2015, l'année caitlyn jenner

Qui aurait cru que Bruce Jenner allait changer la face du monde cette année ? Personne et c'est normal. Caitlyn Jenner l'a fait pour lui.

par Anders Christian Madsen
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21 Décembre 2015, 11:37am

Image via @caitlynjenner

L'année dernière, je déclarais dans i-D que 2014 était "l'année Jenners''. J'y prédisais le futur succès de Kendall, de Kylie et de Kris. ''Comme pour les autres Jenners, ne perdons pas de vue l'athlète olympique de la famille, maintes fois auréolé.'' Je finissais sur cette légère incantation : ''2015 t'appartient, Bruce Jenner !'' Je réalise aujourd'hui la portée de mes mots et le sens qu'ils ont pris au tournant 2016. Compte tenu de ce que nous offre le présent, j'aurais sans doute accordé moins d'importance au maquillage de Kylie, à la carrière de mannequin de Kendall et au physique de Kris si j'avais seulement su ce qu'il adviendrait de Bruce. Parce que 2015 allait devenir l'année de Bruce - enfin non, 2015 est l'année où Bruce devint Caitlyn, exactement.

J'étais à Paris lorsque le Vanity Fair a sorti sa couverture, désormais culte. Je me suis renversée mon café dessus dans le très chic Le Sancerre. Début 2015, déjà, les rumeurs allaient bon train sur la transition de Bruce Jenner. Sa famille l'avait bien compris, Kim la première. ''Je pense qu'on traverse tous des choses dans notre vie et je crois que pour Bruce, il est temps d'accepter et de faire accepter son changement. Quand il sera prêt. C'est un long et grand voyage pour lui.'' Effectivement : les faits étaient là, les tabloïds à leur rendez-vous habituel. La célébrissime télé réalité Keeping Up With The Kardashian a soudain pris des airs très sérieux. Ce n'était plus de l'ordre du divertissement. Il se passait quelque chose. Déjà, aux yeux du monde entier et des médias, Bruce n'était plus ce père à l'origine du phénomène Jenner, non plus cet athlète bodybuildé que les ados collaient format poster aux murs de leurs chambres. Non. Un héro de la nation, porteur en lui du rêve américain, devenait une femme. Et du même coup, la face du monde en était changée.

Pour une famille qui n'a jamais caché sa soif de célébrité ni de reconnaissance, l'événement n'aurait pas pu passer inaperçu - l'ironie du sort, sans doute. Bruce acceptait sa transformation et transformait à son tour l'image de la famille Jenner aux yeux de tous. Pour cet opus et devant des millions de téléspectateurs, la famille Jenner apprenait à vivre un événement délicat, rare et complexe - un joli pied de nez à la superficialité ambiante qui régnait dans leurs rapports humains ou leurs apparitions à l'écran. Un gros pavé dans la mare, en somme.

Mais j'ai dû voir de mes propres yeux la couverture du Vanity Fair pour me rendre compte de l'impact sociétal de la transition de Bruce. Caitlyn était la réponse transgenre à l'épopée girly Kardashian-Jenner : cheveux brillants, maquillage immaculé, robes hyper-moulantes, Glamour incandescent - et sur le Vanity Fair, Caitlyn était tout ça réuni. Je lui ai trouvé un air de ressemblance avec Cindy Crawford. Tout faisait sens en fait. Son timing n'aurait pas pu être plus parfait. Alors qu'on commençait tout juste à accepter et comprendre la cause des transsexuels et l'exposition de quelques expériences dans les médias, après Lea T et Andreja Peijic dans la mode, Laverne Cox et les personnages de Glee dans le domaine du divertissement, c'était au versant masculin des sports et de l'athlétisme de se faire entendre - Caitlyn était là, c'est un fait. Qu'elle entame sa transition à l'âge de 66 ans et qu'elle soit la désormais belle-mère de Kanye Westn ça, c'était de la pure magie.

La transition de Caitlyn a soulevé la critique au sein de la communauté transgenre qui lui reprochait d'être trop privilégiée pour pouvoir représenter leur cause. Et plutôt que de faire fi de ces réticences, Caityn Jenner a abordé le sujet dans son émission télé I Am Cait, en mettant en scène, à travers le prisme de sa nouvelle vie, les contraintes et discriminations qui sévissent au sein de la communauté transgenre. Néanmoins, Caitlyn n'a pas entièrement renoncé à l'idée d'étaler son intimité familiale à l'écran. Impossible d'y échapper en effet, ses bastions de fans ne lui auraient pas pardonné. Mais sur ce point, les choses ont quelque peu changé. Par exemple, les chamaillades télévisées avec sa fille Khloé sont passées du divertissement voyeuriste à une véritable mise en lumière des combats d'une famille en pleine mutation, donnant ainsi une nouvelle orientation à la saga Kardashian-Jenner et la marque qu'elle était devenue. Si nous devions comparer cette évolution au déroulement du film The Truman Show, nous en serions à ce moment précis où Truman réalise la mascarade dont il a toujours joué le premier rôle et où l'honnêteté reprend le dessus sur la mise en scène de sa vie. Un tournant majeur donc.

N'en déplaise à leurs plus grands haters, cette année, le monde entier avait les yeux rivés sur la famille Jenners, Alors que Kendall et Kylie Jenner continuent à essuyer les critiques des médias pour ne pas avoir mis leur plateforme au profit de causes nobles et charitables, leur père (comme elles continuent à l'appeler) est devenu le symbole de tout un combat social et identitaire au sein de la machine à sous qu'est l'empire Kardashian-Jenner. En ce sens, il serait peut-être judicieux de faire preuve de patience envers cette fratrie. Après tout, il aura fallu toute une carrière olympique et 10 saisons de télé réalité à Bruce Jenner pour devenir une icône et mettre sa notoriété au service de la défense des droits d'une communauté trop longtemps stigmatisée. 2016 sera ton année Caitlyn Jenner ! Et nous serions ravis de voir tes enfants s'y mettre aussi. Vraiment.

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Texte : Anders Christian Madsen

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