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Culture

les 7 fois où j'ai vécu comme dans sex and the city

Alors que la série cultissime de HBO fête cette semaine ses 20 ans, une millennial à l'approche de la trentaine est revenue sur les moments de sa vie se rapprochant le plus de SATC.

Millie Milliken

Capture d'écran de Sex and the City

J’avais à peu près huit ans la première fois que j’ai vu Carrie Bradshaw dans son tutu rose (et – comble de l’ironie – je portais le même tutu). Tout au long de mon adolescence, Sex and the City a été une fenêtre sur ce que pouvait être une vie de femme célibataire indépendante et citadine. Cette vie me semblait très riche en hommes (beaucoup plus qu'en réalité), en fêtes (très vrai sur ce point là) et en bavardages balayant des sujets particulièrement éclectiques : l’amour, le sexe, les poils pubiens, les vibromasseurs et tout ce qui s’en rapproche.

Pour moi et pour – je suppose que je ne suis pas la seule – bon nombre de millenials s’approchant de la trentaine, SATC permettait d'envisager avec un peu d'avance ce à quoi ressembleraient nos vies futures. Certains aspects s'annonçaient fantastiques (Mr Big, le vintage Chanel et les contrats d'éditions juteux), d’autres moins réjouissants (mariages ratés, grossesses non désirées et cancers du sein). Mais peu importe le réalisme des petites joies et des grandes peines de Carrie, Samantha, Miranda ou Charlotte, les vies de ces quatre incroyables femmes ont toujours contenu une dose de réalisme bien palpable.

Tellement palpable que je ne peux m’empêcher de me demander : à quel point ai-je essayé de calquer ma vie sur la leur ?

Je me suis lancée dans le journalisme
Un boulot offrant la possibilité de passer le plus clair de son temps en pyjama, fumant à la fenêtre de son bel appartement, une paire de Manolo aux pieds en avalant son café pour écrire – de temps en temps – une chronique au sujet de la vie sexuelle de ses ex ? Je signe. Chaque fois que j'ai vu Carrie Bradshaw assise devant son laptop, une Marlboro Light dans une main, un Cosmo dans l’autre, je me suis dit : « voilà un boulot qui m’irait bien ». Heureusement, des raisons moins triviales ont motivé mon choix d’écrire pour gagner ma vie (un amour pour la lecture, un goût du langage et un appétit insatiable pour les magazines) mais je mentirais en cherchant à nier que Carrie a été le déclencheur (j’ai certainement même pensé que je tomberais un jour sur mon propre Berger).

Résultat ? Je me suis lancée. Mais toute ressemblance s’arrête ici. Malheureusement, je dois mettre de vraies fringues pour aller travailler, il m’est impossible de boire ouvertement des cocktails à mon bureau (ma DRH juge que c'est une attitude « non-professionnelle ») et la chance de me voir un jour propriétaire d’une paire de Manolo avoisine celle de Kim Catrall de tourner SATC 3. Je n'aurais probablement jamais l'appartement de Carrie. Ni de Berger. Et je doute d’avoir un jour un poster de moi collé à l’arrière d’un bus. Mais suis-je heureuse de l’avoir fait ? Abso-fucking-lutely.

J'ai appris à faire le trapèze volant
Dans un drôle coup du destin, la mission tombée sur le bureau de Carrie s’est un jour retrouvée sur le mien : tenter l'acrobatie du trapèze volant. Malheureusement pour moi, New York Magazine ne s’est pas pointé en frappant à ma porte, mais lorsque l’invitation a atterri dans ma boîte aux lettres, j’ai très rapidement accepté : à quel degré de difficulté s’apparentait cette supercherie volante ? La réponse est, à un très haut degré de difficulté. Le matin du jour J, mon côté « journaliste d'investigation prête à tous les compromis » a cédé le pas sur un « bordel émotionnel réalisant que non, je n’étais pas suffisamment payée pour accepter de faire ça. » Après le premier pallier et ce qui peut être uniquement décrit comme « descendre d’une plateforme les yeux fermés et les mains collées à une barre », je suis restée accrochée. Tandis que certains participants semblaient heureux à l'idée de voguer sans but en avant et en arrière dans les airs avant de rebondir le ventre à l’air sur un trampoline, j'ai laissé filé le chronomètre en me préparant à essayer ‘la prise'.

