le réalisateur du « tombeau des lucioles »  est mort

Co-fondateur du studio Ghibli, cinéaste engagé, Isao Takahata est mort ce matin à l'âge de 82 ans.

|
avr. 6 2018, 10:46am

Par son simple titre, Le Tombeau des Lucioles annonçait déjà son intention : débarrasser le cinéma d’animation de sa présomption d’innocence et l’éveiller au sens de l’histoire. Sorti en 1988, le film racontait le périple de deux enfants livrés à eux-mêmes dans le chaos du Japon de la Seconde Guerre Mondiale. Un récit de survie et de solidarité entre un adolescent cherchant à protéger sa sœur de la violence armée et dont les lueurs d'espoir se résumaient à celle des lucioles nocturnes.

L’histoire ressemble à celle de Takahata : en 1945, alors âgé de 10 ans, lui et sa sœur fuient leur maison en pleine nuit pour échapper à un bombardement américain. À travers son plus grand succès, Isao Takahata affirmait toute l’ambition du Studio Ghibli, co-fondé avec son ami Hayao Miyazaki trois ans auparavant : raconter un univers dont l’injustice dépasse le monde des adultes et où seule la poésie semble capable de paix.

La poésie passionne Takahata. C'est d'ailleurs par elle qu'il découvrira Jacques Prévert et son travail sur le scénario du Roi et l’Oiseau. Le film marquera un tournant majeur dans son appréhension du cinéma, lui confirmant que l’animation a, elle aussi, le pouvoir de mettre le réel en récit. Car contrairement à son ami Miyazaki, Takahata ne dessine pas, délaissant la minutie du crayonnage au profit d’une perspective plus globale - celle de la réalisation. En quête permanente de nouvelles formes d'écriture, Takahata ne manque pourtant pas d'émettre des réserves face à l’expansion du numérique. À rebours de l’engouement pour l'image de synthèse, il estime que le point fort de l’animation réside justement dans son anti-naturalisme : « En gardant tout à plat, elle laissait au spectateur la liberté d’imaginer ce qu’il y avait derrière l’image. »

Dernièrement, Isao Takahata avait produit La Tortue Rouge, une réalisation qui pourrait résumer la constance de sa vision du monde : coloré, riche d’une incroyable nature mais dont la beauté se révèle impuissante face au temps qui passe. « Mais pourquoi est-ce que les lucioles meurent tellement vite ? »