8 films pour vraiment comprendre la réalité des réfugiés en 2016

i-D a sélectionné les fictions et documentaires qui racontent, au plus près de la réalité, le quotidien des réfugiés partout à travers le monde.

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juin 22 2016, 12:58pm

#myescape

Qu'elle soit relatée par la télévision ou imaginée par les affiches anti-migrants des partis eurosceptiques, l'expérience des réfugiées est souvent traitée par le même bout. On nous montre ce qu'elle implique pour ceux qui doivent s'accommoder ; accueillir. Voilà donc une poignée de films posant un regard neuf sur la crise des réfugiés - la récente et l'historique. Ici, les réfugiés témoignent de leurs difficultés via des images tirés de leurs smartphones, des vidéos de leurs traversées périlleuses, leur traversée du désert, des montagnes, à travers les guerres et par les routes déchirés, souvent à la merci des passeurs illégaux. Des réalisateurs ayant eux-mêmes vécu l'expérience de réfugié, qui la retranscrivent en des récits puissants, fictionnels ou non. Collectivement, ces films offrent une alternative pointue à l'idée selon laquelle ceux vers qui voyagent les réfugiés seraient les plus à plaindre.

Bunkers
Pour ce court documentaire à la première personne, projeté cette année au festival Doc/Fest de Sheffield, Anne-Claire Adet a utilisé des vidéos tournées par des réfugiés pour mettre en lumière leur conditions de vie en Europe. La réalisatrice fait l'interview d'un journaliste soudanais parqué dans un bunker, à Genève. Il n'y a aucun échappatoire, aucun espace pour respirer, dit-il du bunker aux trois sous-sols dans lequel les réfugiés vivent les un sur les autres, sans même voir la lumière du jour.

Flotel Europa
Au début des années 1990, Vladimir Tomic, son frère, sa mère et à peu près un millier d'autres réfugiés yougoslaves ont embarqué sur le Flotel Europa à Copenhague en quête d'une nouvelle vie. À une époque où Snapchat n'existait pas, les nouveaux habitants de ce camp de réfugiés flottant ont envoyé des vidéos VHS de leur quotidien à bord à leurs familles et amis restés en Yougoslavie. C'est grâce à ces bribes d'images un peu floues de cette vie miséreuse vécu aussi bien que possible que Tomic a regroupé les pièces du puzzle de sa propre histoire pour en faire un documentaire, un récit du point de vue des victimes retraçant un passage touchant à l'âge adulte.

Sonita
Au premiers abords, le documentaire (primé au Sundance Festival) de Rokhsareh Gahaem Maghami sur une réfugiée afghane vivant en Iran, apparaît comme un film assez direct sur une ambition adolescente brisée par les contraintes sociales. Sonita est une jeune rappeuse de 15 ans dont les couplets sont dédiés à l'oppression des mariages arrangés, un problème qui devient bien réel pour elle quand sa famille décide décide de la vendre pour 3000$, pour que son frère puisse à son tour acheter son épouse. Pour Sonita, cela signifierait revenir en Afghanistan et dire adieu à ses rêves. Une possibilité qui pousse le réalisateur à s'en mêler, floutant alors les frontières du documentaire autant que les frontières culturelles. Le statut de réfugiée de Sonita - qui ne joue initialement pas un rôle primordial dans le récit - amène son lot de défis qui font prendre à l'histoire un tournant extraordinaire.

Continental Drift
Dans le court-métrage de Pietro Novello sur les réfugiés africains luttant au péril de leurs vies pour traverser la mer, les épaves de bateaux sur la côte italienne servent de constant rappel. Un rappel du coût de la vie humaine. Mais la nature dangereuse du voyage n'est qu'une partie de l'histoire. Le film de Novello - un parmi plusieurs courts sur la crise des réfugiés projetés au Doc/Fest - explore également l'intimidation et la corruption à laquelle doivent faire face ceux qui espèrent survivre à la traversée.

Transit Zone
Le très court documentaire de Frederik Subei tourné en pleine jungle de Calais hivernale est une plongée directe dans l'enfer quotidien de ses habitants. 'L'Angleterre, c'est un rêve pour moi, tu sais. Il faut que j'y arrive à tout prix,' confie l'un d'entre eux, Teefa, né au Soudan et dont l'espoir est de traverser la manche. À Calais, il est coincé comme des milliers de réfugiés, la plupart Syriens, Afghans et Soudanais. Dans son pays natal, Teefa explique qu'il faut 'courir ou mourir'.

#MyEscape
Quand la réalisatrice Elke Sasse a présenté son film de 90 minutes, relatant le voyage qu'entreprennent les réfugiés d'Afghanistan, de Syrie et d'Érythrée au festival Doc/Fest la semaine dernière, elle a avoué avoir pris conscience de leur vécu par le biais d'internet. Car les réfugiés transfèrent, grâce à leur smartphone, les images de leur périple ardu à travers les territoires les plus conflictuels pour atteindre l'Europe. Son documentaire, nourri d'interviews percutantes, retrace donc avec ses protagonistes la marche de ces monstres d'endurance.

After Spring
Les réalisateurs Steph Ching et Ellen Martinez se sont rendus à Zaatari en Jordanie, où se trouve le plus grand camp de réfugiés syriens depuis 2012 et qui accueille, chaque jour, les familles qui ont fui la guerre civile à la frontière et dont la population ne cesse de croitre. After Spring, présent dans la sélection officielle du festival du film de Tribeca cette année suit deux familles de réfugiés ainsi que le quotidien des bénévoles. Plus que jamais d'actualité.

Home
La famille d'Arta Dobroshi a fui le Kosovo en 1997 pour intégrer un camp de réfugiés en Macédoine. Elle, a travaillé dans ce camps avant de devenir traductrice pour NATO. Elle a passé la moitié de sa vie comme réfugiée, en liberté forcément conditionnelle. C'est ce qui a inspiré son dernier film fictionnel : HOME. Avec Jack O'Connell et Hermione Grainger qui jouent le rôle d'un couple anglais devenu réfugié. Pour mieux faire voir au monde la réalité de ceux qui doivent tout quitter, du jour au lendemain, Arta met en scène le périple de ce couple et de ses enfants, comme un écho à celui qu'elle a vécu enfant. Pour le voir, rendez-vous sur withrefugees.org.

Credits


Texte : Colin Crummy