avait choisi d’installer un podium au milieu d’un jardin et d’y faire défiler les mannequins la tête couverte de grands chapeaux d’apiculteurs.

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Pour les créateurs qui ne défilaient, ce fut également l’occasion de montrer ce que Pascal Morand percevait comme “une adaptation de son ADN dans le format d’une vidéo.”: thriller aux faux airs de Fahrenheit 71, surréalisme pour Ottolinger par Reto Schmid.

La tendance shamanique

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Pour son show Gauchère, la directrice et fondatrice Marie-Christine Statz a choisi d’accueillir les invités et de bercer son show au son d’un gong shamanique, sous les vapeurs de bois sacré de Palo Alto. Elle n’est pas la seule à s’interroger sur le sens de la mode, et le rapport intimiste entre vêtement et celle.lui qui le portera. “Une quête de nouveaux rituels”: voilà comment Maria Grazia Chuiri définit son défilé qui n’est pas sans évoque le thriller suédois “ Midsommer » Ari Aster. Quant à Boramy Viguier, il déploie une série de silhouettes en matières techniques, ou à la tradition détournée, le tout entouré d’une décoration celtique aussi féroce qu’esthétique, dont des sabres, couteaux, bijoux et cristaux finement brodés, qui créent un garde surréaliste et historique à ses vêtements ultra-contemporains.

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La Zoom Fashion

Comment concevoir une collection rependant aux bijoux des consommateur.ices quand nul ne connaît de déambulation et marges de liberté géographiques dans les mois qui viennent? C’est bien ce qui semblent prouver nombre de marques actuelles, qui ont dévoilé des pièces aussi fluides, simples et confortable que du lounge wear, mais sans oublier un porté et une tenue qui devient le lien entre intérieur et extérieur, cocooning et présentation de soi respectueuse de son contexte professionnel. C’est bien ce que l’on peut constater chez Ami, avec une offre féminine plus déployée, et des costumes qui se portent avec l’aise d’un jogging, ou encore un maillot de corps porté comme un vêtement d’apparat.

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Des pixels, une offre plus démocratique, la fashion serait-elle en train de nous prouver que, comme Paris selon Ernest Hemingway, elle est une “moveable feast” ?

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