vous allez beaucoup aimer halsey, la nouvelle tête brûlée de la pop américaine

i-D a rencontré la jeune chanteuse lors du défilé Chanel, en front row bien évidemment.

par Tess Lochanski
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10 Mars 2016, 4:05pm

Halsey s'appelle en fait Ashley Nicolette Frangipane. Faut avouer qu'en français, le nom de la pop star la plus cool du moment fait son petit effet. Comme Lorde ou Lana Del Rey avant elle, Halsey incarne une autre Amérique pop. Celle des stars nées sur le web qui ont su imposer leur ton et leur anticonformisme dans une industrie de control freaks. Dans son tube New Americana qui l'a instantanément érigée en porte-drapeau générationnel, elle évoque son Amérique à elle, "défoncée à la marijuana légale, élevée par Biggie et Nirvana". Ses prises de position progressistes l'ont rapidement consacrée star des réseaux sociaux (1,2 millions sur son Twitter "bernie sanders fan" et 2 millions sur Instagram) mais pas seulement. À 21 ans, Halsey a déjà vendu plus d'un million d'exemplaires de son premier album Badlands. Et elle n'est pas prête de s'arrêter. Nous avons rencontré la grande fan de Gabrielle Chanel lors du dernier défilé de la maison pour parler de la France et des Etats-Unis, de pop et de politique.

Tu as aimé le défilé ?
Oh oui j'ai adoré. C'est un honneur pour moi d'être ici.J'ai toujours été très attachée à tout ce qui est parisien, tout ce qui est français. Depuis que je suis gamine, Paris a toujours été un rêve un peu cliché. Alors être à Paris au défilé Chanel, c'est un rêve d'enfant.  

Tu parles français ?
Un petit peu. Mais je suis trop nerveuse là, ne me faites pas parler français ! Je suis tellement stressée ici que je n'y arrive pas. Et c'est marrant, parfois, quand des gens viennent me parler en français, je bloque tellement que je m'en vais sans rien dire, même si je sais exactement ce que j'aurais pu répondre.

Tu ne te sens pas américaine ?
Dans un sens, non. Quand je viens à Paris, tout le monde accepte si facilement ce que je suis, ma façon d'être et de vivre. C'est quelque chose de très parisien, cette idée de se laisser aller à ses désirs. J'adore. Et puis au-delà de ça, c'est un endroit incroyablement beau. Je pense que la France possède une culture singulière que ce soit dans la musique ou dans l'art. La France est l'épicentre d'un tas de recherches et de démarches artistiques. Tout bon style musical commence ici. La mode commence ici. Tout commence ici. Alors, venir ici et être acceptée par des gens de l'avant-garde, ça me fait énormément plaisir. C'est comme si les cool kids de ton école venaient te voir pour te dire que t'es cool. C'est super.

En France on a longtemps pensé que les cool kids étaient forcément anglais...
Non, non. Tu pourras retranscrire ce que je vais te dire : les Français sont infiniment plus cool que les Anglais !

Ton succès est arrivé très vite aux États-Unis. Comment tu as géré ça ?
Ça a d'abord été assez lourd. Et ça m'a poussée à me poser beaucoup de questions. Un jour tu te réveilles et tu te demandes "pourquoi moi ?" Alors tu commences à tout sur-analyser, à faire un travail d'introspection, à scruter tout ce que tu fais parce que tu te demandes "qu'est-ce qui fait que ça marche ?" T'as absolument pas envie que ça s'arrête. Tu essayes de comprendre ce que tu as pu faire pour mettre en valeur ton boulot, pour pouvoir le refaire. Le problème, c'est que quand tu commences à tout analyser pour comprendre comment tu es devenu connu, tu finis par perdre ce qui t'a rendu célèbre.

Est-ce que tu avais espéré un tel succès ?
Au tout début, je pense que je voyais le succès comme un objectif, un endroit où aller. Maintenant je commence à comprendre que c'est davantage un état d'esprit. Parce qu'en commençant à avoir du succès, tu te rends vite compte que tu n'en auras jamais assez. Il deviendra une poursuite éternelle. C'est plus gratifiant de considérer le succès comme un état d'esprit que comme une destination, une finalité. Mais la poursuite du succès, c'est aussi la raison qui te pousse à créer, à évoluer et à t'améliorer. Moi, je veux juste jouer à la mi-temps du Superbowl ! Je déconne...

Tu as quel âge ?
21 ans.

