la pop de juliette armanet célèbre l'amour en français

i-D a rencontré la chanteuse française quelques minutes avant qu'elle monte sur la scène de Stage of the Art et Converse, dans les jardins suspendus de la Villa Noailles au festival d'Hyères.

par i-D Staff
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02 Mai 2016, 3:25pm

C'était à Hyères, il y a un peu plus d'une semaine. Entre les lauriers roses et le bleu du ciel, sur un jardin en suspension, Juliette Armanet s'est posée derrière son piano fétiche, pour fredonner des mots d'amour à la foule. Chanteuse, compositrice, Juliette prend la langue française pour ce qu'elle est : un ensemble de mots très beaux et un peu tordus, qui disent plein de choses à la fois et avec lesquels on peut jouer jusqu'à épuisement. Amoureuse de Chopin et de Christophe en même temps, Juliette Armanet a choisi de ne surtout pas choisir ; son répertoire oscille entre une pop pastel et des synthés mélodramatiques. Rencontre avec une fille bien dans ses baskets, quelques minutes avant qu'elle ne monte sur la scène de Stage of the Art et Converse au Festival International de la Mode et de la Photographie d'Hyères.

Parle-nous de ton éducation musicale. Tu as grandi avec un père jazzman et une mère pianiste…
Un piano toujours, a trôné dans le salon. La grande bête noire, la star de notre intérieur. Tout le monde s'y asseyait sans complexe, sans horaire. Et ça jouait, ça jouait, sans cesse. Du classique, du jazz, des mélodies en tous genres. J'ai grandi dans la musique, d'une manière complètement naturelle, libre et joyeuse. C'était franchement sympa quand j'y repense.

Tu as commencé à écrire à l'adolescence. Dans tes textes tu parles d'amour et de solitude. Tu penses l'être restée un peu, adolescente ?
Les premiers émois amoureux m'ont indéniablement donné envie d'écrire, de chanter, de pleurer des larmes de croco sur l'ivoire du piano. Tomber amoureux pour la première fois, c'est tout de même fou, on découvre une émotion jusqu'ici complètement inconnue, comme on pourrait découvrir un goût, une couleur, ou un son. C'est tellement nouveau, tellement déroutant. Mais bon, j'ai un peu l'impression que lorsqu'on parle d'amour on a toujours un peu l'air d'un ado, non ? Sans doute, oui, le cuir fragile de l'adolescence ne m'a jamais vraiment quittée. Mais j'ai envie de croire que c'est pour le mieux. Il me va encore un peu malgré ma Carte Vermeil.

Tu écris et chantes en français, ça a toujours été une évidence pour toi ?
Évidemment, comme chanterait France. Evidence, totale, je n'y ai même pas réfléchi. C'est toujours venu comme ça. J'adore cette langue, elle est difficile, elle sonne pas toujours bien. Mais l'idée de travailler les mots, de les faire jouer ensemble, de les détourner, de les déguiser, ça, je ne pouvais le faire qu'en français dans le texte de toute manière. Du coup, quand je mets des mots anglais dans mes chansons, ils sonnent frenchy, j'aime bien, c'est un peu ringard. J'aime aussi l'italien, mais ça, c'est plus pour des ballades un peu érotiques et c'est très rare. Non, français for ever, oui.

Il se passe un truc dans la pop française en ce moment, tu ne penses pas ? Beaucoup d'artistes approchent la langue française avec moins de complexe…
Oui, c'est vrai. Il était temps, non ? On a été un peu paralysés par nos idoles, sans doute, il fallait oser s'y recoller. Ça y est, c'est une nouvelle génération qui se décomplexe, qui reprend sa plume, c'est exaltant. Mais c'est vrai qu'il y a eu un passage où chanter en français était vraiment un truc tabou, presque un truc honteux. Le vent a tourné. Personnellement, je n'ai pas changé de cap, je suis toujours restée debout sur mon voilier Larousse.

