Les étudiants de l’école Kourtrajmé ont toujours La Haine

Installée au palais de Tokyo jusqu’au 11 septembre, l’exposition ‘Jusqu’ici tout va bien’ explore les filiations entre La Haine et Les Misérables.

par Claire Beghin
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04 Septembre 2020, 1:17pm

Elle est loin, l’époque où Cut Killer posait ses platines au bord d’une fenêtre et faisait résonner les voix croisées d’NTM et d’Edith Piaf dans une cité de Chanteloup-les-Vignes, dans une des premières scènes de La Haine. Si loin que ça ? C’est la question que posent trente étudiants de l’école Kourtrajmé, invités à exposer au sous-sol du Palais de Tokyo, avec pour commissaires d’exposition Hugo Vitrani, Ladj Ly, Matthieu Kassovitz et JR.

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Bastienne, LA HAINE D’EUX , 2020, vidéo.

Créé en 1994 par Kim Chapiron, Romain Gavras et Toumani Sangaré et rejoint entre autres par Ladj Ly, Mouloud Achour et JR, le collectif Kourtrajmé s’est d’abord fait connaitre pour ses courts-métrages tournés dans la cité des Bosquets, à Montfermeil, où ils mettent en scène leurs proches et les habitants du quartier, avant de réaliser des clips pour Oxmo Puccino, la Mafia K’1 Fry, La Caution, Justice ou M.I.A, et des longs-métrages comme Sheitan ou Les Misérables, César du meilleur film 2020. En 2018, Ladj Ly fonde l’école Kourtrajmé, installée entre Clichy-sous-Bois et Montfermeil, qui forme gratuitement aux métiers des arts et du cinéma. Elle ouvre cette rentrée une antenne à Marseille, et prévoit d’en ouvrir une à Dakar l’an prochain.

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Djiby Kebe, L’Edito , 2020, 3 photographies, vêtements, 125 x 180 cm.

Vingt-cinq ans après La Haine, et un an après le succès des Misérables, les élèves créent des ponts entre deux histoires qui résonnent plus que jamais dans la France d’aujourd’hui. Sont traitées les violences policières, le regard médiatique et politique biaisé sur les banlieues, l’appropriation par la mode des codes culturels de la rue, la place des femmes dans les cités… L’exposition réunit une trentaine d’oeuvres plastiques et vidéo, parmi lesquelles une piñata géante en forme de voiture de police, une installation vidéo qui documente la vision médiatique des violences policières, des courts-métrages qui dressent des parallèles entre La Haine et Les Misérables, des séries de portraits…

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Vue de l’exposition Jusqu’ici tout va bien , Palais de Tokyo (29.08.2020 - 07.09.2020). Crédit photo : Aurélien Mole

Pour l’occasion, l’agence de communication Black Rainbow installe un pop up store à l’entrée de l’exposition, où sont vendues des pièces issues de collaborations entre Kourtrajmé et Carhartt, Aime Leon Dore, Homecore et Triiad, dont tous les bénéfices sont versés à l’école.

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Nouta Kiaie, sans titre, 2020, 8 photographies, 30 x 40 cm.

Prolongée jusqu’au 11 septembre, l’expo offre des regards libres, pluriels et on ne peut plus pertinents sur tout un pan de la société française, qu’on aimerait bien voir plus représenté dans des institutions culturelles comme le Palais de Tokyo. Et invite à de nouvelles lectures de La Haine, avec toujours en résonance cette phrase qui en dit long : jusqu’ici, tout va bien.

Jusqu’ici tout va bien, jusqu’au 11 septembre au Palais de Tokyo, de midi à minuit.

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