anthony vaccarello remplace hedi chez saint laurent

Le créateur belge d'origine italienne de 34 ans prend la tête de la direction artistique de la maison française.

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avr. 4 2016, 4:40pm

La nouvelle est enfin tombée : Anthony Vaccarello sera bien le nouveau directeur artistique de la maison française. Il remplace Hedi Slimane, dont le départ a été annoncé vendredi dernier. Tout le monde s'en doutait un peu depuis les derniers défilés homme, personne donc ne sera très surpris de l'apprendre. Beaucoup ont critiqué Slimane à son arrivée chez Saint Laurent - il a quand même retiré le 'Yves' du 'Saint Laurent' et défoncé les portes de la maison française à grands coups de boots et de guitares pour mieux y installer son univers rock indie cool qu'il affectionne tant. On n'aurait surement pas pardonné si le succès commercial n'avait pas massivement été au rendez-vous. Même si on peut voir des similarités entre l'esthétique de Vaccarello, l'univers du créateur belge (qui vient d'annoncer son départ de Versus Versace et la séparation avec son mentor Donatella) est beaucoup plus nostalgique de la pop 1990 que du rock underground cher à Slimane. 

Slimane et Vaccarello se distinguent tous les deux par leur étonnante discrétion - silencieux, jamais un mot au dessus de l'autre, on ne les entend jamais dans les médias. Pourtant, leur esthétique respective, bien que différente, exacerbe cette idéal un peu punk, irrévérencieux, ultra-glamour né dans les années 1970 et 1980. Slimane s'est toujours tourné vers le rétro du rock'n'roll, Vaccarello s'est replongé dans les nineties. ''Je suis du genre nostalgique, l'aura sexuelle qui se dégage de cette décennie me fascine. Le sexe était différent'' confiait-il à i-D dans une interview l'année dernière. ''À cette époque, Madonna réalisait son Sex Book - j'en suis fou - Tom Ford faisait des collections ultra-sexy, très puissantes.'' La question qui est sur toutes les lèvres, aujourd'hui, est la suivante : Vaccarello va-t-il creuser le sillon amorcé par Slimane et vivre de son héritage prospère ? On ne peut que parier sur cette voie, étant donné la concordance de leurs univers respectifs. Peut-être va-t-il reprendre à zéro, là où Slimane avait délaissé ce sempiternel chic parisien faire vibrer la maison, avec moins d'agressivité, plus de romantisme. Plus de Yves, en fait.

Tout comme Slimane, Vaccarello incarne une nouvelle génération de créateurs, en parfaite osmose avec une jeunesse pop et connectée. Mais à 34 ans, Vaccarello fait partie d'une génération plus jeune que celle de Slimane - qui a aujourd'hui 47 ans - quelques années d'écart qui lui vaudront d'être encore plus proche des nouvelles générations et de leurs désirs. Si les adeptes de Slimane ne juraient que par le rock underground et les groupes indés, ceux de Vaccarello, eux, écoutent du Madonna ou du Mariah Carey, badent Kate Moss lorsqu'elle posait pour les campagnes Calvin Klein et toutes les références culturelles qui vont avec la décennie 1990. Le créateur répond à une génération qui, comme lui, a grandi avec MTV, Beverly Hills, Naomi Campbell, Michael Jordan, aux premiers rangs de la naissance du web. Les codes de ce shift générationnel ne pouvaient pas être plus opposés à l'univers de Slimane. Mais s'émane de tout ça une forme de nostalgie proche déjà de l'oeuvre d'Yves Saint Laurent - mais exprimé chez lui de façon beaucoup plus romantique. Surtout, l'idée de Vaccarello du sexy est complètement antinomique avec les corps super skinny et très androgynes de Slimane. 

Vacarello s'était confié à i-D au sujet de la masculinisation des silhouettes féminines en 2015 : "je trouve ça triste, étrange même, parce que les femmes auront toujours des seins et des fesses. On peut le voir comme une façon de les protéger peut être." Si Saint Laurent reste Saint Laurent - et non plus Yves Saint Laurent - comme l'a décidé le groupe Kering au moment du rebranding de la maison de couture alors que Slimane en reprenait les rênes, Vacarello pourrait s'inscrire dans la continuité de son prédécesseur et épouser la vision rénovatrice entamée par Slimane. Un virage qui peut paraître, pour certains, comme contre nature. Lorsque Kris Van Assche reprenait la tête de Dior Homme en 2006 et succédait à Slimane, le créateur s'était posé dans le sillon de son prédécesseur, sans trop d'écart. Cette année, Van Assche fêtera ses 10 ans chez Dior Homme. Pour Kering, qui détient également Saint Laurent, Vaccarello est le coup de poker qui vient clore une série de paris aussi excitants qu'incertains mais qui ont toujours su mener la maison de couture encore un peu plus loin.

L'année dernière était celle d'Alessandro Michele chez Gucci, qui a lancé une révolution faite d'opulence et de fluidité du genre ; peut-être la révolution la plus importante dans la mode depuis le Dior Homme de Slimane. Cette année est celle de l'autre golden boy de Kering, Demna Gvasalia, avec une industrie à ses pieds depuis la présentation de son premier défilé Balenciaga en mars. Pour le meilleur ou pour le pire, Slimane a changé le visage de Yves Saint Laurent durant les sept saisons qu'il a menées, et on ne dira jamais assez à quel point ce lifting de la maison fut impressionnant. Comme il l'a fait pour Dior Homme, Slimane a réussi à produire des pièces que tout le monde a voulu porter, et les ventes impressionnantes l'ont bien prouvé. En ce sens, Anthony Vaccarello a d'ores et déjà un costume très grand à porter. Mais en ce moment, pour ce qui est du choix des créateurs, Kering semble enchaîner les sans fautes.

Credits


Photographie Collier Schorr