eytys : quand la jeunesse sud-africaine inspire la mode suédoise

Max Schiller, le fondateur et directeur artistique de la jeune marque Eytys, partage avec nous les plus belles images de son magazine collaboratif, Delicious. L'occasion de prouver que la presse est loin d'être morte et de révéler les talents sud...

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avr. 22 2016, 11:02am

Je suis tombé amoureux du print dans ma petite vingtaine. J'étais en stage dans l'agence de design new-yorkaise Baron & Baron. Pendant trois mois j'ai fait de la recherche d'images au sein de la merveilleuse - et immense - bibliothèque de Fabien Baron. On trouvait de tout dans ces rangées de livres géantes. Des glossies âgés de plusieurs décennies aux éditions rares de grands maîtres de la photo, de l'art ou de l'architecture.

Je tournais les pages avec tellement de force et de passion que je me suis fait mal au bras. L'équivalent de la blessure au coude d'un tennisman, mais pour un geek des bouquins. C'est aussi à cette époque que j'ai commencé à passer mes weekends au Strand Bookstore de Broadway, à parcourir les rayons d'occasion à la recherche des perles rares que je pouvais me payer. Je cherchais des bouquins sur des grands maîtres de la photo à différentes périodes, en commençant par des gens comme Man Ray et André Kertész pour dévier vers Irving Penn et Richard Avedon puis Wolfgang Tillmans et Juergen Teller. J'ai vite lâché les grands noms pour m'intéresser aux livres de photographes qui m'étaient totalement inconnus.

Collectionner des livres est une entreprise lente, sur le long terme, qui contraste avec l'ère du numérique dans laquelle nous vivons. Une bibliothèque c'est une représentation assez intrigante de quelqu'un, des différentes périodes que l'on a traversées dans notre vie. Selon moi, le print et le numérique sont deux choses complètement différentes, qui n'ont rien à voir entre elles. Mais je ne serais pas capable de vivre sans l'un ou l'autre. J'utilise constamment Internet pour faire des recherches - je m'y perds pendant des heures et des heures. Je me tourne vers le print pour une expérience beaucoup plus évocatrice. C'est une sorte de rituel, de se retrouver seul chez soi à parcourir les pages d'un beau livre.  

Cela dit, Internet a fait de l'univers créatif une seule et même communauté de partage et j'entends accueillir et honorer cet élan de solidarité. Tout le monde y gagne, dans cet échange. À Eytys, notre première mission a été de faire les choses avec transparence et intégrité. On explique d'où viennent nos idées, chaque personne qui nous a inspiré est citée, et en ce sens, le digital est un outil génial. Depuis le tout début, même avant que la marque ne se lance, nous avons mis notre moodboard à disposition sur un Tumblr. Internet invite l'individualité à toucher l'universel - non seulement, il permet de créer des espaces pour tout le monde mais il est démocratique et sans frontières. La plupart de nos collaborations ont commencé avec une recherche google qui dérape. Moi, passant des heures à chercher quelque chose ou quelqu'un de talentueux, mais encore inconnu dans l'industrie de la mode. j'adore l'idée qu'Internet puisse rassembler les gens qui ont une esthétique et des intérêts communs, bien qu'ils ne soient pas issus des mêmes classes sociales ou qu'ils se trouvent à deux opposés de la planète. C'est ce qui s'est passé pour nous. J'ai d'abord découvert le travail de la styliste Gabrielle Kannemeyer en ligne, via un édito sublime qu'elle avait fait avec le photographe Travys Owen pour le créateur sud-africain Lukhanyo Dingi. Après quelques errances sur Google, je me suis retrouvé face au travail de Kristin-Lee Moolman et j'ai eu le coup de foudre. Elle vit à Johannesbourg et connaît toute la scène créative underground locale. Elle traine aussi avec les collectifs LGBT de là-bas. Elle les immortalise, aux côtés de Gabrielle, avec une sensibilité hors-norme. Elles ont une manière très personnelle de présenter le monde qui les entoure, avec élégance.

On voulait créer un truc dans ce genre là pour Eytys. Après plusieurs jours passés dans la ville, j'ai été subjugué par la scène artistique et créatrice qui s'y développe en ce moment, à contre-courant de la violence politique et économique qui enserre le pays. Delicious a été photographié par un jeune sud-africain. On retrouve les musiciens, les créateurs et les mannequins qui émergent en Afrique du Sud. Ils portent tous les créations des créateurs locaux qui montent. Les médias se focalisent sur la violence et la pauvreté du pays. C'est dommage, quand on sait qu'il existe une jeunesse qui crée et qui veut s'en sortir à tout prix. J'espère que Delicious lui rendra hommage. 

Delicious launches this week on Eytys.com and LN-CC

Credits


Texte Max Schiller