Photos courtesy of Michaela Stark.

Michaela Stark propose de la lingerie qui célèbre le corps sous toutes ses formes

Les pièces faits main de l’artiste australienne qu’elle présente à travers des auto-portraits intimes prennent à rebours la vision traditionnelle de ce qui est considéré comme flatteur.

par Laura Pitcher
|
05 Septembre 2020, 9:00am

Photos courtesy of Michaela Stark.

La designer australienne Michaela Stark a passé son enfance à se sentir comme « la fille plus size qui avait des poils et ne faisait pas partie du groupe ». Mais après avoir été diplômée d’une école de mode en 2017, Stark a déménagé à Londres et a eu son petit succès au sein de l’industrie, c’est alors qu’elle a décidé d’intégrer son ressenti d’enfance au sein de ses propres créations. Elle a lancé son projet de lingerie qui porte son nom, et qui célèbre toutes ses insécurités à travers des pièces délicatement faites à la main qui prennent à rebours les idées traditionnelles de ce qui est considéré flatteur.

« On se moquait de mon apparence dès l’école primaire, mais ça ne m’a pas empêché de faire partie de l’industrie de la mode en faisant de la lingerie pour plus size avec des coupes très féminines et en soie délicate », comme nous l’a expliqué la designer de vingt-cinq ans. « Je ne trouvais jamais de la lingerie que j’avais réellement envie de porter, c’était donc très naturel que je commence à dessiner des pièces moi-même et que je développe le projet en ce qu’il est devenu ». Les pièces que Stark créées pour son projet personnel sont dessinées et modelées sur son propre corps, avant d’être documentées par des auto-portraits intimes.

Si ses sous-vêtements sont absolument non-conventionnels et attirent l’oeil, la lingerie n’est que l’un des aspects du travail de Stark en tant que créatrice. Elle a commencé comme couturière pour un certain nombre de jeunes marques britanniques avant de devenir elle-même designer. Maintenant installée à Paris, elle a passé du temps à travailler pour Marine Serre et ses clients incluent notamment Beyoncé, qui a porté l’une de ses pièces sur mesure dans Black Is King. « J’ai commencé à travailler avec son équipe comme tailleure personnelle, et puis petit à petit je suis devenue designer » raconte Michaela. « Lorsqu’ils avaient des demandes de tenues, j’étais simplement la première à pouvoir dire ‘Je sais faire ça’, à y aller et à le faire. Et puis, une chose en a amené une autre ».

Michaela-stark-lingerie-self-portraits

Si Stark a clairement un talent inné pour la fabrication de vêtements complexes, elle raconte que son rêve d’enfance était de devenir une enfant star. « Cela me stressait énormément de grandir car chaque année qui passait m’éloignait de la possibilité de devenir une enfant actrice connue et j’aimais tout ce qui était théâtral » raconte-t-elle en riant. « Et puis mon école proposait un cours de design de mode pour les terminales, et j’y suis allée sans savoir où cela allait m’emmener. Après seize ans à rêver d’être actrice, j’ai simplement arrêté d’y penser ».

Lorsqu’elle commence une nouvelle pièce de lingerie, Stark s’enveloppe de tissu devant le miroir, et continue de le faire, de le defaire, jusqu’à ce qu’elle obtienne la bonne forme distordue. Ces magnifiques pièces faites main et la manière dont elle les documente, en tordant son corps pour se prendre en photo, mettant ainsi en valeurs les formes les plus intéressantes que nos corps peuvent créer, loin d’une perception super mince, en forme de sablier, idéalisée. Elle explique qu’un nombre de prototypes importants est nécessaire pour créer quelque chose qui va mettre en lumière ses insécurités « d’une manière à la fois belle et délicate ». Les vêtements passent de son corps, à son lit, jusqu’au mannequin selon un processus de création qui peut prendre un mois du début à la fin.

