childish gambino délaisse le rap pour la soul et le funk

Plus de doute, Donald Glover sait tout faire. Avec son troisième album, Awaken, My Love!, l'artiste signe un merveilleux hymne à l'amour d'où l'on entend les échos d'Hendrix, George Clinton, Prince et Bowie - rien que ça. L'album de cette fin d'année.

par Hattie Collins
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02 Décembre 2016, 4:00pm

Donald Glover est entrain de clore magistralement son année 2016. L'artiste, acteur, humoriste, scénariste et musicien qui pose ses rimes sous le nom de Childish Gambino a démontré son talent pluridisciplinaire. En plus d'avoir été casté pour le rôle de Lando Calrissian dans le prochain Star Wars sur la vie de Han Solo, Glover nous a offert l'une des meilleures séries télé de l'année, Atlanta - qu'il produit, réalise, et dont il incarne le personnage principal. Une comédie dramatique en 10 épisodes qui met brillamment à mal les stéréotypes raciaux et identitaires hérités de la télévision et de la société américaine dans son ensemble. À peine le temps de respirer, quelques semaines après la diffusion du dernier épisode d'Atlanta, Gambino sort aujourd'hui son troisième album, Awaken, My Love! pour lequel il délaisse le rap, et donne dans l'éclat soul et funk ; se balade avec talent dans le sillon pourtant pesant de Barry White, George Clinton ou Prince. Moins frontalement politique que ce à quoi l'on pouvait s'attendre, l'album exprime son combat dans l'amour, l'espoir et l'idée d'une communauté soudée. Voilà ce qu'on a appris à la premier écoute du troisième album de Childish Gambino.

Awaken, My Love! est le premier album de Gambino en trois ans.
Contrairement à son deuxième album, Because the Internet, sorti en 2013, qui invitait Chance the Rapper et Jhené Aiko, Awaken, My Love! n'a aucun guest. L'album appartient à Glover, et seulement à Glover. La pause musicale de Gambino a été longue (sa dernière sortie remonte à 2014 et l'EP Kauai), mais soyons honnêtes, on ne peut que l'en féliciter. Ce break lui a permis de créer, écrire et jouer dans Atlanta, une série jugée par le Guardian comme étant « la plus drôle et intelligente de la télévision. »

Dans Awaken, Gambino ne rappe pas.
Voyez cette album comme l'équivalent "Gambinesque" du merveilleux Love Below d'Andre 3000 ; une interprétation futuriste de Funkadelic ou Sly & The Family Stone. L'album s'ouvre sur Me and Your Mama, chanson sur laquelle les élans vocaux de Gambino évoque les étranglements de voix d'Hendrix. Un morceau qui fait recette d'une poignée de Cody ChesnuTT, une pincée d'Andre 3000 et une touche de Prince. Combo gagnant.

Redbone s'ouvre sur un riff très familier.
Si quelqu'un le reconnaît, on est preneurs.

L'album est produit par le collaborateur de longue date de Gambino, Ludwig Goransson.
Le compositeur suédois a bossé avec Donald sur ses deux albums précédents, et sur la bande-son des séries Community (dans laquelle Glover occupait un rôle important) et New Girl.

Il est difficile de déchiffrer le message profond des paroles de l'album.
À la première écoute en tout cas. L'album offre des titres géniaux - Zombies, Redbone, Boogieman, Riot, The Night Me And Your Mama Met - mais il est parfois dur de saisir le sens des paroles de Glover, tant son style de chant seventies s'étale parfois en hurlements et gémissements. Mais en écoutant tout ça plus attentivement, les détails se précisent : Redbone invite les gens au réveil ; Have Some Love invite le monde à s'unir ; California dissèque la terre des rêves brisés. Le message de Gambino est plus implicite qu'explicité. C'est un sentiment plus qu'une diction. « J'ai l'impression que la musique black des années 1970 était l'instrument d'une envie révolutionnaire, » disait récemment Glover à Billboard, alors qu'il discutait de ses inspirations pour Awaken... L'album n'est pas un appel aux armes, mais un cri d'amour.

Il y a du Bowie dans Zombies
Certainement plus dans la voix que dans le style, cette chanson est un clin d'oeil à feu Ziggy Stardust, notamment dans la manière qu'a Gambino d'appeler les sangsues du monde entier à la solidarité ; de s'écrier, à bout de souffle : « All I see is zombies walking all around us/ You can hear them coming, you can hear them breathing down your spine…. They can smell your money, and they want your soul, »

The Night Me and Your Mama Met est un grand morceau.
Le genre de chanson qui parvient à faire passer trente émotions à la fois sans un seul mot scandé. L'instru est une merveille, et l'un des (nombreux) sommets de l'album.

Le meilleur son est peut-être le dernier, Stand Tall.
C'est sur celui-ci que l'on prend la mesure des capacités vocales de Gambino. L'album se ferme comme il s'est ouvert, sur un morceau de 6 minutes, un appel aux consciences, contemplatif et tout droit sorti de la bande-son d'un film culte de la Blaxpoitation.

Donald est dans le futur.
En plus de diffuser son album via sa propre application Phonus Earth, et d'en avoir extrait une expérience visuelle et sonore à l'occasion d'un concert acclamé à Joshua Tree en septembre dernier, Glover travaille également sur un version de son album en réalité virtuelle, à sortir en 2017. Être dans le futur ne l'empêche pas de chérir la tradition et d'y trouver de la beauté : Awaken, My Love! sortira aussi en vinyle.

Credits


Texte Hattie Collins

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