on vous présente arlo parks, la plus belle promesse de la neo-soul

De passage à Paris pour le festival Loud and Proud, i-D a rencontré Arlo Parks, londonienne de 18 ans qui s'impose, tranquillement, comme une nouvelle voix de la neo-soul.

par Sylvain di Cristo
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10 Juillet 2019, 11:38am

Il n’a fallu qu’un seul morceau, quelques mois et une mention dans la playlist de Lily Allen pour qu’Arlo Parks, 18 ans à peine, se fasse un nom dans l’avant-garde soul britannique. Qu'elle évoque Loyle Carner ou Jorja Smith pour la douceur de sa voix, Jonwayne ou MF Doom pour l’odeur de brocante qui s’échappe de ses instru jazz, la jeune Londonienne fait preuve sur son premier EP d’une maturité artistique déconcertante, puisant intelligemment dans ses racines africaines et françaises et dans son expérience de l'adolescence. Le 5 juillet dernier, i-D la rencontrait quelques minutes avant de monter sur la scène du Loud & Proud, le festival parisien qui célèbre les cultures queer. De son penchant pour le jazz, la poésie et les histoires d’amour jusqu'à son appartenance à une génération qui grandit trop vite, rencontre touchante avec une nouvelle voix de la neo-soul.

En décembre 2018, ton premier titre « Cola » a fait un carton immédiat. C’est extrêmement rare pour un artiste, certains passent leur vie à attendre qu’un coup pareil arrive dans leur carrière…

Oui, c’était une énorme surprise, je ne m’y attendais absolument pas. Je sais l’énorme quantité de musique qui sort par jour et à quel point c’est difficile de sortir du lot. Quand j’ai vu que Lily Allen m’avait playlisté dans son top 5 sur Apple Music, j’ai appelé mes potes, mes parents, je leur ai hurlé dessus, c’était incroyable. Je réalise la chance que j’ai eu.

C’est de la chance ou du travail ?

Les deux. Parce que tu peux travailler d’arrache-pied et ne jamais arriver nulle part. C’est un mélange de préparation et de chance.

L'atmosphère jazz, ta voix douce, ton flow décontracté, l’air entre les couches instrumentales : l'écoute de ton EP procure une vraie sensation d'apaisement. C'est un état que tu cherches à atteindre dans ta musique ?

Merci, ça me fait plaisir ! En fait, je mixe un peu les effets, parfois je cherche l’apaisement mais il m’arrive de vouloir mettre les gens un peu mal à l’aise avec mes lyrics, comme avec « Super Sad Generation » par exemple, qui parle d’un sujet assez dur. Donc oui, d’un côté je sais que j’ai une voix douce mais je veux également faire passer des messages. Ça s’équilibre.

Est-ce qu’on pourra un jour entendre cette voix s’énerver ?

Oui, totalement. J’ai déjà écrit des chansons plus… agressives. Mais pour le moment je suis plutôt sur une vibe jazzy old-school qui va bien avec une voix reposante, mais qui sait, peut-être qu’un jour je ferai une chanson de punk et que je me mettrai à gueuler ? On a tous en nous une part de violence, elle finira peut-être par sortir.

Quelle est la première chose que tu cherches à faire avec ta musique ?

J’essaie d’atteindre et de bousculer les gens, les aider à surmonter les épreuves de la vie. D’un autre côté, sur le plan personnel, la musique est thérapeutique pour moi, elle m’aide à y voir plus clair. On peut dire que je cherche une connexion entre mes pensées intimes et celles des autres.

Tu as des origines nigérianes, tchadiennes et françaises. Dans quel environnement musical as-tu grandi ?

J'ai grandi dans un énorme mélange des cultures, y compris en musique. Ma mère, qui me parlait en français quand j’étais petite, écoutait principalement des classiques de la chanson française type Édith Piaf, Joe Dassin, tandis que mon père était nostalgique du jazz qu’il écoutait quand il était à Lagos, même s’il écoutait aussi du Fela Kuti. Franchement, c’était super.

On entend bien les influences jazz dans ta musique mais moins celles qui proviennent de la variété française…

Parce que ce que je garde de la variété française c’est surtout son sens du storytelling.

Tu as toujours eu envie de faire de la musique ?

Ça a toujours été la voie que je voulais emprunter mais j’ai quand même commencé par un cursus plus conventionnel qui aurait pu m’amener à étudier le droit pour finir avocate mais non. Non, non, non (rire) ! J’ai fait une sorte de stage d’une semaine dans un cabinet d’avocat et je me suis dit c’est mort, je ne ferai jamais ça. Au lieu de ça, j’ai terminé mes études, maintenant je fais de la musique, je voyage pour la jouer : je suis tellement heureuse !

Tu as tout juste 18 ans et pourtant on sent une certaine mélancolie dans tes textes, notamment dans le morceau « Super Sad Generation ». Tu dirais que ta génération grandit trop vite ?

Oui, je pense que tu as raison. Le fait que notre innocence soit aussi rapidement détruite est clairement un problème dans notre génération. C’est précisément ce que j’ai voulu démontrer avec ce titre, parler des problèmes que nous avons déjà rencontrés alors que nous n’avons même pas encore 20 ans et que techniquement, nous sommes toujours des adolescents. Et puis l’adage « ce qui ne te tue pas te rend plus fort », j’y crois pas.

Comment tu l'expliques ?

C'est lié aux réseaux sociaux, principalement. Bien que tu puisses interagir avec le monde entier, ça crée en nous de faux espoirs et pousse les gens à vouloir atteindre une perfection qui n’existe pas. Ça crée une pression, des complexes de corps et d’images, ça nous désolidarise de nos amis pour nous faire passer trop de temps sur nos téléphones… Mais le fait qu’on soit né avec Internet et les réseaux sociaux, paradoxalement à ce que je disais, nous aide aussi à se connecter aux autres et à être créatifs. On vit quand même dans une époque où n’importe qui peut faire une chanson, la poster et avoir un succès immédiat. Et ça c’est une bonne chose.

Quelles sont tes autres sources d'inspiration ?

L’amour - j’aime les bonnes chansons d’amour, pas les ringardes. Celles avec de l’ironie, de l’autodérision, du sarcasme, qui vont être vraies dans les bizarreries que tu aimes à propos de quelqu’un, comme son haleine matinale, des trucs drôles ! Sinon j’aime aussi parler de mes relations amoureuses. Dans « Cola » par exemple, j’explore les conséquences d’une relation qui déraille, la jalousie, l’amertume de l’amour… Mais j’aime aussi raconter des histoires sur mes amis, sur ce que je vis… J’aime raconter des histoires tout court.

Que penses-tu du festival Loud & Proud et de ce qu’il défend ?

Qu’un événement de cette envergure donne à la communauté LGBTQIA+ la parole et la place pour s’exprimer, c’est magnifique. Ça ouvre les consciences et me fait me dire qu’on progresse. C’est très important d’avoir un endroit rempli d’art où chacun peut se sentir libre et représenté.

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