téhéran, nouveau théâtre de l'art contemporain au moyen-orient ?

L'automne a toujours été la saison la plus chargée du calendrier du monde de l'art. Au moment où la Frieze Art Fair ou la FIAC ferment leurs portes, la dixième édition du festival Contemporary Istanbul démarre. Le théâtre de la création contemporaine...

par Leili Sreberny-Mohammadi
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30 Novembre 2015, 6:36pm

Comptant plus de 102 galeries de 24 pays différents, le festival Contemporary Istanbul a ouvert ses portes du 12 au 15 Novembre à l' International Congress and Exhibition Center dans le quartier de Şişli. La rivalité entre les deux festivals Contemporary Istanbul et le second, (un peu plus jeune) Art International a fait couler beaucoup d'encre et une énergie incroyable a été déployée des deux côtés pour gagner les faveurs des collectionneurs de la région. Sous la direction de Mar Olivier Wahler, Contemporary Istanbul a su prouver son ancrage dans la création turque en présentant une sélection très affutée des galeries d'Anatolie. La galerie Rampa présentait le travail de l'artiste Nibar Gures et ses installations, véritables manifestes d'irrévérence : des figurines suspendues à des ballons de tissus tous connectés par des fils quasi-invisibles. Plus crue dans son genre, la féministe maitresse de la provocation Sukran Moral a exposé un moulage en or de son propre vagin, Artist's Pussy (2015) à la galerie Zilberman. Au stand de l'Empire Project, on pouvait trouver les clichés du photographe Ali Tapik, si lumineux qu'il relevait du déchiffrage que de distinguer les objets capturés par l'artiste. 

Ali Taptık, Untitled (2013C-007-53) de la série N. Archival, 90 x 90 cm, 2013 , courtesy The Empire Project)

Cette année une attention particulière a été donnée à la création de la capitale iranienne : pas moins de 4 galeries ont été présentées à l'occasion du festival stambouliote. La galerie Aaran a exposé une sélection sombre révélant une déchéance à la fois sociétale et humaine tandis que la galerie Assar a sélectionné les oeuvres de 4 artistes en vogue dont une sculpture en aluminium et bois signée Mohammad-Hossein Emad (qui n'est pas sans rappeler la fameuse araignée imaginée par Louise Bourgeois). La galerie Shirin a vu les choses en grand avec une installation faite de briques turquoise signée Hadi Hazavei tandis que le stand du Dastan Basement s'est voulu plus discret présentant des travaux papiers uniquement. 

Mohammad-Hossein Emad. Untitled de la série Lit Shadow. Carton, Aluminium, Bois & Lumière. Courtesy Assar Art Gallery

Dans le sillon d'Istanbul, la scène artistique amatrice s'est déplacée dans le sud pour la cinquième édition d'Abu Dhabi Art au Manarat al Saadiyat, le complexe de la taille du Louvre qui regroupe le Zayed National Museum (en construction) ainsi que le Guggenheim d'Abu Dhabi. Avec la création de ces musées colossaux, le festival Abu Dhabi entend bien se hisser au panthéon des villes artistiques et s'assurer une place de choix dans le tourisme de l'art. Mais la pression exercée par plusieurs groupes militants et Amnistie Internationale, dénonçant en choeur les conditions de travail des ouvriers pour la plupart migrants, a largement ralenti cet immense chantier. En attendant l'ouverture de ces nouveaux espaces, Abu Dhabi Art a mis en place une galerie dédiée à l'éducation et au commerce où l'on peut croiser une armée d'étudiants crayons et moleskines en mains. Une compétition persiste entre les deux foires du pays, Abu Dhabi Art et le plus établi Art Dubai, mais les deux festivals semblent avoir opté pour différentes approches artistiques. Abu Dhabi Art est un festival-vitrine composé de galeries cotées en Bourse comme celle de David Zwirner, Hauser & Wirth et Lissn tandis que que l'Art Dubai adopte un créneau plus large, moins pointilleux.

La scène artistique de Téhéran a fait beaucoup de bruit à Istanbul mais aussi à Abu Dhabi où l'exposition Towards the Innefable : Farideh Lashai a suscité un engouement sans précédent la semaine dernière. Cette exposition marque un tournant majeur dans la programmation du musée d'Art Contemporain de la ville qui présente aux côtés des croquis et des poèmes de Lashai, les travaux d'artistes modernes comme Mark Rothko et Jackson Pollock. Curatée par le duo composé de l'italien Germano Celant et de Farhyar Javaherian, l'exposition porte un regard chronologique er biographique sur l'oeuvre de Lashai et propose une vision holiste de la vie de l'artiste. Les travaux produits par l'artiste juste avant sa mort en 2013 marquent les temps forts de ce parcours rétrospectif. Dans When I Count, There Are Only You...But When I Look, There is Only a Shadow (2013), et El Amaal (2010-2011), des images vidéos sont projetées sur des peintures dont les toiles deviennent les espaces d'un spectacle ondoyant et époustouflant.

Des choix curatoriaux placés sous le signe du partage donc, pour une exposition qui voyagera en Allemagne selon les dires, promettant ainsi une nouvelle trajectoire pour cette institution en pleine ascension et l'ensemble de la scène artistique iranienne. L'industrie du tourisme du pays ne fait que croitre et le territoire compte aujourd'hui plus de 80 galeries privées qui suscitent un intérêt à la fois local et international. Voici trois nouveaux nés à ne pas manquer :

Ab / Anbar
Ouverte depuis octobre 2014, la galerie Ab/ Anbar est une affaire de famille où la direction, le management et le design se partagent entre Salman, Yasaman et Amin. La galerie se concentre sur les artistes iraniens, dont Babak Golkar, Reza Aramesh et Anahita Ramzi. Ab / Anbar est à l'initiative de deux expositions par an qui mettent à l'honneur le mouvement moderniste du pays. 

Photo de l'exposition "Callidrawing" par Reza Abedini, courtesy Ab/Anbar

Ag Gallery
Ag est l'une des deux galeries locales exclusivement consacrées à a photographie. Installée dans une maison à deux étages dans le nord de la ville. L'espace multifonction comprend une galerie, une librairie, une imprimerie et un jardin taillé au cordeau. Tout au long de l'année, la galerie présente une sélection de photographes à la réputation internationale tels que Abbas Kowsari et Peyman Hooshmandzadeh. Martin Parr y sera exposé ce mois-ci. 

Untitled fde la série "Reds and Greens", 2012-2014. Photographie digitale, 70x105 cm, C-Print sur papier photo métallique. Courtesy Abbas Kowsari et Ag Gallery

Dastan Basement et Dastan +2
En seulement trois ans, le directeur Hormoz Hematian a ouvert deux galeries presque voisines dans le quartier chic de Fereshteh. Chacune se concentrant sur un domaine particulier, Dastan Basement offre une vitrine expérimentale aux artistes émergents tandis que Dastan +2 présente des expositions thématiques autour de l'art moderne et contemporain. Elle met l'illustration à l'honneur ce mois-ci avec l'exposition Mossavar Nameh et comprend les travaux de l'artiste Ali Akbar Sadeghi et de l'américain Nikzad. 

Photo de l'exposition "Mossavar Nameh", image courtesy Dastan +2

Credits


Texte Leili Sreberny-Mohammadi
Image principale Untitled from the Reds and Greens series, 2012-2014 Image courtesy Abbas Kowsari et Ag Gallery.

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