qui est serge livrozet, le prisonnier qui a inspiré foucault et tous les insoumis de france ?

Il y a près d'un an sortait le documentaire « La mort se mérite », réalisé par Nicolas Drolc. Un portrait hommage à Serge Livrozet, grande figure de la contre-culture militante française, désormais disponible en VOD.

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oct. 3 2017, 10:47am

« Ma mère m'a toujours dit de ne jamais devenir maquereau ou flic. » Serge Livrozet sera donc bandit. Mais pas n'importe lequel : un bandit qui force le respect, parce qu'il se bat pour une Justice plus juste. Il n'a pas choisi d'être un criminel et il le revendiquera toute sa vie : c'est la société qui l'a poussé à le devenir. Cette société qu'il perçoit comme une fabrique à prisonniers, une machine à délinquance tant son inégalitarisme contraint une large partie de la population à sa seule survie. En sortant de prison en 1972, Livrozet explique que son incarcération a été comme une renaissance pour lui, un réveil politique nécessaire et salvateur. Il ne cessera par la suite de défendre les droits des prisonniers, de condamner un État tentaculaire oppresseur et de contester les discours généralisant qu'il produit en redonnant une voix à ceux que l'on condamne trop vite.

Présent lors de la création de Libération, devenu écrivain mais aussi compagnon de pensée de Foucault avec qui il a fondé le Comité d'Action des Prisonniers, Serge Livrozet incarne une rage politique qui se fait de plus en plus rare et que l'on n'a plus l'habitude de voir sur nos écrans stérilisés. Et pourtant, nos générations ont beaucoup à apprendre de lui – de son énergie militante comme de sa mélancolie de vieillard. Le jeune réalisateur Nicolas Drolc l'a bien compris. Il lui consacre un nouveau documentaire, La mort se mérite, sorti en salle ce mois-ci. Un portrait poignant et sincère, vériste et sans détour dans lequel on découvre un Livrozet fatigué – il vient de se faire opérer – mais toujours autant engagé, même face à la mort qui le nargue. Une grande leçon de révolte. i-D a rencontré Nicolas Drolc pour parler d'engagements et de futur.

Ton premier film, Sur les toits, portait déjà sur le milieu carcéral. Comment en es-tu venu à t'intéresser à ce milieu ?
Ça m'est un peu tombé dessus. J'ai grandi à Nancy. Quand j'étais gamin je passais quatre fois par jour devant la prison Charles III qui était entre le collège et ma maison. Cette prison était très présente pour les habitants du centre-ville de Nancy. Il y avait des parloirs sauvages, des détenus qui nous alpaguaient aux fenêtres, donc je la connaissais bien de l'extérieur. Mon père a été photographe pour la presse quotidienne régionale pendant quarante ans et il avait photographié la révolte de la prison de Nancy en janvier 1972. Quand il est parti à la retraite, il a ramené plein de photos à la maison. J'ai fouillé là-dedans en espérant y trouver des photos de Joe Strummer mais je suis tombé sur une enveloppe où il y avait des négatifs de la révolte de la prison Charles III. Je m'intéressais déjà à l'histoire des luttes sociales en France et aux Etats Unis, donc ça m'intéressait beaucoup. Je lisais Howard Zinn à cette époque et je commençais à comprendre l'importance du récit des pages méconnues de l'histoire sociale. J'ai donc fait Sur les toits un film faisable à petite échelle, je pouvais retrouver ces mecs, sans prendre d'avion, c'était aussi un documentaire pas cher ! J'ai donc lâché mon job à la RTBS en Belgique, je suis rentré à Nancy, je me suis mis au chômage et j'ai réalisé Sur les toits.

C'est comme ça que tu as rencontré Livrozet ?
Oui. Je m'étais plongé dans son livre De la prison à la révolte édité à L'esprit Frappeur et c'est là que je me suis rendu compte de son importance. Il sort de prison en 1972, fait la rencontre de Michel Foucault qui est derrière les détenus depuis un an avec le groupe « Informations Prison ». Livrozet avait un peu toutes les casquettes : celle de l'ancien détenu qui avait mené des actions en prison et celle de l'intello qui publie un bouquin en sortant, côtoie Foucault, Sartre, Deleuze. Je l'ai donc contacté, et je suis allé à Nice pour l'interviewer dans le cadre de Sur les toits. On est devenus copains et on a commencé à s'appeler régulièrement. Il m'a proposé de revenir à Nice quand je voulais et c'est ce que j'ai fait plusieurs fois. En décembre 2015, il m'a appelé pour me dire qu'il allait subir une opération très lourde. Je suis venu le voir avec une caméra et des micros. C'était essentiel de recueillir sa parole avant qu'il meure dans un format plus long que celui de Sur les toits.