Résultat ? La prise fut parfaite. Tonnerre d’applaudissements de la part du public, précédé par mes cris résonant à travers tout Regent’s Park, où j'ai fini par m’auto-convaincre qu’il s’agissait là de ma plus grande vocation. Mais lorsque j’ai réalisé que m’enfuir avec un cirque signifiait passer du temps avec des clowns (je n’aime pas les clowns) j'ai fini par me décider qu'il valait mieux revenir à ma plume. Je suis quand même contente d’avoir fini par sauter.

J’ai servi de distraction à un fétichiste des pieds
Les pieds, je déteste ça. Gros, petits, pieds gauches ou pieds droits : je vous invite à les tenir aussi éloignés de mon visage que le veulent les conventions sociales. Et ne pensez même pas coller vos chaussettes aux miennes. Mais ça, c'était avant. Un jour, j’ai rencontré quelqu’un qui aimait les pieds. Enfin, quelqu’un qui adorait les pieds. Je le surprenais en train de les fixer alors que j’étais sur le canapé, jusqu'à ce qu'il commence à fouiller dans mes chaussures. Finalement, il s’est rapidement mis à les toucher – à peu près chaque fois qu’il y avait des chaussures dans une pièce. Au fil des mois, ses manies ont pris de l'importance jusqu’à ressembler étrangement à la situation vécue par Charlotte. Tandis qu’elle s’engageait dans une relation consistant à se faire renifler et lécher les pieds en échange de chaussures gratuites, j’ai pensé que ma propre endurance face à ce fétichisme étrange finirait par me valoir une récompense.

Résultat ? Il n’y en a pas. Cela n’a fait qu’empirer. Mes nuits ont fini en disputes le jour où je l’ai surpris en train de reluquer les chaussures d’autres filles alors que nous faisions du shopping, que nous sortions au restaurant ou – pire encore – dans un bar. Était-ce de la jalousie ? C’est possible. Mais je crois qu’au fond, je savais que je ne pourrais pas finir avec quelqu’un qui attachait plus d’importance à ce qui dépassait du pantalon d’une fille qu’à ce qui sortait de sa bouche. Le pire ? Je ne me suis jamais fait offrir de chaussures.

Je suis allée dans un club qui portait le nom d’un meuble
On n’imagine pas comme ça que des New-Yorkaises trentenaires et des jeunes du Surrey tout juste sortis de l’université aient quoi que ce soit en commun. Eh bien on se trompe. Parce qu’en 2011, moi et mes amies sommes allées dans un club qui s’appelait sobrement « Bed ». Aucune d’entre nous ne venait d’apprendre sa rupture sur un post-it, aucune d’entre nous n’avait eu à faire entrer un corps post-accouchement dans un jeans pré-accouchement, mais peu importe : nous étions de sortie nous aussi.

Résultat ? Est-ce que j’ai précisé que le « Bed » où nous sommes allées n’était pas à New York mais dans le centre-ville de Woking ? D’abord, il n’y avait en tout et pour tout qu’un seul « lit ». Ensuite, il n’y avait personne. Et puis, quand on a essayé de s’asseoir sur ledit lit dans le carré VIP, on nous a gentiment fait comprendre que nous n’étions pas autorisées à dépasser le cordon rouge de l’élitisme. Nous n’avons même pas fumé un peu de weed, même pas fini à l’arrière d’une voiture de police. Non à la place nous avons perdu la fille qui nous logeait ce soir-là (et donc évidemment la clé de la maison), ce qui m’a forcé passer par une petite fenêtre la tête la première pour ouvrir la porte de l’intérieur et retrouver notre amie dans sa chambre, nue et endormie. Il se trouve qu’elle avait été charmée par un mec du doux nom d’Ace et avait décidé d’écourter sa nuit pour l’emmener chez elle. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’elle a pris l’invitation au lit un peu trop littéralement.

