« I Got A Story To Tell », le documentaire qui raconte la jeunesse de Notorious B.I.G

24 ans après sa mort, le documentaire Netflix offre un éclairage précieux sur l’enfance d’un des rappeurs les plus iconiques de l’histoire. L'occasion d'y découvrir un jeune homme timide, complexé et profondément attiré par le hip-hop.

par Maxime Delcourt
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08 Mars 2021, 11:31am

L'histoire de Christopher Wallace est de celles dont l'Amérique raffole. Une success story comme seul le pays de l'Oncle Sam sait en fabriquer. Concrètement, celle-ci pourrait se résumer ainsi : un jeune afro-américain, bien portant et souffrant d’un léger strabisme, est élevé par sa mère dans les pires coins de Brooklyn, là où une partie de la jeunesse tente de s’en sortir en marge du système économique légal. Très vite, ce dernier se passionne pour le rap, balance ses rimes au coin de son bloc sous l’alias Mc Quest et trouve son salut grâce à un dealeur des environs, bien décidé à faire du jeune Christopher ce qu’il est supposé être : une star. 

Tout a commencé là, sur ce bout de trottoir situé entre Fulton Street et Gates Avenue, lors d’un freestyle devenu mythique. Cette performance est longuement détaillée dans I Got A Story To Tell, le documentaire Netflix consacré à ce rappeur ayant écoulé 30 millions d’albums dans le monde. On y découvre un Biggie d’avant la gloire, d’avant les Grammy Awards, d’avant les montures Versace d’avant les embrouilles qui le mèneront inévitablement à un destin funeste. On est alors en plein cœur des années 1980, à une époque où rien ne laisse penser que Biggie puisse devenir une icône du rap. Il n’a que 17 ans, vit encore chez sa mère et ne connaît personne capable de l’intégrer au sein de l’industrie. 

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L’histoire est séduisante, elle renvoie au mythe de l’American dream, et Netflix en profite pour plonger pleinement dans son enfance. Il y a ces scènes tournées en Jamaïque, aux côtés de son oncle, Dave, qui l’initie à la musique. Il y a cette importance accordée à Brooklyn, sa pauvreté, sa réalité sociale, au sein d’une période où les aides sociales ont été coupées et où le crack se popularise - on apprend ainsi grâce aux témoignages de ses anciens complices/potes comment Biggie refourguait de la dope sans que sa mère ne le sache. Il y a, enfin toutes ces séquences révélatrices : cette interview où Biggie raconte qu’il écrit des textes depuis la primaire, inspiré par les cassettes des Fat Boys et de Run-DMC achetées par sa mère ; cette comparaison entre son flow, qu’il rend particulièrement mélodique, et l’utilisation de la batterie dans le jazz, notamment chez Max Roach ; cette fois où on l’entend rapper sur un sample d’« Africa » de Toto ; cette confession de Puff Daddy, qui révèle que son ancien protégé excellait dans l’écriture de morceaux R&B ; ou encore les 10 000 dollars qu’il empochait à chaque concert, sachant qu’il en donnait parfois quatre par semaine…

I Got A Story To Tell étant produit par sa mère, Voletta Wallace, c’est précisément la relation qu’entretient Biggie avec cette dernière qui sert de fil rouge au documentaire. Il ne s’agit pas de plonger dans les coulisses des morceaux (ce qui aurait été extrêmement intéressant), mais bien de comprendre cette dualité à l’œuvre dans la personnalité de Biggie, ce jeune homme qui, tour à tour dealeur et fils à maman, ne cherche finalement qu’à rassurer sa génitrice. La réussite de l’exercice s’avère indéniable. La recherche d’images, d’archives vidéo et le travail iconographique sont fascinants. Au générique, quasiment personne ne manque à l’appel, tandis qu’un focus de cinq minutes sur « Juicy » permet de rappeler à quel point ce tube synthétise son parcours exceptionnel, de la misère à la richesse, de l’ombre à la lumière.

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