yng meow, la chanteuse que le rnb français attendait

Yng Meow, jeune rappeuse proche d'un des meilleurs groupes de rap français, MZ, oscille entre prods de r'n'b oldschool mirobolantes et hip hop très énervé. Cette Aaliyah made in Saint-Ouen encore underground a des rêves plein la tête et des choses à...

par Violaine Schütz
|
20 Avril 2016, 5:05pm

Fin mars, nous allions écouter live le trio soul King, adulé par Prince, dans un rade de Château d'Eau, nommée les Étoiles. Joseph Mount de Metronomy était dans la salle et il semblait apprécier, comme nous, ce qu'il entendait. Il s'agissait de la première partie, la jeune Maeva Rilcy aka YNG Meow. Une révélation. Des sapes oversized, des textes en français à la rage sincère, d'autres en anglais dans un flow plus calme tendance r'n'b 90's, un flow toujours impeccable, ce jeune canon de 20 ans sait hypnotiser son auditoire. Après deux featurings pour MZ, son timbre suave explose dans des prods postées sur Soundcloud sous le pseudo AK47Meow. Maeva enchaîne depuis les lives viscéraux, travaille sur un premier EP et sera en concert le 22 avril à la soirée Vice. Ne la ratez pas : cet AK47 dans un gant de velours frappe fort où ça fait du bien.

Qui es-tu Maeva ?
J'ai 20 ans et j'habite à Saint-Ouen. J'ai un boulot dans le street-wear aux Halles. Je ne dis pas où sinon on va me demander des réductions. Mais je peux avouer que je suis passionnée par les sneakers, par contre. Donc c'est pas mal comme travail, et puis ça me permet de financer mes prods.

Quand as-tu commencé à chanter ?
Enfant, dans la salle de bain. Mon père est saxophoniste de jazz et de musiques du monde, notamment marocaine. Je me souviens de l'avoir vu jouer un soir sur une grande scène, comme l'Olympia, petite. J'étais tellement fière. A 8 ans j'ai débuté le piano, puis j'ai arrêté pour suivre un an de cours de droit. Ma prof m'a engueulé quand j'ai lâché cet instrument. Au bout d'un an de droit, des choses difficiles se sont passées dans ma vie et m'ont poussé à faire un choix : j'ai décidé d'abandonner mes études pour me consacrer entièrement au son. Je ne voulais plus réaliser des choses pour faire plaisir aux autres. Les études, je pourrais les reprendre plus tard. Mais je ne veux pas avoir à regretter de ne pas avoir tenté ma chance.

Et la prod, c'est venu comment ?
J'ai commencé à composer enfant, au piano puis à la guitare offerte par mon père. J'essayais de recréer à l'oreille ce que j'aimais. Je n'y arrivais pas, c'était trop dur, donc ça a donné mes propres morceaux.

Quelles sont tes influences ?
Mon grand frère, Rico Staff, qui fait du rap avec des influences tropicales et dancehall. Je me souviens que plus jeune, j'adorais le morceau qu'écoutait ma mère de Teri Moïse, Les poèmes de Michelle. Le fait qu'elle chante en français quelque chose d'assez doux et poétique, qui contrastait avec le son hip hop plus rageur que j'écoutais, m'a marqué. Sinon Erykah Badu et Aaliyah sont mes héroïnes. Aaliyah m'a influencé au niveau du flow, mais pas seulement. J'aime aussi son discours : "Si tu ne réussis pas du premier coup, secoue-toi et essaie encore". Et son image m'inspire. Elle a montré qu'une femme pouvait être féminine sans s'habiller trop dénudée, mais en portant des fringues larges, comme les mecs. Elle disait à ce propos : "J'aime avoir l'air sexy, mais pas trop sexy. Je ne porte pas des vêtements qui sont ridiculement courts. Je pense que c'est ton talent qui doit parler pour toi, pas ton look trop révélateur."

Et comment décrirais-tu ton style personnel ?
Un mélange de pièces street-wear oversize avec des éléments plus féminins. Moitié fille, moitié garçon. Si je mets un crop top, alors ce sera avec un bas de jogging. Je suis aussi inspirée par ma mère, qui s'en foutait que les gens trouvent une fringue moche et qui lançait des micro tendances en les portant. J'aime les grosses marques street mais mixées à de plus petits créateurs de survêtements que je découvre sur Internet. Comme Dimepiece de L.A et OnePiece qui fait de super ensembles en molleton pour femmes. J'aime bien avoir des choses que tout le monde n'a pas. Et je suis super contente car des marques m'ont approché pour que je porte leurs sapes.

