amour, vendanges et premières fois : « les météorites » sont au cinéma

Premier long-métrage de Romain Laguna, ce film raconte l'été de Nina, une adolescente tournée vers l'amour - et les météorites.

par Marion Raynaud Lacroix
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10 Mai 2019, 6:13pm

« Une météorite, ça n'a rien de fantastique : on est tous les jours bombardés de centaines de corps célestes. Ça peut être le présage de la vie qui arrive mais aussi celui de la destruction imminente » explique Romain Laguna, dont le premier long-métrage - Les Météorites donc - est en salle depuis mercredi. On y découvre Nina, une adolescente sensible et furieuse, qui voit une météorite tomber près de chez elle. Elle vient d'arrêter l'école, ignore ce qu'elle fera à la rentrée et y voit un signe : si c'était là le présage que quelque chose allait lui arriver ? Lors d'un moment de pause dans le parc où elle travaille, elle fait la connaissance de Morad. En quelques jours, l'évidence s'impose - si présage il y avait, c'était celui de cette rencontre. « J'ai beaucoup pensé au personnage de Princesse Mononoké - cette fille qui grandit dans un cocon de verdure et qui se cogne au réel en se perdant dans une quête qui n'est pas la bonne. » poursuit Romain Laguna.

Fresque nourrie au soleil de l'Hérault, Les météorites suit le regard de Nina et épouse les contours de son paysage : une France rurale, nichée entre rivières et montagnes - où les bus passent toutes les heures et dont l'horizon, radieux mais limité, pousse les jeunes à en partir. « Pour ce premier long, c'était assez évident qu'il fallait que je retourne au bercail. J'avais envie de faire un portrait de jeune fille dans l'Hérault. Le bout de montagne qu'on voit dans le film, c'est celui que je voyais chaque matin en ouvrant la fenêtre, qui a inspiré une légende occitane autour d'une histoire d'amour qui tourne mal. » Cet amour, c'est celui qui commence entre Nina et Morad, deux adolescents dont les mondes, pourtant proches, ont plus tendance à se cogner qu'à s'étreindre. « Je voulais arriver à parler du territoire, de l'ambiance bien particulière qu'il peut y avoir dans le Sud, dans des villes comme Nice ou Béziers - très ancrées à droite avec un fort vote FN. Dans la région, il y a vraiment cette opposition entre les gars du village et les gars du centre ville : c'est à 10km et en même temps, il s'agit de deux mondes qui ont du mal à cohabiter. Je voulais m'emparer de ce climat sans en faire quelque chose de sociologique. »

Une tâche de vin au coin de l'oeil, à la fois brûlante, grave et habitée, Zéa Duprez illumine le film : « Zéa, c'était un peu la dernière pierre à l'édifice : quand elle est arrivée, tout est devenu clair. Grâce à son visage, à son attitude, au fait qu'elle ait cette tâche, elle a permis au film d'aller vers le fantastique, l'onirique - ce dont j'avais très envie. » Jamais vue à l'écran, elle donne corps à une adolescente habitée par le vertige de l'amour et la grâce des premières fois : « Je me voyais mal prendre une jeune comédienne qui aurait déjà eu une expérience de tournage, j'avais l'impression que pour ce personnage, il fallait aussi qu'il y ait quelque chose de vierge, que ce soit la première fois d'une actrice à l'écran. » Loin de la ville, le personnage de Nina se cherche entre l'envie de voir le monde et de contempler celui qui se déroule devant ses yeux. Souvent seule, elle se balade, écoute du rap et ne craint rien, pas même la solitude, à l'âge où la bande se présente souvent comme un refuge. Sans doute parce que la nature lui procure une force qu'elle ne trouverait pas ailleurs : « Je ne crois dans aucune religion, du coup je me pose beaucoup de questions sur le sens auquel me raccrocher dans le monde d'aujourd'hui. Et à part la nature et ce qu'il y a au-dessus de nos têtes, je ne vois rien d'autre. » conclut Romain Laguna. C'est ce que raconte le mieux le film : les palpitations d'un coeur perdu à la fin de l'enfance et au milieu du cosmos, celui d'une fille qui regarde droit devant elle, à la poursuite des météorites.

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