J’ai flirté avec des personnes du même sexe
Quand Samantha a décidé de déposer les armes et de s’essayer à la relation lesbienne avec Maria, j’étais choquée. D’abord parce que c’était Samantha – une femme dont le manifeste sur les hommes ressemblait davantage à Guerre et Paix. Mais aussi parce qu’une partie de moi pouvait se retrouver dans son exploration sexuelle. Je suis allée dans une école de filles, et je mentirais si je disais qu’il ne s’est jamais rien passé d’étrange pendant certains voyages scolaires et au milieu de certaines nuits. Je suis également passée par quelques rappels dans ma vingtaine, des flirts sans grande conséquence, une obsession sur une fille en particulier… En gros, j’ai grandi en sachant apprécier pleinement la beauté des femmes.

Résultat ? J’en suis restée aux hommes. Et puis je ne suis pas réductrice au point de penser qu’il est possible de tout simplement « devenir lesbienne ». Bien sûr, les baisers volés de mes années adolescentes furent excitants, à l'image de ma première fois que j’ai bu de l’alcool ou tiré sur une clope. J’apprécie toujours les femmes et il m’arrive d’être troublée face à une femme intelligente, magnifique et hors d’atteinte, mais je ne me vois plus l'embrasser dans les toilettes pour autant.

J’ai pensé à me convertir au judaïsme
Peut-être à cause de la culture, peut-être à cause de la nourriture ou peut-être à cause de Liz Taylor. Peu importe la motivation, je cultive un amour pour le judaïsme depuis que Charlotte York s’est embarquée dans un voyage qui a débuté avec son entrée fracassante dans la maison d’un rabbin pendant shabbat et qui a fini par une immersion totale dans un mikvé. Apprendre qu’Elizabeth Taylor avait fait de même a été pour moi la cerise sur le gâteau matzo. Les années suivantes ont été ponctuées de recherches intenses qui, je dois l’admettre, étaient très axées sur mon estomac. J’ai rapidement commencé à reconnaître les flocons du Börek et la texture d’un challah fraîchement sorti du four. Mes plus grandes joies étaient souvent dues à l’ingestion d’un shakshuka en gueule de bois ou d’un passage bien senti chez Ottolenghi. Et puis tout cela a aussi mené à une appréciation profonde de certains de ses fameux croyants : l’humanitarisme de Natalie Portman, l’humour de Sacha Baron Cohen et les qualités de star de Barbra Streisand.

Résultat ? Je ne me suis toujours pas convertie. C’est peut-être dû au fait que je ne crois pas en Dieu – Charlotte, elle, avait au moins l’avantage d’une éducation épiscopale. Et puis je ne me voyais pas vivre sans fêter Noël. Néanmoins, mon amour de la tradition juive n’a pas baissé d’un iota. Et tant que le Börek existera, il ne bougera pas.

J’ai été en couple avec ma ville
Toute personne ayant été célibataire dans une grande ville pourra se retrouver dans l’épisode de la saison 4, I Heart NYC en version originale . Se retrouver seule mais entourée de millions de personnes peut s’avérer être beaucoup plus romantique que d’être seule en face d’une personne que vous n’aimez plus. Un après-midi en 2011, je me suis retrouvée au café du National Theatre à boire un verre de vin rouge à 7£, approximativement 15 minutes après la fin d’une relation amoureuse de trois ans. J’avais deux places de théâtre pour Hamlet, évidemment je n’en avais désormais besoin que d’une seule. En m’asseyant à ma place attribuée dans la salle (et en posant mon sac sur la place vide de mon ex), j’aurais sûrement pu et dû me sentir la femme la plus seule de tout Londres. Mais ce n’était pas le cas.

Résultat ? À la place, je me sentais libre. Je pouvais traverser le Waterloo Bridge et flâner à St Paul aussi longtemps que je le voulais ; je pouvais me prendre un verre de vin à Bedales et lire toutes les pages de mon Vogue ; je pouvais commander des huîtres (ce qu’il détestait) au Borough Market et regarder le monde bouger – je pouvais faire tout ce que je voulais. Même aujourd’hui, sept ans plus tard, je rêve encore de ces jours passés seule dans ma ville. Les matins sur Columbia Road, à acheter de la vaisselle chinoise et à boire du café ; les midis sur Broadway Market ; les après-midi dans les rayons des fripes de Brick Lane ; les soirées à lire mon bouquin à la bougie au Gordon’s Wine Bar. Oui, je t’aime Londres. Et je t’aime aussi Sex and The City. Tu seras toujours à moi, tu seras toujours à nous.

Cet article a été initialement publié dans i-D UK.