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les vraies "bad girls" font du rallye en palestine

Si vos références en terme de courses de voitures moyen-orientales se réduisent au clip Bad Girls de M.I.A. et à Fast and Furious 7, apprêtez-vous à attacher vos ceintures pour de vrai. Speed Sisters, c’est une histoire de rallye haute en octane, qui a...

par Colin Crummy
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16 Juin 2015, 2:45pm

Marah, Betty, Noor, Maysoon et Mona sont cinq jeunes femmes qui bouleversent les codes du genre en participant à des rallyes improvisés sur les circuits de la Cisjordanie. Ensemble, elles se battent pour faire tomber un ensemble de préjugés communautaires et de structures sociales traditionnelles. Mais leur camaraderie disparaît au moment où elles se lancent sur la piste pour se disputer les titres des grands rallyes de la région (comme le Palestinian Motorcycle ou le Motosports Federation).

Dans son premier long-métrage Speed Sisters, la réalisatrice libano-canadienne Amber Fares saisit les rivalités et l'esprit "girl power" de cette communauté tout en posant un nouveau regard sur l'occupation israélienne.

Le film, dont la première européenne s'est déroulée au Sheffield Doc/Fest, a obtenu le soutien de Madonna, et les femmes de cette communauté se sont elles-mêmes rendues en Arabie Saoudite pour porter leur soutien à la défense du droit des femmes de conduire (cause qui a été, accessoirement, évoquée dans le clip Bad Girls de M.I.A).

Amber Fares nous présente son film Speed Sisters, et nous donne une petite leçon de conduite au passage. 

Quelle a été ta première expérience de rallye en Palestine ?

Je suis allée à un rassemblement à Bethlehem. Il y avait 1000 personnes, de la musique hurlait dans les enceintes et les gens faisaient la queue pour prendre des voitures en photo. C'était génial, une scène incroyable. Au milieu de tout ça, il y avait ces deux filles qui se préparaient pour la course. Je suis restée scotchée.

La liberté de mouvement est un sujet primordial dans ton film. Dans leur quotidien, ces femmes sont freinées par les checkpoints et la Cisjordanie n'a pas de circuits de rallyes. Comment as-tu abordé ces thèmes durant le tournage ?

Les filles souffrent d'un manque de liberté ; leurs vies sont régies par un pouvoir extérieur et par une occupation militaire. Peu de chose les affectent mais je pense qu'elles ne se rendent plus vraiment compte tant elles sont habituées à cette situation. Lorsqu'elles veulent se rendre à Ramallah, des checkpoints leur barrent la route. Toi et moi, on serait outré, mais elles, elles y sont tellement habituées… À cause de tout ça, elles retrouvent une certaine liberté de mouvement dans la conduite. Elles sont restreintes sur plein d'autres plans mais lorsqu'elles sont au volant, elles ressentent ce même sentiment que t'as quand tu reçois ton permis à 18 ans. Mais là, puissance 1000. C'est au volant qu'elles reprennent contrôle ; cette juxtaposition est très importante.

As-tu été surprise par le fait que ces filles soient culturellement très bien intégrées dans la communauté du rallye ou que leurs familles acceptent sans problème leur hobby ?

Certaines d'entre elles ont expérimenté quelques réticences mais elles ont su faire leurs preuves, ont montré qu'elles comptaient rester et qu'elles adoraient la course. Tout le monde a fini par s'y faire. Et le directeur de la fédération de rallye a joué un rôle très important dans tout ça. Il a créé un espace pour que les filles puissent participer aux courses et a mis des voitures à disposition pour chacune d'entre elles. Il y a toujours eu de la place pour les femmes au final.

Quelles ont été les réactions après la diffusion du film en Palestine?

Le film a été projeté à Ramallah pour la première fois cette semaine. C'était la première fois que le père de Marah (qui est aussi son mentor et son plus grand fan) le voyait et la foule présente a adoré. Les gens l'ont adoré et étaient également surpris parce que lorsqu'un film sort en Palestine, il s'agit souvent d'une même trame narrative. L'occupation est le sujet dominant, les autres passent après. Le film a renversé cet équilibre et c'est rafraichissant pour la Palestine tout comme ça l'est pour n'importe qui d'extérieur. Tout le monde en a marre de voir les Palestiniens représentés systématiquement de la même façon. 

S'agissait-il d'un choix délibéré d'avoir une équipe de tournage entièrement féminine ?

Oui carrément. Je voulais que les filles se sentent en sécurité et créer un environnement dans lequel elles puissent être à l'aise pour s'exprimer librement. Je voulais que ce soit comme un refuge où elles pouvaient dire tout ce qu'elles voulaient sans être jugées. C'est un film à propos des femmes donc il était important d'établir un soutien et un environnement protecteur autour d'elles. Il n'y avait qu'un seul homme sur le tournage, un producteur - notre frère de vitesse.

As-tu toujours été branchée par les films de course ?

Je suis fan de Senna et j'ai vu tous les Fast and Furious.

Tu es montée dans les voitures avec elles ?

Oui je l'ai fait ; quelques fois de trop même. Rien que de monter dans leurs voitures sur l'autoroute me faisait déjà bien assez flipper!

speedsisters.tv

Credits


Texte Colin Crummy
Photographie Tanya Habjouqa