Quelle a été sa réaction en te voyant arriver avec une caméra ?
Je ne sais plus si je l'avais prévenu. Je ne crois pas. Mais ça ne l'a pas surpris. Le fait que je sois seul, et le côté très incertain du projet, m'a permis de procéder de manière naturelle. Ce film est un hasard, même la distribution. C'est des copains qui l'ont proposé à un distributeur : pour moi, il était trop intime pour pouvoir toucher les gens. Je suis donc assez surpris qu'il soit plutôt bien accueilli. Sur les toits avait une dimension un peu sensationnaliste, un peu bankable sur grand écran. Mais entendre ce vieux de 78 ans dire que la vie c'est de la merde et que le monde est en train de devenir cinglé pendant une heure et demie... Je ne pensais pas que ça allait passionner !

J'ai l'impression que c'est un peu le dernier des bandits, mais le bandit comme on aime les fantasmer. Un bandit juste et sincère.
C'est le témoin d'une époque et c'est aussi le dernier des anti-renégats du vrai esprit de 1968. Il ne supporte pas des types comme July, Cohn-Bendit... parce qu'il ne supporte pas l'idée qu'on puisse trahir ses idées par carriérisme ou pour asseoir une position sociale. C'est quelque chose de très rare. On va commémorer les 50 ans de 1698 l'an prochain et il y aura peu de témoins qui pourront prétendre à une telle intégrité intellectuelle. C'est quelqu'un qui a bénéficié d'une certaine aura médiatique à un moment : dans les années 1980, il bouffait régulièrement avec Badinter. Il aurait pu, par carriérisme, se caser comme conseiller au Ministère de la Justice ou dans une planque où il aurait gagné du fric et une vie moins marginale que la sienne. Mais finalement dans les années 1990, il n'avait qu'une émission sur Radio Libertaire, il écrivait un peu pour Les Inrocks ou dans des canards vraiment marginaux genre Zoo. Il était dans un petit circuit. Dans les années 1970, il a sorti ses premiers bouquins chez de gros éditeurs comme Mercure de France parce qu'à l'époque, même les maisons d'éditions de droite avaient compris l'intérêt d'avoir une collection un peu gauchiste. C'est pour ça qu'il s'en est méfié et a quitté les grandes maisons d'édition pour fonder la sienne. Dans sa deuxième maison d'édition Les Lettres Libres, il n'existait pas de hiérarchie salariale, il gagnait autant que les autres : il mettait vraiment ses idées en pratique.

« Je parle sans gloire ni honte » dit Livrozet à un moment du documentaire. De ton côté aussi, on ne perçoit pas la volonté d'en faire un héros, ni de le juger.
C'est vrai. Je n'ai pas essayé de le mettre sur un piédestal ou de le magnifier. Je tombe certainement dans l'écueil parfois, parce que je suis jeune. J'ai tenté de le montrer dans ses moments bancals, dans ses moments de vieux un peu relou. Il y a un respect mutuel entre nous. Il n'a demandé aucun droit de regard sur le film, j'avais peur de le lui montrer mais il en est finalement content. J'aurais pu faire un truc plus larmoyant parce qu'il a la larme facile mais j'ai finalement coupé pas mal de pleurs parce que je ne voulais pas tomber dans un truc trop mélo non plus.

Livrozet a toujours essayé de donner la parole à ceux que l'on condamne trop vite. C'était un peu ta démarche à toi aussi ?
Oui. D'ailleurs, Livrozet m'a raconté qu'un jour il s'est fait interroger par un commissaire pour un braquage dans les années 1970. Le flic lui a dit « je vous relâche parce que si j'ai appris quelque chose dans ma carrière, c'est qu'il valait mieux un coupable dehors qu'un innocent dedans ». Des coupables dehors, il y en a plein, ce sont tous ceux qui ne se font pas arrêter. Alors un coupable de plus dehors, c'est pas grave. Ce qui est grave, c'est un innocent dedans. Cet épisode l'a beaucoup marqué.

