démolition et gentrification : la scène skate de nottigham résiste

Avant que des promoteurs ne s’en emparent et démolissent l'un des skateparks les plus fréquentés de Nottingham, le photographe et skateur Aria Shahrokhshahi a immortalisé les lieux et la communauté qui s'y retrouvait tous les jours.

par Catherina Kaiser
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01 Juin 2017, 9:15am

Aria Shahrokhshahi

Quand Aria Shahrokhshahi commence à photographier ses amis dans le cœur de Nottingham à l'été 2016, le photographe de 18 ans n'a pas conscience du moment crucial dont il s'agit. Un an plus tard, plus rien ne reste de ce skate park DIY démoli en mai 2017. Cet ancien lieu entièrement construit par ses habitants, repaire du quotidien où il faisait bon faire du skate, trainer, et tout simplement, être soi-même, a désormais disparu. Une firme d'investissement prévoit de le remplacer par la construction d'appartements et de bureaux d'entreprise.

Après la démolition soudaine du skate park, la série photo d'Aria, intitulée DIY, est involontairement devenue un témoignage de l'importance de tels espaces au service d'une communauté. Bien plus que du béton et des rampes, DIY permet au jeune photographe de montrer le skatepark comme un univers propre. Nous avons rencontré Aria pour évoquer ses souvenirs d'été dans ce skatepark et saisir l'ampleur de leur signification.

Quand tu as commencé à prendre des photos dans ce skatepark tu ignorais qu'il serait détruit peu de temps après. Qu'est-ce qui t'a d'abord amené à t'intéresser à cette communauté ?
J'ai trouvé l'endroit fascinant, permettant de faire du skate en faisant abstraction du reste. Quand tu es enfant et que tu construis un repaire, tu te sens presque coupé de tout ce qui est extérieur à ce repaire. Tu imposes tes règles. J'avais envie de montrer un aspect de la communauté du skate qui me semblait peu explorée, en particulier au Royaume Uni.

Le skate continue d'attirer de nouvelles générations. Pourquoi penses-tu que cela reste une culture aussi puissante ?
J'ai commencé à faire du skate il y a quatre ans lorsqu'on m'a volé mon vélo. Je continue à apprendre, je suis loin d'être un grand skateur mais c'est aussi un incroyable aspect de la communauté skate : peu importe ton niveau, on va toujours te soutenir et t'encourager à t'améliorer. En plus d'être agréable, la liberté que procure la pratique du skate est additive et pousse tout le monde à remonter sans cesse sur une planche. Il n'y a pas de règles préétablies, l'important c'est la manière dont tu t'y prends, ton style, c'est toi qui as le contrôle et je pense que c'est ce qui réconforte beaucoup de jeunes.

Quelles sont les plus grandes idées reçues qui circulent au sujet des skateurs ?
J'ai l'impression que la grande idée reçue est qu'il s'agit de gamins stupides qui fument trop d'herbe et créent des conflits, alors que lorsqu'on s'y attarde vraiment et qu'on en fait l'expérience, on découvre que c'est bien plus que de simples types sur des planches en bois.

En regardant tes photos, on se dit que les gens sont plus importants que le skate en soi. Peux-tu nous en dire plus sur la communauté que tu as photographiée ?
Le lien entre chaque personne était très fort. Beaucoup d'entre elles sont devenues de bons amis, des gens que je respecte et en qui j'ai confiance. Et il y avait des mecs juste remarquables. Des gens qui n'abandonnent jamais, et dont j'admire l'acharnement. Un soir, un mec que je connaissais s'est fait tabasser et s'est littéralement fait poignarder avec un tesson de bouteille. Le lendemain matin, j'étais au skate park et il était là, encore couvert de sang, buvant une bière sur son skate. J'ai vu des gens percuter violemment le béton et se relever immédiatement pour essayer à nouveau. J'ai l'impression qu'il y a une leçon de vie à laquelle on ne peut pas échapper en faisant du skate. 

Qu'a signifié la démolition du skatepark pour les gens que l'on voit en photos ?
Ces mecs ont fabriqué le skate park de leurs mains, ils ont ramené le ciment, ont tout construit par eux-mêmes. Ça fait chier mais ils ne vont pas s'apitoyer, ils vont trouver un autre endroit et en fabriquer un nouveau !

Quel regard portes-tu sur ton été dans ce skatepark ?
Je me souviens m'être senti vraiment libre, loin des tracas de l'actualité, appréciant le simple fait de traîner. Je pense que les jeunes ne doivent pas oublier que nous avons parfois besoin de nous évader sans être tout le temps sérieux. On n'est jeune qu'une fois alors faisons des conneries, des erreurs et prenons du bon temps - parce qu'on ne sera peut-être pas toujours en mesure de le faire.

@ariamark

Credits


Texte : Catherina Kaiser
Photographie : Aria Shahrokhshahi

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