Le projet a été une manière de s’accepter pour Stark, qui admet qu’elle rencontre encore des moments où elle est vraiment mal dans sa peau. Se filmant tout au long du processus lui permet néanmoins de se dire qu’il n’y a « rien de son corps » qu’elle n’a pas vu. « Je pense que l’aspect le plus puissant de mon travail c’est qu’il a vraiment changé ma façon de voir les choses » élabore-t-elle. « Au début, j’étais vraiment mal dans ma peau, mais j’ai vraiment l’impression que mon travail m’a permise de me célébrer, de célébrer mon corps et de ne pas en avoir honte ».

Michaela-stark-lingerie-self-portraits

Stark travaille comme une grande couturière, elle souhaite dessiner des vêtements qui sont propres aux individus, et créer des vêtements sur mesure qui célèbrent les corps de chacune de ses clientes, et spécifiquement toutes leurs formes. Cette direction lui vient du manque d’envie de « faire partie » du système de l’industrie de la mode. « Je pense que le système ne marche pas vraiment en ce moment, et beaucoup de personnes s’en sont rendu compte l’année dernière. En tant que designer, je veux créer des vêtements qui ne se limitent pas à l’emploi du temps de l’industrie et qui sont spécialement fait sur mesure pour des clients particuliers sur demande ».

En ce qui concerne la ligne personnelle de lingerie de Stark, elle prévoit de les exposer en tant que projet artistique. En partenariat avec l’artiste ukrainienne Alina Zamanova, son travail sera montrée à la Gillian Jason Gallery dans une exposition intitulée « Inside Me ». En s’inspirant l’une de l’autre, l’exposition sera composée des pièces couture de Michaela (présentées en tant que sculptures) et une série d’auto-portraits, ainsi que des peintures et sculptures signées Zamanova.

Toujours au début de sa carrière en tant que designer, Stark souhaite montrer son talent en dehors du monde de la mode et ainsi s’établir en tant qu’artiste plus généralement. « Je fais beaucoup d’édito, et je me dirige aussi vers la direction artistique, je veux pousser cet aspect là mais aussi être capable d’entreprendre d’autres projets à l’avenir comme m’occuper des costumes pour un film par exemple. Je veux être capable d’avoir une vision globale du travail de designer, pas simplement être une designer de mode qui doit être une esclave au sein de l’industrie dans laquelle elle travaille ».

Michaela-stark-lingerie-self-portraits

Si le confinement à Paris était une période difficile financièrement pour Stark, en tant que jeune indépendante vivant dans un pays étranger, elle dit que l’expérience physique était éclairante car cela lui a permis de ralentir. « Je pense que ce ralentissement forcé m’a vraiment fait réfléchir à qui j’étais en tant qu’artiste. J’ai passé tout ce temps à travailler sur l’exposition et à prendre des photos de moi chaque jour ».

Elle explique que ce processus créatif est constamment entravé par les régulations d’Instagram concernant la nudité. « Ils adorent me censurer. On connait leur tendance à censurer les corps plus size de manière assez extrême et selon moi, c’est parce qu’ils sont beaucoup plus sexualisés ». Stark doit aussi faire face à du harcèlement sexuel au quotidien sur la plateforme, et ce qui est très frustrant, c’est qu’elle ne peut pas le signaler car elle risquerait d’attirer le signalement sur son propre travail. La solution qu’elle a choisi est de lancer son propre site et d’encourager le soutien aux artistes en dehors d’Instagram.

Les difficultés rencontrées par Stark, en tant que jeune artiste dans un monde digital, nous montre néanmoins que son travail, qui célèbre l’individualité des corps en remet en cause des standards de beauté dépassés est nécessaire. « Mon travail essaie réellement de libérer le corps de la femme, et de rencontrer constamment ses obstacles liés aux politiques d’Instagram prouve que j’ai raison en tant qu’artiste, le corps de la femme a encore et toujours besoin d’être libéré ».

Cet article a été initialement publié par i-D UK.   

Michaela-stark-lingerie-self-portraits
Michaela-stark-lingerie-self-portraits
Michaela-stark-lingerie-self-portraits
Michaela-stark-lingerie-self-portraits
Tagged:
LINGERIE
Beyoncé
Body Positivity
self portraits
standards de beauté
censure
self-acceptance
marine serre
alina zamanova