Penses-tu qu'on réduit toujours autant les condamnés au silence ou que les choses ont évolué ?
À l'époque où Livrozet a milité pour le Comité d'action des prisonniers dans les années 1970, il y avait 35 000 détenus. Aujourd'hui, il y en a 66 ou 68 000 et on continue de construire de nouvelles prisons. C'est un constat d'échec qui rend Livrozet malade. Ce qu'il dit, et que je pense aussi, c'est qu'une société a la délinquance qu'elle mérite. Plus une société devient inégalitaire, plus elle génère de la délinquance alimentaire. Parce que les pauvres sont bien obligés de se démerder pour vivre ! Dans Sur les toits, on entend témoigner des types qui ont pris six mois parce qu'ils ont volé une mobylette. Ça semble énorme mais aujourd'hui, si tu tombes sur un juge un peu con, que t'as déjà un casier et que ta gueule ne lui revient pas, tu prendras 6 mois aussi ! Quand Livrozet dit dans le film que « la justice n'a ni à être sévère ni à être exemplaire, elle a à être juste », c'est en plein dans l'actualité ! À l'époque, Livrozet pouvait crier « pourriture de justice française » en plein tribunal, il s'en sortait avec 1500 balles d'amende et 30 organisations politiques qui le soutenaient. Aujourd'hui, qui soutient les mecs qui ont cramé des voitures pendant les manifs de la Loi travail et qui risquent huit ans ferme ? La société est un peu plus individualiste et un peu plus dépolitisée. Alors oui, il y a du chauffage maintenant dans les prisons, mais ce que dit Livrozet c'est : « je me fous que vous me donniez un morceau de viande en plus quand je suis en prison, ce que je veux, c'est que la société change pour ne plus que j'y aille. »

Livrozet a une posture qui se fait rare. Il réveille un esprit de révolte globale contre un pouvoir institutionnel tentaculaire et oppresseur…
La devise du Comité d'action des prisonniers, c'est : les chaînes des prisonniers sont les mêmes que celles des individus qui n'ont aucun pouvoir sur leur vie mais elles sont simplement plus visibles. C'est la société elle-même qui est une prison et ça explique pourquoi Livrozet s'est si bien entendu avec Foucault : la prison, c'est Surveiller et Punir. C'est aussi pour ça que le film accorde de l'importance aux plaisirs, aux cigares etc. Ça, c'est Foucault aussi : si tu maîtrises les plaisirs, tu maîtrises les esprits.

Plus il y a de plaisirs, plus il y a d'interdits ! À quel titre penses-tu que Livrozet est une incarnation de la pensée foucaldienne ?
C'est le détenu qui ne réfléchit pas seulement en tant que délinquant ou prisonnier mais qui remonte plus loin à sa condition sociale de mal-né et qui en fait l'explication de sa délinquance. Je pense que c'est ce que Foucault a trouvé chez Livrozet : le détenu un peu idéal. Livrozet a ensuite eu l'idée de dissoudre le groupe Information Prison. La volonté du Comité d'Action des Prisonniers, c'était de dire que les prisonniers allaient s'occuper de leurs problèmes eux-mêmes, qu'ils n'avaient plus besoin des intellos : « Vous avez ouvert la voie, mais maintenant nous devons parler en notre nom : on doit écrire notre journal, on doit faire nos manifs » et c'est ce qu'ils ont fait. C'est quand même le Comité d'Action des Prisonniers qui a organisé les premières manifs contre la peine de mort. C'est quelque chose qui est complètement oublié. Dans l'imaginaire des gens, la peine de mort, c'est Badinter et l'arrivée de la gauche, mais sans le Comité d'Action des Prisonniers et les révoltes à Nancy pour préparer l'opinion publique et faire en sorte que la mesure soit acceptée, rien n'aurait pu se passer. Quand le Comité d'Action des Prisonniers a fait les premières manifs, ils défendaient des types indéfendables, des meurtriers, et ça choquait beaucoup les gens à l'époque ! Mais ils ont fait d'énormes manifs et ont tiré leur journal jusqu'à 50 000 exemplaires, ce qui était énorme.

