Courtesy of Alan Lodge

Pourquoi le droit de filmer la police est essentiel ?

Le photographe connu pour sa documentation des forces de l’ordre rappelle que c’est un droit fondamental qui est aujourd’hui en jeu en France.

par Alice Pfeiffer
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28 Novembre 2020, 10:46am

Courtesy of Alan Lodge

Alors que Paris se mobilise ce samedi à 14h place de la République contre la loi Sécurité Globale, i-D est parti à la rencontre d’Alan Lodge, un de premiers et plus légendaires photographes ayant documenté la violence et la réalité de la police. Rencontre.

Comment avez-vous commencé à prendre des photos ?

J’ai commencé à l’âge de vingt ans – un bon bout de temps donc puisque je suis à la fin de ma soixantaine—. J’ai pris des photos des free parties qu’il y avait alors à travers l’Angleterre, et que le gouvernement conservateur tentait de démanteler. Des forces de l’ordre ont commencé à surveiller ces évènements, prendre des photos de gens ensemble, certains prenant des drogues, pour accumuler du matériel incriminant.

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Courtesy of Alan Lodge

Et qu’est-ce qui vous a donné envie de prendre la police en photo ?

J’ai remarqué que les policiers violaient un grand nombre de règles, fouillaient les gens en leur imposant de se déshabiller parfois intégralement, ne suivaient par les protocoles de fouille par genre. Cet irrespect de la loi par les forces de l’ordre était très difficile à prouver, et il m’est soudain apparu d’une évidence folle du rôle essentiel que pouvaient jouer mes clichés devant la justice. La photo n’était pas rependue comme avant, et le mot de la police semblait toujours plus peser que celui d’une personne anonyme. Mes photos ont donc été utilisé dans des nombreuses plaintes, procès, et un grand nombre d’actions civiles à la cour. J’ai ainsi aidé ainsi plusieurs personnes à monter des dossiers, accumuler des preuves et être libérées.

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Courtesy of Alan Lodge

Comment ces photos étaient-elles reçues à l’époque ?

J’ai confronté le dirigeant d’un commissariat et ai affirmé une bavure d’un de ses officiers qu’il a nié en bloc. Je suis allée au studio photo, ai développé les clichés et ai vu un air de choc sur son visage, tant il n’avait jamais été confronté à du matériel aussi indéniable. Soudain, les policiers ont pris conscience qu’eux aussi pouvaient être vus. Tout le monde était jusque-là au courant mais incapable de prouver que les forces de l’ordre agissaient comme des criminels, agressaient, tabassaient, tiraient sur des inconnus et n’étaient jamais punis.

Que pensez-vous de la loi Sécurité Globale en train de passer en France ? 

La police est au service de l’état et il devrait être possible de contrôler leurs allez et venues. Si cette loi passe en France, elle risque d’encourager l’Angleterre à entreprendre un tel processus de modification : le pays a toujours essayé de censurer les expressions libres du peuple. Les teufeurs, les gens du voyage, les raveurs, les manifestants qui ont fait de la rue leur terrain d’expression et leur seul moyen d’exercice de leur liberté ont toujours été la cible intempestive des policiers. C’est d’une hypocrisie incroyable : lorsque la population s’est plainte de la surveillance en CCTV des rues, on leur a répondu que s’ils n’avaient rien à cacher, ils n’auraient donc aucune raison de la craindre. Et en miroir, pourquoi cette règle ne s’appliquerait-elles pas aux policiers, si eux non plus n’ont rien à cacher ?

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Courtesy of Alan Lodge

Sur quoi travaillez-vous aujourd’hui ?

Je me suis réinscrit en master à l’université de Nottingham pour étudier les avancées technologiques et culturelles de la photographie, et notamment ce champ de photographie documentaire. Je fais également partie de l’union nationale des journalistes, et je cherche à transmettre mon savoir aux plus jeunes, qui connaissent bien leurs droits mais qui doivent apprendre à interagir de façon maline et stratégique face aux forces de l’ordre plutôt que de se lancer dans un affrontement en face à face.

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Courtesy of Alan Lodge

Quel message aimeriez-vous faire passer à la jeune génération ?

Que ces rassemblements sont symboliquement puissants, vitaux à la population, c’est la réunion et la formation de communautés unies autour de valeurs partagées ; que la violence policière est un signe d’abus et de contrôle suprême des corps. Pourquoi ne s’attaquent-ils pas à des vrais crimes, des meurtres, des viols, des cas urgent, plutôt que la liberté d’expression et de conviction, nos droits les plus fondamentaux ?

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