mais où étaient les réalisatrices aux video music awards ?

On a sélectionné les plus beaux clips de 2017 réalisés par des femmes, dont personne n'a (suffisamment) parlé et qui méritaient pourtant largement de concourir aux VMA.

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août 31 2017, 10:40am

Aux derniers Video Music Awards, c'est Beyoncé qui raflait la récompense ultime, Best Video of the Year, pour le superbe clip de Formation, réalisé par Melina Matsoukas. Malheureusement, le cru 2017 n'a pas vraiment célébré le talent des femmes réalisatrices, grandes absentes des catégories Video of the Year, Best Direction ou Best Cinematography. Si les VMA sont connus pour préférer le spectacle et les guests de luxe aux prouesses visuelles et à l'inventivité créative, il n'en demeure pas moins essentiel de considérer le travail des femmes vidéastes dans la musique. L'industrie sape et sous-évalue le travail des femmes en permanence, ce qui rend leur absence de visibilité sur un tel événement encore plus regrettable... Comme on n'est jamais mieux servis que par nous-mêmes, voici donc quelques réalisatrices à l'origine de clips somptueux. Nouveaux visages ou artistes accomplies, ces 8 femmes ont toutes contribué à leur manière à élever l'esthétique musicale cette année. Les cérémonies leur font la gueule, nous on applaudit.

Princess Nokia, G.O.A.T, réalisé par Milah Libin et Destiny Frasqueri
Au cours de sa carrière, Princess Nokia s'est essayée à plusieurs styles très différents, du cyber punk au funk sauce seventies. Et même si l'évolution de son esthétique fait écho à sa versatilité sonore, la reine de Harlem a gardé une constante : le fait de travailler avec des femmes. G.O.A.T marque la première sortie de Nokia sur Rough Trade Records et la cinquième collaboration avec son amie et réalisatrice Milah Libin. Au-delà de cette co-direction qui ne cesse de faire ses preuves, les deux artistes sont à l'origine de Smart Girls Club, un incubateur de créativité féminine qui nous donne encore plus confiance sur la suite de leur construction esthétique.

Oyinda, Serpentine, réalisé par Pussykrew
Le visuel le plus barré de notre liste vient du duo interdisciplinaire polonais Pussykrew. La première minute de la vidéo déshabille un Los Angeles en noir et blanc, d'une épure et d'une beauté rare, faisant de l'artiste nigériane et britannique le sujet central. Après ça, le clip se transforme en pastille de science-fiction : une Oyinda en 3D vient se fondre dans un décor cryptique et effrayant. La chanteuse raconte avoir voulu créer une réalité parallèle qui mimerait l'effet d'hypnose. Quoi de mieux que le Pussykrew pour explorer un espace virtuel imaginaire cotoyant des univers alternatifs ?

Jamila Woods, Holy, réalisé par Sam Bailey
Dans Holy, Jamila Woods se prélasse dans son bain, encadrée de ses longues tresses flottantes suspendues dans l'air, questionnant la force et la magie de la féminité noire. La voix douce de la chanteuse de Chicago rebondit sur un refrain ( « woke up this morning with my mind set on loving me ») qui traduit son envie : « représenter le fait de prendre soin de soi comme un acte sacré. Rendre magiques nos rituels ordinaires, quotidiens, ce que l'on fait dans notre chambre et nos salles de bain le matin ». Le clip est réalisé par une collaboratrice fréquente de Woods, Sam Bailey, accessoirement à la manœuvre de la web-série nommée aux Emmy Awards, Brown Girls, aujourd'hui produite par HBO. Et l'amour de Bailey pour Chicago ne s'arrête pas là. Elle a également réalisé un clip incroyable, Ride, pour Shea Coulée, talent local et candidate de la saison 9 de RuPaul Drag Race.

Grimes, Venus Fly feat. Janelle Monae, réalisé par Grimes.
Grimes n'en finit pas de surprendre et de se surpasser à chaque nouveau projet. Venus Fly est un mini-film de sept minutes, une œuvre visuelle étrange, cyber goth, réalisée par Grimes herself et conclue en une séquence post-crédits qui nous donne une idée de ce qu'il se passe dans la tête de la musicienne. On ne peut que se réjouir de la voir enfin travailler avec Janelle Monae, elle non plus peu avare en élans psychédéliques. Comme quoi, tout vient à point à qui sait attendre.

GoldLink, Meditation feat. Jazmine Sullivan & Kaytranada, réalisé par Christine Yuan.
Goldlink a retourné notre été. À peine remis de leur tube Crew, les rappeurs de Baltimore joignent leurs forces à celles de Jazmine Sullivan et Kaytranada pour ce qui s'annonce déjà comme un nouveau hit. En créant l'atmosphère de ce qui pourrait être une after-party d'AFROPUNK, la réalisatrice Christine Yuan raconte une nuit d'innocence heureuse qui sombre peu à peu dans le chaos. Basée à LA, la cinéaste travaille régulièrement sur des clips ou des courts-métrages, et signait récemment dans la société de production londonienne Knucklehead.

The Kills, Whirling Eyes, réalisé par Sophie Muller
Le nom de Sophie Muller ne vous dit peut-être pas grand chose comme ça. Et pourtant, elle a déjà gagné deux Grammy Awards et de nombreux VMA. C'est elle qui se cache derrière les visuels des clips de « Don't Speak » de No Doubt, du « Hips Don't Lie » de Shakira et de « Ring the Alarm » de Beyoncé. Rien que ça. Pour le clip du dernier single de l'album Ash & Ice de The Kills, Muller explore de nouveaux territoires en se tournant vers une technologie encore marginale, risquée si elle ne se retrouve pas entre des mains expertes. La fameuse VR à 360°, qui nous permet ici de suivre Alison Mosshart et Jamie Hince d'une piste de patins à roulettes à un parking désert ou un coin de rue de Los Angeles.

M.I.A., Powa, réalisé par M.I.A.
M.I.A a toujours fait dans l'efficace. Dès les premières images de Powa, on est dedans. La chanteuse est allongée à l'arrière d'un camion rempli de fleurs, qui s'échappe vers le mur dont Trump rêve sans doute, devant lequel des danseurs s'agitent. Pas frileuse quand il s'agit de mettre un pied en politique, avec Powa, M.I.A fait référence à Rihanna, Mariah Carey, Ariana Grande, les Spices Girls, Madonna, et place quelques scuds bien sentis à l'attention d'Oussama Ben Laden et Barack Obama. Parce que malgré les controverses à la chaîne, M.I.A reste l'une des artistes alternatives les plus influentes du monde et que cette vidéo en est l'énième confirmation.

Wild Beasts, Alpha Female, réalisé par Sasha Rainbow
La dernière vidéo de Wild Beasts rend hommage au mouvement de skateuses qui ne cesse de grandir en Inde. On y suit Atitia Verges, la première skateuse professionnelle, et les collectifs Holystoked Skate Crew et Girl Skate India, sillonnant les rues et les skateparks de Bangalore. Chaleureusement accueillie par cette communauté, la directrice artistique et réalisatrice Sasha Rainbow lui a rendu son amour en retournant dans la bille pour tourner un documentaire sur les filles qui ont inspiré le clip. Comme le suggère le refrain, « Alpha female, I'll be right behind you, » : nous aussi, on va suivre à la trace les carrières de toutes ces réalisatrices.