Tu dis que Livrozet se définit comme un mal-né. À un moment du documentaire, sa langue (ou son esprit) fourche : alors qu'il veut dire classe sociale, il parle de "race sociale" et finit par trouver l'expression appropriée.
Sa mère était prostituée à Avignon, il a grandi dans des hôtels infestés de puces, de blattes et de cafards. À 13 ans et demi, il montait sur des échelles sans sécurité, il descendait dans des cheminées et dans des chaudières changer des briques réfractaires. C'est un film de conscience de classe. La notion peut sonner un peu passéiste mais c'est ce que dit le film : il y a une guerre des classes et les riches sont en train de la gagner.

Penses-tu qu'on a désarmé la guerre des classes et que les classes privilégiées ont gagné ?
Oui, il y a moins d'esprit de contestation. Les gens sont plus divisés, plus individualistes. Notre société monte les pauvres les uns contre les autres, partout. Dans les prisons notamment, c'est la raison pour laquelle les matons viennent souvent du même milieu social que les détenus, et que le contrôleur du métro met une amende au mec qui a grandi dans la même cité que lui. À part dans les hautes sphères, on est dans une société qui monte les pauvres les uns contre les autres et qui depuis quelques années, grâce aux crédits, permet aux pauvres d'accéder à un semi-confort illusoire. Tout est fait pour les endormir : le foot, les religions... Même moi, je me sens dans ce paradoxe d'entre soi et de reproduction sociale avec mon travail parce que les gens qui viennent voir mes films dans les cinémas d'art et d'essai sont loin d'être les mecs de la cité qui vont en prison ! C'est des profs, des cadres, des gens issus des classes moyennes supérieures qui sont déjà un peu au courant de tout ça et qui sont d'accord. Je ne prétends pas changer le monde avec ces films-là. D'ailleurs, je ne fais pas des films militants. Le film sur Livrozet, c'est beaucoup plus un conte philosophique, un portrait, un exercice de style qu'un film franchement militant.

L'ambiance sonore et musicale tient une place de choix dans le film. Il y a un côté un peu Série Noire, presque polar. C'est ce que tu voulais ?
J'avais la volonté de faire quelque chose un peu stylisé. Je m'intéresse beaucoup à la musique et aux sons et je trouve dommage que cet aspect soit si souvent délaissé dans le documentaire. Pour Sur les toits, j'avais organisé une BO dans les règles de l'art : une projection des images en studio avec des copains de Nancy et de Metz. On avait sorti la BO en vinyle. Là, ça a été plus compliqué. Au début je devais enregistrer avec un groupe et finalement, c'était trop cher. Donc j'avais déjà mis en aplat des morceaux d'électro bizarre, enregistrés à la Nouvelle-Orléans par un type qui s'appelle Quintron, qui est musicien mais aussi électronicien et qui a inventé plein d'instruments de musique depuis les années 1990. Là, il en a inventé un qui s'appelle le Weather Warlock, c'est une station météo fixée sur le toit de sa maison avec un capteur qui prend tous les paramètres météo, une espèce de drone, très John Carpenter. Je lui ai parlé du projet de film et lui ai demandé si je pouvais utiliser le Weather Warlock. Il m'a dit « envoie-moi un dessin ou n'importe quoi sur un bout de papier et je te renverrais quelque chose, parce que donner de l'art c'est mauvais pour le karma ». Je lui ai dessiné un truc sur un mouchoir et il m'a envoyé les morceaux. J'en suis content parce que c'est pas une musique qui prend le spectateur par la main. L'émotion est vraiment là pour accompagner le mouvement, suffisamment neutre et en retrait. Le côté film noir, c'est ma culture aussi. C'est aussi pour cette raison que j'ai choisi ce titre.