Comment opères-tu cette fusion entre un répertoire piano et un autre beaucoup plus électro ?
Mon allié, c'est le piano, c'est avec lui que je passe le plus clair de mon temps depuis un bon moment. Donc, il était impossible d'imaginer m'en séparer. C'est clairement le noyau dur de mon boulot. Ceci dit, je ressens depuis longtemps l'envie de choses plus pop, plus enlevées. Du coup, je me mets maintenant autant devant mon piano que devant d'autres claviers ou ordinateurs. Et les textures de son m'inspirent des choses très différentes. Ça donne naissance à ce mélange, décomplexé, entre des énergies assez diverses : certaines mélodies, mélancoliques, classiques, et d'autres beaucoup plus pop, plus dansantes, plus viriles. De toute façon, le mot d'ordre, c'est de ne surtout pas se brimer, de rester inspirée par tout ce qui me tombe sous la main.

Si tu devais choisir deux références, une pop et une autre beaucoup plus classique, ce serait quoi ?
Christophe : L'animal pop qui me fait rire, qui me "play" plus que tout au monde. Le sens absolu du kitsch marié à une sincérité archi déroutante… Une voix irremplaçable, des sons uniques. Bref, une griffe qui a bouleversé la chanson française et que j'écoute religieusement, inlassablement. Chopin: la mélodie à l'état pur. Et pour le coup, la mélodie pop. Gainsbourg l'avait bien pigé. Grand faiseur de tubes ce Chopin. Fauré aussi me touche beaucoup. Je me demande si Chopin et Christophe auraient eu des choses à se dire d'ailleurs.

Quels sont les groupes français que tu écoutes en ce moment ?
J'écoute pas mal de trucs différents…je n'ai aucun tabou, si un truc me parle, j'y vais sans réfléchir. Je découvre le tout nouvel album de Christophe et je dois dire que la chanson, "Océan d'Amour" m'a saisie immédiatement. L'album de Katerine aussi. Sinon, Mansfield TYA ("Gilbert de Clerc", quelle chanson, noble, chevaleresque, originale), Fishbach et j'aime beaucoup la dernière chanson de Paradis, "Toi et Moi". J'écoute aussi la reprise de "Pendant que les champs brulent " de Flavien Berger, il a déniché une trouvaille harmonique géniale, et il m'a fait complètement redécouvrir les paroles de cette chanson. Et puis je mets "Sonate Pacifique" de l'Impératrice quand il fait beau, ça souffle un vent chaud de Californie qui ne me déplait pas. Nicolas Michaux, "À la vie, à la mort", un titre tendre, faussement désuet. Et Oklou, "Defeat", qui me rappelle les années collège, le son années 1990, la mélancolie urbaine, un peu désespérée…enfin, des trucs, quoi.

Tu joues aujourd'hui dans le cadre du festival d'Hyères. Que représente ce festival pour toi ?
À vrai dire, je ne sais pas vraiment. Quelque chose d'assez mystérieux, verres à cocktail, talons aiguilles, piscine azur, petits chiens blancs cassés, clichés glacés, mousselines pailletées. Non, sincèrement, je ne sais trop. C'est le genre de grands rendez-vous chics-chocs qui m'effraient toujours un peu. J'y vais sans trop m'interroger. Ceci dit, la Villa Noailles m'intrigue beaucoup, ce lieu, son histoire, les gens qui l'ont traversé. Je suis en tous cas, assez honorée d'y jouer, j'espère juste que mon piano ne va pas faire une syncope devant tous ces jolis minois.

Tu es sur le point de sortir un album. Comment te sens-tu ?
Peur/Joie/Peur/Joie. Giboulées émotionnelles. Neige et soleil, quoi. Mais contente que les choses commencent à vivre hors de mon cercle de travail et de mes proches.

Qu'est ce que tu souhaites au monde en 2016 ?
Du beau, du bon, du bien. Le bon vieux trio platonicien. Indémodable.

Credits


Photographie : Theo Mercier et Erwan Fichou
Photo live : Andréa Montano

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