Donc tu as grandi avec Internet. Ça t'a aidé à développer tes goûts ?
Je pense que je dois toute ma carrière à Internet, cette plate-forme où des gosses peuvent affuter leurs goûts, dans tous les domaines. Par exemple, en ce moment il y a des gosses de 16 ans sur leurs ordinateurs portables en train de mater le défilé Chanel et qui tentent de déchiffrer ce que les gens portent comme vêtements pour se mettre au goût du jour. Ils apprécient la mode comme un art plutôt qu'un simple objet de consommation. Quand j'avais 16 ans, je ne connaissais rien à la mode, à l'art qui s'y rapporte, aux règles qui s'y appliquent et à l'énergie de cet écosystème. Ces gosses-là s'intéressent à tout ce que la mode implique. En ce qui me concerne, quand j'ai commencé, ma musique était disponible sur Spotify et sur Pandora, des plate-formes où les jeunes peuvent découvrir par eux-mêmes, décider d'eux-mêmes ce qu'ils aiment et définir leurs goûts. Et c'est marrant, comme ça rejoint la mode, parce que quand tu découvres quelque chose par toi-même, que tu en fais quelque chose que tu aimes, ça devient une tendance. C'est pareil pour la musique. Les gens découvrent quelque chose qui leur plaît, qu'ils sont fiers d'aimer et ça devient une mode.

Tu es très présente sur les réseaux sociaux. Tu mets ta personnalité en avant, ton engagement politique parfois aussi. Tu penses qu'une pop star doit être engagée politiquement ?
Je pense que ce serait mieux pour moi si je ne l'étais pas, mais c'est trop tard, il a fallu que j'ouvre ma p***** grande bouche ! Je pense que j'ai la responsabilité de défendre ce en quoi je crois. Parce qu'il y a beaucoup de personnes qui vont se plaindre pour ne rien faire de concret derrière. Et je pense que si je suis en mesure de faire bouger les lignes, je dois le faire. Je n'avais jamais été en Espagne et quand j'ai joué à Barcelone hier, il y avait une centaine de jeunes spectateurs dans les premiers rangs avec des pancartes "votez Bernie Sanders". Et pourtant, ils ne vivent même pas aux États-Unis. Ils n'y votent pas ! Je me suis toujours dit que si je devais parler politique, il faudrait que ce soit sur des sujets d'actualité, des sujets polémiques. Mais attention, je ne veux absolument pas que mes fans aient la même opinion que moi. Je veux simplement qu'ils aient une opinion. Qu'ils se renseignent et s'instruisent pour la formuler.

Tu as déclaré que tu étais "tribi". Métisse (bi-racial), bisexuelle, bipolaire...
C'était une mauvaise citation, c'est le New York Times qui a utilisé ce terme et qui m'a appelé comme ça ! Et c'était assez gênant pour moi, parce que c'était une manière assez triviale de me réduire à des choses aliénantes pour moi. C'est même devenu un hashtag! J'ai galéré en grandissant pour me faire accepter par une communauté, comme je paraissais blanche alors que mon père est noir. Je suis bisexuelle, quelque chose que bon nombre de personnes considèrent comme une simple phase à ne pas prendre au sérieux. Et je suis bipolaire, c'est une maladie mentale. Donc il y a des moments où les choses sont plus compliquées pour moi que pour d'autres. Ce sont des choses complexes qui ne peuvent pas être réduites à un hashtag.

Tu penses que ta voix est importante?
Je pense que c'est important de parler de tout ça. Quand j'ai commencé à en parler, je ne me rendais pas compte de l'importance que ça pouvait avoir. J'ai parlé de bipolarité et d'un coup la toile s'est agitée, tout le monde s'est enflammé à parler de maladie mentale. Donc j'ai pris un peu de recul, je ne pensais pas que c'était un sujet tabou. On m'a fait comprendre que si. Et d'une certaine manière, je pense qu'au début de ma carrière, ma naïveté m'a protégée. Ça m'a pourvu d'une personnalité franche, honnête et authentique. Je n'ai plus à changer pour être comme ça, j'ai juste à être moi-même. Je pense que si j'avais caché ce que je suis pendant longtemps et que j'avais décidé de parler de tout ça d'un coup, ça aurait été assez compliqué à gérer pour mes fans. Maintenant ils s'attendent juste à ce que je sois vraie.

Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter pour 2016 ?
Alors, je suis au premier rang du défilé Chanel, je porte la collection Métiers d'Art Paris à Rome, j'ai joué à la soirée organisée par Chanel au Moma en l'honneur de Cate Blanchett,  je vais monter sur scène au Madison Square Garden de New York, je voyage dans le monde entier. Je ne vois pas trop ce qu'il pourrait m'arriver d'encore mieux. Mais si vous avez une idée, je suis ouverte aux suggestions.

Qu'est-ce qu'on peut souhaiter dans le monde, en 2016 ?
Que Donald Trump ne soit pas élu président des États-Unis. Que les gens continuent de pardonner ceux qui ne comprennent pas les choses à la même vitesse qu'eux. Si les gens ne font pas attention à être bienveillants, personne n'aura jamais le courage d'admettre ses torts. 

Credits


Texte : Tess Lochanski
Photographie : Christoph Wohlfahrt 
Halsey porte une robe Chanel de la collection Métiers d'Art Paris à Rome 2015/2016

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