5 questions à viktor & rolf

À l'occasion du lancement de leur dernier parfum, Flowerbomb Bloom, i-D a retrouvé le duo de créateurs néerlandais pour parler d'art, de mode et de la nécessité d'être heureux au travail.

par i-D Staff
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10 Mars 2017, 3:40pm

Depuis qu'ils se sont affranchis du circuit de prêt-à-porter en 2015, les deux créateurs de Viktor & Rolf déploient leur vision de la féminité dans l'univers de la haute couture et celui plus immatériel du parfum. Cérébrale sans être pompeuse, leur esthétique réemprunte depuis quelques saisons aux collections d'hier et propose de redéfinir les contours de l'histoire de la mode. À l'occasion du lancement de leur dernière création olfactive, Flowerbomb Bloom - un écrin de notes florales et aériennes - i-D a rencontré le duo d'artistes-créateurs néerlandais pour fêter leur vision des femmes et leur art de conceptualiser la mode.

Quelle vision de la féminité déployez-vous à travers vos collections et vos univers olfactifs ? Est-ce la même ?
Flowerbomb la résume assez bien. Que ce soit à travers nos parfums, nos expositions ou nos collections, nous déployons un même univers qui fait s'embrasser les contraires. La délicatesse de la fleur et la dangerosité d'une bombe. Mis côte à côte, ils créent une tension qui incarne, selon nous, la féminité. Romantique, douce, en même temps qu'elle est agressive et puissante. Disons qu'elle n'est pas monocorde. Elle est plurielle et complexe.

Vous avez arrêté le prêt-à-porter en 2015 pour vous consacrer à la haute-couture et la parfumerie. Qu'est-ce qui a dicté votre choix ?
C'était une démarche personnelle, une envie et un besoin de créer des pièces qui ont une conscience, une résonance et un sens. C'était plus difficile de le faire dans le prêt-à-porter, puisqu'on le faisait essentiellement au sein d'un système qui ne nous rendait pas heureux. On a donc choisi de nous concentrer sur ce qui nous tient vraiment à cœur, c'est-à-dire, la haute couture. Sans doute y'a-t-il un aspect politique dans notre démarche puisque nous avons renoncé à un certain degré de consumérisme et opté pour un regard divergent.

Vos deux dernières collections haute-couture présentaient des silhouettes réalisées à partir de pièces anciennes. Est-ce une démarche engagée, politique pour vous ?
L'idée maitresse de ces collections était de puiser dans nos archives pour recréer de nouvelles silhouettes. Pour cette saison, nous avons tenté de mener une réflexion sur l'histoire de la mode du 20ème siècle et son héritage. Ce sont des pièces vintage réinjectées dans des robes de soirée. C'est une conversation entre les époques et chaque robe se fait l'écho d'une multitude de périodes.

À l'occasion des 24 ans de Viktor&Rolf, une grande exposition intitulée Viktor & Rolf : Fashion Artists vous était consacrée. Vous considérez-vous comme des artistes ou des créateurs ?
Les gens que nous rencontrons ne cessent de nous demander en voyant nos créations : « C'est de l'art ou de la mode ? » et nous répondons toujours : « les deux ». Nous nous considérons comme des artistes-créateurs.

Si vous ne deviez retenir qu'un défilé ou une collection de votre carrière, lequel ou laquelle choisiriez-vous ?
C'est une question terrible qui revient à nous demander de choisir entre l'un de nos enfants ! Mais s'il fallait absolument en garder une, ce serait probablement celle de 1993. La première qu'on a faite ensemble. En y regardant de près, tout ce que tous les fondements de notre vision sont déjà ancrés dans cette collection : les formes sculpturales, les superpositions, le recyclage, la distorsion des silhouettes. C'est là que tout a commencé. 

Credits


Photographie : Anuschka Blommers & Niels Schumm

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