HollySiz nous apprend à lâcher prise

En attendant l’arrivée prochaine d’un nouvel EP, HollySiz magnétise tous les regards avec le clip de son nouveau single, « Thank You All I'm Fine » : un hymne pop en même temps qu'une ode à l’affirme de soi.

par Maxime Delcourt
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06 Mai 2021, 4:08pm

Jusqu’ici, il était facile d’identifier ce qui liait les chansons d’HollySiz entre elles : un même sens des pop-songs fédératrices, un même goût pour les synthés 80’s, un accueil critique et populaire tout aussi enthousiaste. Trois ans après Rather Than Talking, Cécile Cassel n’a pas foncièrement changé. Il s’agit toujours pour elle de proposer des morceaux immédiatement accrocheurs, avec cette légèreté et cette innocence sur laquelle repose toute forme d’enchantement. 

À l’écoute de « Thank You All I’m Fine », impossible pour autant de ne pas remarquer un renouveau chez la Française. Plusieurs signes en attestent : désormais indépendante, après des années chez Parlophone, Cécile Cassel a fini par quitter Paris, s’est installée dans le Pays Basque et a pris le temps de réfléchir à la façon dont elle aimerait promouvoir ses nouveaux projets. « Aujourd’hui, il y a tout un tas d’outils de communication et de fabrication qui permettent à un.e artiste de se faire entendre sans avoir besoin de louer de gros studios très chers, argumente-t-elle, la voix remplie de certitudes. La preuve, c’est que de très beaux albums sont aujourd’hui réalisés dans une chambre et parviennent à toucher des millions de gens ». Quand on la questionne sur l’influence de Billie Eilish ou Dua Lipa sur sa musique, Cécile Cassel confirme, mais reste prudente, comme s’il s’agissait pour elle d’éviter d’empiler les influences comme des trophées promis à la poussière : « J’aime me nourrir de leur démarche, de leur liberté, de la même manière que je me réjouis de toutes ces artistes françaises qui ont surgi ces dernières années et qui proposent quelque chose de très décomplexée, aussi bien musicalement que dans leur discours. Cela dit, je pense que nos musiques sont très différentes. »

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​Courtesy of Alex Brunet

Si HollySiz ne dissimule pas ses références (ici un clin d’œil à Rosalía, là une pensée à Nile Rodgers), elle n’a pas non plus à rougir à leurs côtés. Elle aussi vise la pop, le refrain efficace, celui que l’on entonne le cœur léger. « J’ai grandi dans les années 1980, à une époque où tu n’avais que deux options, remet-elle. Soit écouter de la new wave un peu froide et mélancolique ; soit se passionner pour tous ces artistes qui, de Cyndi Lauper à Whitney Houston, en passant par Madonna ou Michael Jackson, symbolisent un peu l’ultime niveau de la pop music. Clairement, je me suis plongée dans la seconde option, et ça se ressent aujourd’hui. Mon but, c’est de composer des titres qui procurent un plaisir immédiat, qui parlent au corps dans un premier temps. »

Au sein d’une époque où les artistes osent désormais parler de sujets longtemps tabous (« Grandiose » de Pomme, qui évoque la PMA), assument leurs formes (Yseult) ou profitent de leurs chansons pour aborder gentiment des questions d’actualité (« Balance ton quoi » d’Angèle), Cécile Cassel se devait de suivre cet appel d’air, de ne pas privilégier outre-mesure la forme au fond : « “Thank You All I’m Fine” parle clairement de ce que c’est d’être une femme, des petites injonctions que l’on entend au quotidien. C’est une façon de faire tomber les barrières et de répondre à ceux qui nous disent que l’on ne va pas y arriver. Du genre : “Merci à toi pour les conseils, mais ça va aller quand même” ». Cet élan de liberté, ce besoin d’affirmer son existence, son point de vue et sa singularité, trouve un prolongement logique dans le clip, réalisé par Fabien Constant, avec qui Cécile Cassel était en contact depuis un moment. « Ça a fini par se faire suite à une publicité pour Cartier dont il était l’auteur et dans laquelle je jouais. » L’idée est alors de symboliser ce lâcher prise, notamment via la danse : « Avec ma chorégraphe, Marion Motin (Angèle, Stromae, Dua Lipa), on ne voulait pas de chorégraphie en tant que telle, il s’agissait plutôt d’improviser avec le corps. Pendant une semaine, j’ai donc passé huit heures par jour à improviser différents mouvements en fonction de ses consignes, très spécifiques, comme imiter une araignée coincée dans un pot de miel, par exemple. »

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​Courtesy of Alex Brunet

À chaque question, Cécile Cassel paraît enthousiaste, sans doute excitée à l’idée de dévoiler ses nouveaux morceaux qui, pour la première fois, n’ont pas été enregistré sur la route, ou suite à un voyage. Un instant, on la sent très heureuse d’avoir commencé à écrire pour d’autres artistes (Chien Noir, notamment), via les bons conseils de Mark Daumail (ex-Cocoon) ; la seconde d’après, on la découvre satisfaite de sa nouvelle vie dans le Pays Basque : « Jusqu’ici, j’avais toujours vécu dans des capitales. À présent, j’ai l’impression d’être ancrée dans la terre, de vivre dans une temporalité différente, au sein d’un endroit très calme, d’éléments naturels qui dégagent une énergie très puissante, tout en étant entourée d’amis éloignés du milieu dans lequel j’évolue. » Traduction : Cécile Cassel est épanouie, et ça se ressent jusque dans les morceaux de son nouvel EP, à paraître prochainement. Soit cinq chansons enregistrées en partie aux côtés de Victor Solf (ex-Her) et pensées pendant le confinement. « Toute cette situation a énormément changé ma façon d’écrire. Travailler sans avoir l’obligation de produire quelque chose, c’est très libérateur. Ça m’a permis d’avoir le temps, de penser différemment ma façon d’écrire. La preuve : mes textes sont aujourd’hui plus épurés et je me suis même autorisée à chanter pour la première fois en français ».

Avant de se quitter, Cécile nous livre deux ultimes confessions, plus ou moins essentielles, mais assez révélatrices de sa personnalité enjouée. D’abord, elle nous parle de son rêve de voir Stevie Wonder jouer aux Arènes de Nîmes une fois la reprise des concerts actée : « C’est un de mes plus beaux souvenirs en live, j’aimerais revivre cette sensation ». Puis elle évoque ses plantes, et s’étonne encore que ces dernières aient grandi deux fois plus vite qu’habituellement pendant le confinement. « À cette période, je faisais quelque chose qui m’arrive rarement : je chantais tous les jours à la maison. Il faut croire que ça leur a été bénéfique ». Une preuve, s’il en fallait une, que la musique de HollySiz a des vertus bienfaitrices.

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​Courtesy of Alex Brunet
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​Courtesy of Alex Brunet

Stylisme Dan Sablon, Maquillage Louise Garnier

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