glow, un pas dans l'univers ultraviolent des catcheuses

La nouvelle série Netflix célèbre les femmes sur le ring.

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26 Juin 2017, 1:20pm

La télé du dimanche matin n'est plus ce qu'elle était. Aux États-Unis, dans les années 1980, on pouvait tomber sur GLOW, aussi connu sous le nom de the Gorgeous Ladies of Wrestling, une émission sur une ligue de catcheuses passant le plus clair de leur temps en Lycra à se contorsionner dans des positions suggestives. Vous trouvez l'idée à la fois géniale et complètement barrée ? C'est exactement ce que ce sont dit les scénaristes Carly Mensch et Liz Flahive lorsqu'elles se sont mises en recherche d'un nouveau projet, réalisant avec GLOW une dramédie de 10 épisodes où il est question de la vie derrière la brutalité des coups.

Sur Netflix depuis vendredi, GLOW est un spectacle-dans-le-spectacle. La série suit un gang d'actrices ratées, excentriques et ambitieuses qui se retrouvent à jouer des catcheuses robustes dans un show télévisé des années 1980. Ensemble, elles forment un gang mené par l'actrice ratée Ruth Wilder (incarnée par la comédienne Alison Brie, déjà vue dans la sitcom Community) dans le Los Angeles des années 1980. Le spectateur assiste leurs auditions, leurs répétitions et l'élaboration de leurs performances sur le ring. Comme la plupart des femmes de GLOW, Ruth tente désespérément de percer dans une industrie où les hommes sont reconnus tandis que les femmes jouent les seconds couteaux. Elle pense être la prochaine Meryl Streep mais les directeurs de casting la voient plutôt servir le thé au premier rôle. Finalement, elle ne fait pas l'affaire pour ce boulot non plus.

Des blattes pour seule compagnie dans son studio pourri, Ruth décide d'auditionner pour GLOW. Le catch féminin exploite ses recrues aussi bien que les stéréotypes qu'il pourfend : les femmes revêtent des justaucorps serrés, jouent l' « héroïne » (c'est-à-dire l'Américaine blonde à forte poitrine) ou la « mauvaise fille » (la garce briseuse de couple ou celle qui profite du système) et sont appelées à épouser entièrement ces clichés. 0C'est cette ligne que les créatrices voient comme le noyau du show. « C'est très inspirant de voir ces femmes se battre pour cesser d'être sous-estimées » affirme Mensch, anciennement productrice de Weeds et d'Orange is the New Black. « C'est une tension qu'on ne veut pas abandonner au fil des histoires que nous racontons. À mesure que la série avance, les filles comprennent le catch à travers GLOW et saisissent que pour arriver à leurs fins, elles vont devoir se salir les mains ». 

Chaque épisode de GLOW est un condensé de nostalgie visuelle, en hommage à l'esthétique onirique et pop de la décennie 1980 - tout y passe, des motels downtown aux devantures pastel jusqu'aux soirées enflammées de Malibu. L'équipe de la série s'est inspirée de certains classiques contemporains comme Working Girl ou Bad News Bears pour réincarner à l'écran les coupes aériennes ultra-brushées et les indétrônables justaucorps en lycra qui fleurissaient à l'époque. Mais la série, montée en épisodes de 30 minutes, est également l'occasion de revenir sur les problématiques socio-politiques de cette période : ainsi, l'unique actrice asiatique doit jouer le rôle d'une terroriste de l'est. Une autre a l'honneur douteux d'incarner une espionne russe hyper-sexy à l'ère de la guerre froide. Chaque femme est traitée avec irrespect par le réalisateur du show télé, le visionnaire Sam Silva, dont on remarque aussitôt le sexisme latent, lui qui ne jure que par le fameux 'cunt punch'.

Mais c'est en soulignant ses failles les plus saillantes que GLOW fait le portrait d'une époque et s'attache à démanteler ses tabous en les imposant de front, sur le ring : « Dans le catch, les méchants étaient extrêmement stéréotypés, particulièrement dans les années 1980, explique Flahive, fervente admiratrice et incubatrice de séries hautement féministes depuis qu'elle a produit Nurse Jackie. Il suffit de se pencher sur l'histoire du catcheur The Iron Sheik [le catcheur iranien dont l'anti-américanisme a participé à la reconnaissance de son rival Hulk Hogan] pour comprendre à quel point cet univers incarne et réinterprète sur le ring les peurs collectives. » 

Les femmes de GLOW tentent d'une part de s'émanciper des carcans qu'on leur assigne et d'autre part, de sortir indemnes des petits drames quotidiens, sur le ring et hors ring. Et à l'instar d'Orange is the New Black, l'autre série dont Jenji Kohan est la productrice exécutive, GLOW met en scène un groupe de femmes singulières et atypiques. Le casting inclut de vraies catcheuses professionnelles (Mia Stevens), la réalisatrice indé Marianna Palka (à qui l'on doit, entre autres, Good Dick) et une certaine chanteuse anglaise reconvertie en actrice, Kate Nash. Un casting éclectique qui, étrangement, fonctionne à merveille. « C'est une série qui parle du corps des femmes et pour cela, on a souhaité que le casting reflète à l'écran une grande variété de morphologies, explique Mensch. On voulait que des femmes qui n'ont jamais été vues ensemble à l'écran pour que l'expérience soit nouvelle. On voulait qu'il en ressorte une certaine authenticité. » GLOW a réussi son pari. 

GLOW est disponible sur Netflix.

Credits


Texte : Colin Crummy