en france, les stars du football américain viennent du 93

Au stade Géo André, les Flash s'entrainent toute la semaine sous le regard avisé de leurs coachs. Nous les avons rencontré pour parler de sport, d'amour et de respect.

par Micha Barban Dangerfield
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31 Mai 2016, 9:25am

Au pied des tours de la Courneuve, celles qui tombent une à une sous le coup d'une gentrification forcée, quelques dizaines de jeunes s'entraînent au stade Géo André, casques vissés sur la tête. Sous le regard bienveillant et les cris encourageant des coachs, les casques, les épaulettes, les genouillères se heurtent et se cognent, se plaquent et butent pour former une masse mouvante. Un mouvement brutal et physique que l'on croirait presque violent. Mais il n'en est rien. Sakou, le coach le plus doux du monde, explique : " J'entraîne les filles et les garçons. La différence c'est que les filles ont besoin de comprendre. Les garçons, eux, foncent. Ce sont deux pédagogies différentes. Mais tout le monde est capable du meilleur."

Ce qu'il y a de touchant au stade Géo André c'est la cohésion, la synergie qui se forme sur le terrain et la diversité qui s'y déploie. Sous les lourds équipements, les silhouettes disparaissent et les écarts s'effacent. Il n'y a plus de genre, de classe sociale, de réussite ou d'échec. "L'esprit du football américain c'est l'entraide, la cohésion. Notre équipe est une famille. On est tous de cultures différentes, de milieux différents, d'origines différentes. C'est ça qui est formidable dans ce sport." i-D est donc parti à la rencontre des Flash de la Courneuve, pour parler de sport, de leurs rêves et de respect.

Mylène Massolin, 28 ans

Tu fais quoi ?
Je bosse dans l'informatique. Je suis au support technique, dans le suivi client. Je dépanne les utilisateurs.

Quand est-ce que tu as commencé le football américain ?
Cette année. C'était ma première saison.

Tu ressens quoi quand tu joues ?
C'est un peu mélangé... On a un petit peu d'angoisse parce qu'on sait qu'il va y avoir des plaquages, qu'on risque des blessures. Mais on est tellement contents de jouer. On se dit qu'on peut se défouler, faire des choses qu'on ne peut pas forcément faire dans d'autres sports. C'est vraiment un sport de contact, qui demande un peu de physique et aussi un peu de réflexion. Le but c'est pas de foncer tête baissée.

On a tendance à croire que c'est un sport violent, un sport de garçon...
Le côté violent oui, il faut dire ce qui est. On se prend vraiment des chocs. La balle aussi ça peut faire peur. Le côté violent il y est. Après c'est à la portée de chacun, parce qu'il y a différents postes et on peut, par rapport à sa morphologie, trouver sa place. Donc non, on n'est pas obligé d'être un garçon pour faire ce sport.

En tant que fille, pas d'appréhension ?
Non, du tout. En même temps c'est mon petit ami qui m'a fait apprécier ce sport. Il en fait depuis très longtemps. Et comme je le voyais régulièrement à ses matchs... De loin ça à l'air facile, on se dit "mais pourquoi ils font pas ci, pourquoi ils font pas ça ?!" J'ai eu l'opportunité de me mettre dedans pour voir vraiment ce que ça donne... J'avoue c'est pas facile ! Mais c'est à la portée de qui le veut.

C'est quoi le meilleur conseil que t'a donné ton coach ?
Ça dépend toujours de la situation. Mais s'il fallait choisir : "Le foot, c'est fun".

Andreas Graffin, 18 ans

Tu fais quoi ?
Je suis au lycée, en Terminale.

Pourquoi as-tu choisi ce sport ?
Je sais pas trop, ça m'a pris comme ça. J'ai vu le sport dans une série, Blue Mountain State. Et ça m'a intéressé, j'ai regardé autour et mon père m'a conseillé de venir aux Flash. Et je jouais aussi au jeu vidéo Madden, l'équivalent de Fifa pour le foot américain.

Tu ressens quoi quand t'es sur le terrain ?
Ce que j'aime, c'est que c'est un sport où il faut être à 100% tout le temps. C'est 15 secondes de jeu, et 10 secondes pour se remettre en place. On peut être à 100% tout le temps.

