Capture de "I May Destroyed You"

5 séries i-D : pour une radiographie de notre époque

Adolescents amoureux, trentenaire disquaire et solitaire, lesbienne en crise, millennials narcissiques et auteure-twitteuse victime d’une agression sexuelle… Sélection de 5 séries encore confidentielles, comme un miroir de notre société.

par Louise des Ligneris
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09 Juillet 2020, 8:00am

Capture de "I May Destroyed You"

NORMAL PEOPLE : une histoire « normale », en apparence.

Dans une ville côtière irlandaise, deux jeunes adultes se rencontrent au lycée. Marianne est frêle, solitaire, issue d’un milieu aisé. Connell est sportif, populaire, il vit seul avec sa mère. Contre toute attente, l’alchimie fonctionne . Ultra-percutante, la mini-série raconte sur plusieurs années le lien complexe et exceptionnel qui unit Marianne et Connell. Emportée par une bande-son planante (Imogen Heap, Nick Drake, Elliott Smith, Max Richter…) et par deux acteurs encore inconnus (Daisy-Edgar-Jones et Paul Mescal), « Normal People » est bien plus qu’une simple histoire d’amour. Avec une justesse désarmante, des sujets sombres sont abordés (dépression, manque d’amour, insécurité, violences psychologiques...) et la charge érotique est absolument inédite. Rarement on aura vu un jeune homme représenté avec tant de sensualité, de failles et de richesse émotionnelle, malgré son physique de colosse. Tirée du roman éponyme de Sally Rooney, la série a déjà rencontré un succès phénoménal en Angleterre.

Saison 1, disponible dès le 16 juillet sur Starzplay .

I MAY DESTROY YOU : Où finit le consentement ?

Arabella est cette bonne copine qu’on aimerait tous avoir. Extravertie, fêtarde, cette londonienne à la perruque rose est une twitteuse à succès, porte-parole en vogue des jeunes femmes noires. Un soir, en pleine écriture de son premier livre… c’est la page blanche. Pour se divertir, elle rejoint des amis dans un bar et… c’est le trou noir. Arabella a été droguée et violée sous GHB. Un trauma originel qui entraîne la glaçante reconstitution des événements, une passionnante réflexion sur le consentement et une introspection difficile, étape nécessaire au travail de résilience. Michaela Coel, autrice, actrice principale et coréalisatrice de cette série coup de poing, s’est inspirée de sa propre expérience pour évoquer les ondes de choc d’une agression sexuelle et ses différentes phases traumatiques. À l’ère post-#Metoo, ce récit ultra-réaliste rend enfin visible le point de vue d’une femme noire, victime d’une agression sexuelle. Un regard salutaire, encore trop rare.

Saison 1, disponible sur OCS.

WORK IN PROGRESS : pour une nouvelle héroïne lesbienne

« J’ai 45 ans, je suis grosse, je suis gouine et je n’ai rien accompli. C’est ça, mon identité ? ». Au bord de la crise de nerf, Abby est une « fat queer dyke » autoproclamée qui, dès la scène d’ouverture, confie ses troubles existentiels à sa psychologue. Problème : sa diatribe désespérée a littéralement tué d’ennui la thérapeute. Une introduction à l’humour bien noir qui donne le ton de cette série décapante. Épuisée par ses tocs envahissants et par son incapacité à s’épanouir, Abby a donc décidé de se suicider dans 180 jours. Le compte à rebours est lancé. Mais sa détermination à mourir sera contrariée par une romance naissante avec Chris, un homme trans de 22 ans. Largement autobiographique, l’histoire incarnée par Abby McEnany aborde sans détour des thématiques LGBTQ+ et de santé mentale, avec une authenticité salvatrice. Une nouvelle voix pour les queer, les butch-fem, les lesbiennes, les femmes.

Saison 1, disponible sur Canal + .

HIGH FIDELITY : L’adaptation d’un hit littéraire

Elles sont de plus en plus nombreuses les séries portées par des personnages féminins cools et hétéroclites. Adapté du best-seller « High Fidelity » de Nick Hornby, ce show en est le parfait exemple : Rob, héros originel du roman, a été très naturellement remplacé dans la série par une héroïne (Zoë Kravitz), sans que cela ne dénature le récit. À New-York, cette disquaire trentenaire hyper-calée en musique fait le point sur ses ruptures amoureuses. Au fil des épisodes, le public devient le confident préféré de l’actrice qui enchaîne les apartés mélancoliques face caméra. Mode Shazam activé pendant tout le visionnage, le show présente un lot exceptionnel de pépites soul, rock, indé (Otis Brown, Fleetwood Mac, Lescop et beaucoup de David Bowie). C’est la chronique au long court d’une héroïne un peu hors du temps, qui s’habille en fripes et ne jure que par le vinyle. Un rôle principal parfait pour la fille du musicien Lenny Kravitz et de l’actrice Liza Bonnet. Pour mémoire, en 2000, celle-ci avait elle-même joué dans l’adaptation au cinéma du célèbre roman.

Saison 1, disponible sur Hulu .

SEARCH PARTY : Autopsie tragico-comique du narcissisme

Cyniques, égoïstes, accros à leur téléphone, superficiels et adeptes des brunchs du dimanche : les amis de Dory, notre héroïne (incarnée par Alia Shawkat), ont tous les vices caricaturaux des jeunes trentenaires. Mais ils ont aussi pour point commun le néant de leur existence. Alors, lorsqu’ils apprennent la disparition de Chantal, une vague connaissance du temps de la fac, le quatuor mené par Dory se lance à sa recherche. Rien d’altruiste dans cette enquête, seulement le besoin d’échapper à la vacuité de leur vie. Tableau instantané d’une génération sans idéaux, Search Party oscille entre thriller et pure comédie noire (comme au bon vieux temps des Desperate Housewives). Tandis que ja joyeuse traque entamée comme un divertissement vire au cauchemar, les situations absurdes se succèdent et l’inconséquence des quatre protagonistes les rends aussi irritants qu’attachants.

3 saisons, disponibles sur Canal +

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