Livrozet a une attitude un peu duale face à la caméra. On sent un besoin de reconnaissance vis-à-vis de son opposition, de la révolte à laquelle il a consacré sa vie et en même temps, il a une certaine humilité, celle d'un homme face à la maladie, face à la mort.
Je pense qu'on ne peut pas vivre sans s'aimer un minimum. Livrozet a cet égo et il n'est pas surdimensionné en comparaison avec tout ce qu'il a fait. En 2000, il a tout envoyé bouler, il est parti à Nice, seul, en se disant qu'il prenait sa retraite. Je pense que ça a été très dur pour lui de se faire oublier. Il est toujours pris dans cette dualité, avec l'envie de revenir, parce qu'il s'intéresse beaucoup à l'actualité. Il doit être frustré de voir tous ces gens qui s'expriment et qui n'ont rien à dire. Il m'a dit plusieurs fois avec la larme à l'œil qu'au Comité d'Action des Prisonniers, il n'y avait pas de président. Sur le papier, il l'était parce que c'était une association qui en demandait un, mais à chaque fois qu'il signait, c'était en écrivant « responsable ». Il a toujours été contre toute forme de hiérarchie et il se l'est appliqué à lui.

Le film est une ode à la vie, sur un mec qui s'y accroche avec la lucidité de dire que la vie, c'est de la merde et qu'il aurait préféré ne pas naître. C'est la raison pour laquelle il se dit heureux de ne pas avoir mis un enfant au monde qui puisse venir lui demander pourquoi il est né dans un tel bordel, dans cet asile à ciel ouvert. Il a une attitude ambigüe et en même temps, il n'a pas envie de mourir. Je l'ai beaucoup vu ces derniers temps, il est venu à Paris et il est reparti à Nice tout seul en bagnole, pour un trajet de onze heures. Il va avoir 78 ans ! Il était content de venir parler de cette histoire. Il s'accroche mais ça ne l'empêche pas de dire qu'on s'accroche parce que c'est notre putain d'instinct de conservation, de survie, mais que tout ça c'est de la merde. Il dit que pour lui, le drame c'est d'être comme un ordinateur : s'éteindre le soir sans savoir s'il sera capable de redémarrer. C'est quelqu'un qui a gardé un esprit très jeune dans un corps de vieux, il vit donc beaucoup de frustrations.

Qu'aimerais-tu que les jeunes générations retiennent de Serge Livrozet ?
La pensée libertaire qu'il a portée avec le Comité d'Action des Prisonniers, la façon différente d'aborder le problème carcéral. C'est ce que je répète partout quand je vois des jeunes qui débarquent au Genepi et qui parlent des conditions de détention. C'est pas ça le problème, le problème c'est pourquoi les gens vont en prison. C'est comme l'Observatoire National des Prisons, Livrozet n'aime pas ce terme d'observatoire, il dit : « On observe une planète mais on n'observe pas une prison : il ne faut pas observer, il faut agir ». C'est un peu con parce que tout le monde retient Mesrine alors qu'indirectement, Livrozet a aidé Mesrine. Mesrine était beaucoup moins politisé et incarnait une image du bandit individualiste qui ne colle pas à Livrozet. Même dans les milieux intellos, on s'intéresse à Foucault et au groupe Informations Prison, mais Livrozet est beaucoup moins répandu. De la prison à la révolte est un livre majeur, préfacé par Foucault et qui n'a pourtant jamais été traduit ! Il est l'équivalent de George Jackson aux USA, que Livrozet admirait d'ailleurs beaucoup, comme Angela Davis. Ils appartiennent au même courant ! J'aimerais que le film réhabilite la place de Livrozet dans l'histoire de la contre-culture et des luttes sociales françaises.

Et toi, quelle est la plus belle leçon qu'il t'ait enseignée ?
Je ne sais pas, il m'a appris tellement de choses dans plein de domaines différents... C'est une leçon de vie, pas non plus hyper réjouissante, parce qu'il y a l'idée que dans tout ce que tu entreprends, tout est voué à l'échec et qu'on va tous disparaître ! Quand j'ai pas le moral, j'évite de l'appeler... Mais on se paye de vraies tranches de rigolade, on fait des trucs de potes, on regarde Terminator 2 ensemble quand ça passe à la télé : c'est une belle amitié ! Il m'a appris plein de trucs : des recettes de cuisine, comment ouvrir une porte avec des bouchons si t'as perdu la clé, comment changer un filtre à huile dans une bagnole... Il m'a appris que si tu veux te regarder dans un miroir tous les jours, il ne faut pas trahir les idées dans lesquelles tu crois.