Pourquoi du foot américain et pas du foot, par exemple ?
J'ai toujours aimé les sports à sensations fortes.

C'est comment l'ambiance entre vous ?
C'est super. On s'entend bien, on se taquine beaucoup. Moi ils m'ont appelé Billy, parce que je suis tout fin...

C'est quoi le meilleur conseil que ton coach t'ait donné ?
Sois discipliné.

Et toi, quel conseil donnerais-tu à un jeune qui voudrait se mettre au football américain ?
Donne-toi à 100% tout le temps. C'est comme ça qu'on progresse. En se dépassant.

Riyad Yoldi, 16 ans

Tu fais quoi ?
Je suis au lycée à Charles de Foucault dans le 18ème. En seconde.

Comment as-tu découvert le football américain ?
J'ai d'abord découvert ça sur YouTube, ça m'a donné envie d'en faire. Je me suis renseigné sur les clubs français, puis j'ai entendu parler des Flash de la Courneuve, l'une des meilleures équipes de France. J'ai approfondi mes recherches et j'ai vu que c'était pas loin de chez moi...

Tu ressens quoi quand t'es sur le terrain ?
C'est beaucoup d'adrénaline. Je suis running-back, donc je dois courir avec le ballon, essayer d'esquiver quelques joueurs.

Tu joues avec des filles du coup ?
Ouais, je joue avec une fille, Thelma, elle est quarterback. On s'entend bien, elle fait partie de l'équipe. On la considère comme un membre de l'équipe, comme tous les autres.

Si tu devais décrire ce sport en trois mots ?
Physique. J'ai jamais fait des entraînements aussi physiques, mais d'un côté c'est bien. Dur. Je trouve ça dur. Et puis, rythme.

Elle est comment l'ambiance entre vous ?
On a un bon esprit d'équipe ! J'ai fait un peu de sport à droite à gauche avant ça et j'ai jamais eu une équipe aussi soudée.

Christelle Nanga, 18 ans

Tu fais quoi ?
Je fais du rugby depuis 13 ans maintenant. Et sinon je suis en école hôtelière, je passe mon bac, là.

Ça fait longtemps que tu fais du football américain ?
Deux ans. L'année dernière je jouais avec les garçons, avec les cadets, parce que j'avais pas l'âge. Cette année je joue avec des filles uniquement, j'ai été surclassée.

Qu'est-ce qui t'as donné envie de jouer ?
Je sais pas du tout, en fait. Je m'en rappelle plus. Ah si. J'ai un ami dans ma classe qui fait du foot. Il m'a dit de passer, un soir. Je suis venu regarder et notre coach Sakou - le grand recruteur des filles - est venu me voir, il m'a dit ses belles paroles et je suis tombée dedans !

Tu ressens quoi quand tu joues un match ?
C'est trop bien. On attend que ça avec les filles, parce qu'on a que cinq matchs dans l'année. On s'entraîne pendant des mois et des mois sans matchs à la clé parfois. Ça peut être frustrant. Quand on s'entraîne un mois sans cesse, dès qu'on arrive sur le terrain on lâche tout. On a des papillons dans le ventre la veille, on n'arrive pas à dormir !

Et l'année dernière tu jouais avec les garçons ?
Ouais, et avec Thelma, que j'ai un peu abandonné du coup ! Mais elle me rejoint l'année prochaine normalement.

C'était comment de jouer dans une équipe mixte ?
C'était mieux. Au début c'était compliqué, parce que les garçons ont peur de te faire mal quand t'es nouvelle. Mais à la fin tout le monde passait contre moi. Ils ont vu qu'il n'y avait pas de différence. Quand je mettais mon casque je faisais partie de l'équipe, ils me considéraient comme un des leurs. Les garçons sont un peu plus dans le rêve américain, ça crie de partout, ça chambre ! Les filles sont un peu plus timides. Au fur et à mesure je pense qu'elles finiront par se comporter comme les garçons. Mais pour l'instant c'est pas trop ça, donc je préfère l'ambiance des garçons, moins réservée.

C'est quoi le meilleur conseil que ton coach t'ait donné ?
Alors c'était un truc genre : "Si tu lâches une fois tu lâcheras tout le temps."