Est-ce que tu as de l'admiration pour des superstars comme Beyoncé et Rihanna ?
Qu'on n'aime ou pas musicalement ce qu'elles font, leur parcours force le respect. Ce qu'elles ont accompli est énorme. Personnellement, je préfère le son de Beyoncé, et le clip politique de Formation est vraiment très fort. Mais le dernier album de Rihanna m'a impressionné. Elle s'est complètement remise en question pour chanter de manière très différente - et plus émouvante, posée - et puiser dans plusieurs genres, sur des prods assez mélancoliques. On ne le dit pas assez, mais son timbre reste incroyable.

Tu as chanté sur deux morceaux de MZ, notamment leur single Eve. Qui apprécies-tu dans le rap français ?
Je suis plus hip hop américain. Avec MZ, ça s'est fait par hasard. Une amie leur a fait écouter mon Soundcloud. Ils avaient déjà une chanteuse, mais ont aimé ma voix. Concernant la scène actuelle, je ne suis pas trop vocoder, car je n'aime pas tromper mon auditoire en live. Mais je reconnais le talent de PNL et Nekfeu. Sinon il y a beaucoup de mecs moins connus dont j'adore les prods, comme Jorrdee avec qui j'ai travaillé sur mon morceau Tropical Juice ou Ambitiou$ avec qui j'ai aussi bossé.

AK47Meow, ton pseudo sur Instagram et Soundcloud mélange un côté belliqueux et la douceur, c'est comme ça que tu décrirais ton son ?
C'est tout à fait ça. Je ne peux pas ignorer la violence du monde qui nous entoure, le fait qu'il faut se battre pour s'en sortir. D'où le choix du rap. En même temps, j'ai un côté plus mélodique qui vient de mes influences r'n'b années 90. Je décris souvent ma musique comme un cocktail dont tu peux choisir les fruits.

Entre les taux de chômage élevés et la révolte traduite par le mouvement Nuit Debout ...être jeune en France c'est compliqué, non ?
Je crois que c'est à cause de tout ce qui se passe autour de moi que j'ai essayé de créer mon propre univers. A travers mes compos, je tente d'imaginer, à ma mesure, un autre monde, moins difficile. Mais mon père m'engueule si je ne regarde pas les infos. Alors je suis ce qu'il se passe, je ne m'enferme pas dans ma bulle.

Que racontes-tu dans tes morceaux ?
Je ne mens jamais. Je ne vais pas raconter que je suis dans ma benz avec mes "pinecos" alors que je galère en RER. Je parle de ma vie ou d'histoires qui sont arrivées à des copines; Le thème que j'aborde le moins, c'est l'amour. Je préfère régler mes comptes en chanson. Du style : "Ils m'ont dit qu'avec mes textes en anglais, je ne ferais rien ici." Je ne dirai pas à qui c'était destiné.

On a assisté il y a peu à la montée du FN et à de violents amalgames suite aux attentats, trouves-tu qu'on vit dans un pays raciste ?
Là on le voit plus, mais l'amalgame entre arabes et terroristes a toujours été là, hélas. Il ne faut pas faire comme si de rien n'était. Je suis d'origine antillaise, mes deux parents viennent de la Guadeloupe et sont venus en France pour faire leurs études. Je n'ai été que dans des lycées privés à Paris où c'était difficile et un internat sport-étude en Normandie. Le premier jour où j'ai débarqué là-bas, j'ai entendu murmurer : "il y a vraiment trop de noirs ici." Ma mère me dit de me calmer, de ne pas faire de généralités, mais ça me blesse. D'où le côté un peu AK47 que j'ai développé pour m'endurcir.

Le milieu du hip hop est-il aussi macho qu'on le prétend ?
Oui, mais il n'a pas intérêt à l'être avec moi. Sinon ils vont avoir des problèmes avec mon frère (rires). Homme ou femme, il ne doit pas y avoir de différence. C'est le talent qui doit primer. Si je dois défendre une cause demain, alors ce sera celle des filles.

En concert le 22 avril à la soirée Vice, Vous nous avez manqué

Credits


Texte : Violaine Schütz
Photo : Instagram Yng Meow @ak47meow