6 films sur la transidentité à (re)voir absolument

À l'occasion de la sortie de « Girl », le superbe premier film de Lukas Dhont, voilà 6 films qui abordent eux aussi, le sujet de la transidentité.

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10 Octobre 2018, 1:50pm

Auréolé d'une Caméra d’or et d’un prix d’interprétation pour son jeune (et prodigieux) comédien, Girl sort aujourd'hui en salle. Premier long-métrage de Lukas Dhont, cinéaste belge de 27 ans, le film s'attarde sur l'adolescence de Lara, une jeune fille de 15 ans qui rêve d'être danseuse étoile et cherche à dompter tout ce qui, dans son corps né garçon, veut encore lui résister. Dans ce moment charnière, l'adversité n'est pas forcément là où on l'attend : doux et rassurant, son père accompagne une transition dont les ressorts lui échappent parfois mais qu'il se garde toujours de juger. Pépite de sensibilité révélée à la Semaine de la critique à Cannes, Girl fera date. D'abord parce que le film vient révéler un cinéaste dont on se promet de scruter tous les prochains faits et gestes. Ensuite, parce qu'il donne naissance à un personnage qui restera dans les têtes de tous ceux qui voudront bien le regarder - et qui permettra, peut-être, aux stéréotypes d'évoluer. Pour marquer la sortie de ce film dont i-D est fier d'être partenaire, en voilà 6 autres qui racontent, chacun à leur manière, autant de possibilités d'exister - et dont on espère voir vite la liste se rallonger.

Boys Don't Cry, Kimberley Pierce, 2000

Impossible d'aborder la transidentité au cinéma sans faire référence à Boys Don't Cry, film culte de Kimberley Pierce sorti en 2000. Première incursion d'un personnage transgenre dans le cinéma grand public, le film se base sur un fait divers tragique : le 31 décembre 1993, Brandon Teena est violé et assassiné à Humboldt dans le Nebraska parce qu'il garde secret le fait qu'il a été assigné femme à la naissance. De ce drame sordide, Kimberley Pierce tire un grand film d'amour. Porté par l'interprétation d'Hilary Swank et la grâce de Chloë Sevigny, girl next door sensible tombée sous le charme de Brandon, Boys Don't Cry souligne l'insoutenable injustice face à laquelle ils se retrouvent confrontés : en vertu de quoi faudrait-il se justifier auprès du monde entier lorsque l'on est deux à s'aimer ?

Une femme iranienne, Negar Azarbayjani, 2012

Pour payer la dette qui empêche son mari de sortir prison, Ranah est chauffeuse de taxi - un métier traditionnellement réservé aux hommes qui suscite mépris et incompréhension des passagers en même temps qu'il l’expose - frontalement - à l’altérité. Un jour, elle fait la connaissance d'Adineh, une jeune femme riche qui se révèle être transgenre. Inattendue, cette confrontation produit chez chacune d'entre elles un véritable réveil à leur condition sociale mais aussi - et surtout - aux scléroses de la société patriarcale dans laquelle elles évoluent. Lauréat du Grand Prix du festival Chéries Chéris, Une femme iranienne est le premier film iranien abordant de manière aussi directe le cheminement d'une personne transgenre.

Tomboy, Céline Sciamma, 2011

C’est l’été, il fait beau et malgré la grisaille des barres d’immeubles dans lesquelles sa famille vient d’emménager, Laure trouve vite une bande de gamins avec qui jouer. Pour ses parents, Laure est un "tomboy", un garçon manqué qui préfère le foot aux poupées et le confort des shorts aux jupes trop serrées. Pour les autres enfants, elle deviendra Mickaël, décidant d’assumer le malentendu qui fait d'elle un garçon. Troisième long-métrage de Céline Sciamma, Tomboy est un film à hauteur d’enfant où la liberté se vit sans restriction avant qu'elle ne s'entrechoque avec la binarité du monde des adultes. Un pitch finalement assez raccord avec la réalité : inscrit dans un programme pédagogique à destination de jeunes élèves, le film fut l’objet d’une pétition de parents mobilisés contre sa projection.

Bambi, Sébastien Lifshitz, 2013

Qu'il s'attèle au documentaire, à la fiction, au commissariat d'exposition ou à la recherche d'archives, le travail de Sébastien Lifshitz croise toujours avec une infinie délicatesse la subversion des rôles et des assignations identitaires. Dans ce documentaire réalisé en 2013, il revient sur l’histoire de « Bambi », figure emblématique de la nuit parisienne des années 1960. En recueillant la parole de Marie-Pierre, femme née dans un corps assigné homme, il ausculte aussi une histoire plus collective – celle de l’Algérie française, des cabarets et d’un temps où la transidentité était encore répertoriée en tant que maladie mentale. Ce regard dans le rétroviseur en forme de retour sur un passé personnel vaut aussi pour l’espoir dont il se fait le relais – débordante de vie, Bambi réaffirme la nécessité de se battre sans relâche contre le prétendu confort du compromis.

Something must break, Ester Martin Bergsmark, 2014

Film suédois présenté dans une quarantaine de festivals lors de sa sortie, Something must break raconte une quête universelle : celle de la connaissance de soi à travers la rencontre amoureuse. Alors qu’il éprouve les contours de son identité dans des aventures sombres, parfois dangereuses, Sebastian rencontre Andreas. Choc de sensibilités à rebours des cases et des préjugés, leur histoire naît dans une intensité troublante, où la passion semble capable de repousser tous les dangers. Pour son premier long-métrage de fiction, Ester Martin Bergsmark a fait appel à Saga Becker, une actrice transgenre dont la grâce éclaire chaque plan du film. Un choix qui mérite d’être souligné tant le débat demeure entier : peut-on confier le rôle d’une personne transgenre à un comédien qui ne l’est pas sans faillir à l'impératif d'une meilleure représentation des minorités ?

Laurence Anyways, Xavier Dolan, 2012

Le jour de ses trente ans, Laurence fait part à sa compagne Fred de son désir de devenir une femme. La suite est un combat qui se joue sur tous les fronts : faire comprendre à celle qu’il aime que, s'il vivait dans le mensonge de son identité, il n'a jamais douté de leur histoire ; assumer le changement de regard de ses parents, de ses élèves et de la société sur l’être intime qu’il expose soudainement à la face du monde entier. Quatrième long de Xavier Dolan, Laurence Anyways est sans doute son premier film à imposer une esthétique aussi aboutie et un drame qui, comme souvent chez lui, tient plus dans l’amour menacé que dans la transidentité. Ralentis, opulence des plans et émotions baroques : tout y est, sans oublier la bande-son qui juxtapose Beethoven et Céline Dion – dont une seule chanson pourrait résumer à elle seule tout le motif du film : Pour que tu m’aimes encore.

Bonus caché : Lucy, Melinte Reitzema, 2017

Impossible à se procurer depuis sa présentation en festival, Lucy vaut pourtant le détour. Ce documentaire raconte la vie extraordinaire de Lucy Fizz - danseuse habituée de mythiques clubs londoniens - et son parcours de femme transgenre. Premier film de Melinte Reizema, le documentaire rapproche son témoignage de celui de sa mère, de ses amis d'enfance et des personnalités qui l'ont vue s'affranchir des injonctions qui pesaient sur elle. À l'instar de Bambi, Lucy offre, par la générosité de son récit, une leçon de courage à destination des nouvelles générations.

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