C'est quoi ton rêve ?
J'en ai deux. D'abord être à la tête d'un grand restaurant en tant que chef pâtissière à l'assiette. Le deuxième, c'est d'un jour pourquoi pas faire partie de l'équipe de France de football américain féminin. J'en rêvais pas trop, mais plus ça va plus ça me plaît. C'est énorme. Et je vois que les mecs en Équipe de France voyagent beaucoup. C'est cool.

Jalel Aouichi, 19 ans

Tu fais quoi ?
Je suis à la fac en Chimie-biologie.

Tu as commencé quand le football ?
J'ai commencé en Minimes-2, donc quand j'avais 14 ans. L'âge minimum pour commencer.

Tu ressens quoi quand t'es sur le terrain ?
Au début le foot pour moi c'était un délire, un sport. Et avec la cohésion du groupe et tout ce que ça apporte en même temps, c'est devenu un peu plus. On est tous soudés, on est une famille. On fait plein de trucs ensemble. Et puis les compétitions c'est intense, ça crée des liens.

Si tu devais décrire ton sport en trois mots...
Intense. Force. Solidarité.

C'est quoi le meilleur conseil que ton coach t'ait donné ?
"La place du con c'est la deuxième place."

Thelma Gies, 16 ans

Tu fais quoi ?
Je suis au lycée, en second

C'est quoi ta position ?
Je suis quarterback chez les Cadets.

Tu as commencé quand le foot américain ?
Il y a quatre ans. J'ai pas commencé en équipé parce que j'étais trop jeune. Du coup j'ai commencé en "flag". C'est un équipement différent où à la place des plaquages on doit tirer une sorte de fil attaché à nous sur le côté. Comme j'ai beaucoup aimé j'ai voulu essayer équipée. Et depuis c'est ma passion.

Tu ressens quoi quand t'es sur le terrain ?
J'ai l'impression d'être une autre personne. Je suis bien, je ne pense plus à rien, j'ai plus de problèmes, je suis avec mon équipe, avec ma famille, même. Je fais mon sport, je donne tout et c'est génial.

Ça se passe comment avec les garçons ?
Plutôt bien ! Ils me respectent, y a pas de problème. Je suis parfois un peu seule. Mais sinon ils m'ont intégré, sans faire de différence.

Si tu devais résumer ce sport en trois mots...
Extraordinaire. Pas dans le sens "waouh", mais vraiment dans le sens "pas ordinaire". Ensuite, universel. Que tu sois petit, grand, fille, garçon, de telle ou telle religion, on s'en fout. On t'accepte sur le terrain. Tu mets ton équipement, tu mets ton casque : tu fais partie de la famille. Et pour finir je dirais addictif. Quand on commence, impossible de s'arrêter.

C'est quoi le meilleur conseil que ton coach t'ai donné ?
Ne pas stresser, croire en moi. J'ai du potentiel et je dois croire en moi, y aller à fond, avec le sourire et donner tout ce qu'on peut. Sur le terrain comme dans la vie.

Jean-Alphonse Edris, 19 ans

Tu fais quoi ?
Je suis étudiant.

Tu joues au football américain depuis combien de temps ?
6-7 ans. J'ai toujours joué ici, aux Flash de la Courneuve.

Qu'est-ce que tu ressens quand t'es sur le terrain ?
Beaucoup de choses ! On oublie tout l'extérieur. Il n'y a plus que le terrain, le jeu. C'est une échappatoire.

Si tu devais me décrire ce sport en trois mots...
Famille. Intensité. Dépassement de soi.

C'est quoi le meilleur conseil que t'a donné ton coach ?
Il y en a tellement ! De jamais se laisser abattre. On est tous des humains. Ne jamais se laisser dominer parce que c'est un humain qui est en face de toi aussi.

Vous vous entendez tous bien dans l'équipe ?
En dehors, dans la vie on est tous potes. Après sur le terrain, attaque/défense... voilà quoi. Mais autrement on est une famille. On est tous frères.

Si tu avais un conseil à donner à quelqu'un qui veut commencer le football américain ?
De ne pas avoir peur. Peu importe si tu es gros, maigre, petit, grand. On a tous notre place.

Credits


Photographie : Roddy Bow

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