bandes à part : courrèges

Toutes les semaines, i-D vous présente un jeune créateur entouré de sa « bande ». Y/Project, Courrèges, Paco Rabanne, Léa Peckre, Etudes, Koché et Wanda Nylon : tous ont joué le jeu et sont venus accompagnés de leur bande de cœur – parfois collègues...

par Tess Lochanski
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06 Janvier 2017, 1:55pm

Arnaud et Sébastien sont tombés amoureux à l'école (de mode, quoi d'autre ?). Là-bas, ils ont rencontré Emilie, « à la fête de noël ! » Ils sont tout de suite devenus amis. Avec Lolita, ça s'est fait « via des amis en commun, après un concert au Bus Palladium ». Quant à Mona, c'était « au Café de Flore, je leur racontais que je m'entrainais au foot pour un rôle, ça les a fait marrer. » Lois, c'était « un coup de cœur » sur leur dernier défilé. Ensemble ils aiment bien prendre des verres en terrasse. Ils adorent danser aussi - beaucoup, longtemps et souvent. Dans le monde d'Arnaud et Sébastien, les filles ont les cheveux longs, les joues roses et les yeux farceurs. Elles mettent probablement la main devant leur bouche quand elles rient trop fort mais sont toujours partantes pour faire le mur. Elles n'aiment pas trop les talons ou le maquillage et leur armoire est bourrée de mini-jupes trapèzes. On ne sait pas si ce monde existe vraiment. D'ailleurs, personne ne tient à connaître la vérité. Parce que, depuis les années 1960, tout le monde rêve d'y vivre et d'y mourir, dans ce monde.

« Leur travail est aussi intelligent que stimulant. J'adore le Courrèges des années 1960, je suis contente de les voir orchestrer cette renaissance.» Lois

Écouter et observer la bande de Courrèges, c'est caresser la mythologie des jeunes filles pas si rangées, de Diabolo Menthe à Virgin Suicides. « On avait envie de rassembler des filles qui nous inspirent. Elles sont toutes différentes, ont des personnalités bien précises. Il y a une actrice, une styliste, une designer, une artiste. Et puis aussi, on avait envie d'être avec nos copines. » résume Arnaud, enjoué. Quand Sébastien et Arnaud s'expriment, tout semble facile et joyeux. Comme si chaque chose - aussi subtile et complexe soit-elle - était l'aboutissement d'une spontanéité, portée par un optimisme profond. « C'est drôle parce que l'optimisme était un mot très important du vocabulaire Courrèges, se rappelle Sébastien. Quand on est arrivés, on l'a un peu rejeté, on ne savait pas trop quoi en faire. En fait, au fur et à mesure, on se rend compte qu'on en a besoin. Plus que jamais avec les temps que l'on traverse. » 

« Arnaud est spontané, Sébastien est malicieux. A deux ils sont généreux comme personne et toujours partants! » Emilie

À deux, un sourire sur les lèvres, leurs copines sous le bras, Arnaud et Sébastien tracent l'avenir de Courrèges. La mythologie sixites est là, claire, présente, limpide - presque sans faire exprès. Et l'innovation jamais bien loin. «Dans les grandes maisons, les schémas sont encore très vieux. C'est très dur d'y échapper. Avec Courrèges on est obligés d'innover ou au moins de chercher. Tout le temps. Comment montrer, produire, construire les choses différemment ? Tous les jours, on réfléchit, on imagine aussi fort qu'on peut pour justement, tenter de faire autrement. » analyse Sébastien. À la tête de la direction artistique de la maison depuis un an et demi, ils essaient chaque jour et chaque saison d'inventer leur propre langage. Sans jamais se prendre trop au sérieux. Surtout pas.

« Leur travail chez Courrèges est un constant désir d'innovation, de nouveauté. Ils sont concernés par demain.» Lolita

« On fait juste des vêtements » avouent à quelques jours d'intervalle les deux créateurs. « Quand on créé un vêtement, développe Sébastien, arrive fatalement un moment où il ne nous appartient plus. Nous ne sommes pas des créateurs qui imposent une vision totale. On essaie juste d'habiller les filles. Comment faire des vêtements simples sans qu'ils soient chiants et sans que les filles se sentent déguisées ? » Comme sa génération, Courrèges est pragmatique. Courrèges regarde son époque en face, droit dans les yeux. Comme sa génération, Courrèges est humble, préparé, déterminé à affronter le futur. Oui, mais en rigolant. 

« En Courrèges je me sens féminine, sexy mais jamais vulgaire. Ce dont je suis sûre, c'est que Sébastien et Arnaud s'inspirent d'une génération dont je fais partie.» Mona

Credits


Photographie : Phil Engelhardt assisté de Gwénaëlle Trannoy
Réalisation : Xenia May Settel
Texte : Tess Lochanski
Make-up : Aya Fujita assistée de Son Semi
Hair : Sumiyo Kyoshima assistée de Hiro Niino